dimanche 31 mai 2020

Les films préférés de... Costa-Gavras

Auteur d'une filmographie inestimable qui comporte des films aussi importants que Z, Missing et Amen., Costa-Gavras mène depuis plus d'un quart de siècle une croisade afin de créer un cinéma nécessaire. J'ai rencontré le cinéaste grec de 87 ans lors de son plus récent long métrage Adults in the Room (mon entrevue) et je lui ai demandé quelle oeuvre cinématographique l'a le plus influencée.

« Je pense toujours à mes premiers films, qui étaient importants. Je venais d'un pays où il y avait toujours des films d'action. Il y avait une censure énorme après une guerre civile. J'arrive tout à fait par hasard, je suis à la Sorbonne, et des collègues me disent qu'ils vont voir un film à la Cinémathèque. Tout d'un coup, je vois un film, Henri Langlois annonce un film de 3h15 et c'est Greed. Je suis stupéfait qu'au cinéma on puisse faire des tragédies comme au théâtre. Je me suis dit "Voilà, il y a quelque chose d'intéressant."

C'est comme ça que je suis entré. Après, j'en ai vu plein des films à la Cinémathèque, j'ai passé toutes mes soirées-là. J'ai découvert un monde que je n'imaginais pas. Et c'est là que j'ai décidé, au lieu d'apprendre le français et apprendre à écrire parce que j'étais en lettre, je me dis "voilà, on peut raconter des histoires avec des images". C'était un choc. Quand je sortais d'un film, je passais ma nuit à penser à cela. »

Film du jour: And Life Goes On

En partant à la recherche d'un de ses acteurs disparus lors d'un terrible tremblement de terre, Abbas Kiarostami propose avec And Life Goes On une superbe fiction teinté d'éléments documentaires, explorant une multitude de genres (post néoréalisme, quête volontairement didactique) sans jamais perdre son côté humoristique et humaniste. On en retient surtout ses superbes paysages escarpés qui deviennent à la fois la forme et le fond du récit, où la catastrophe naturelle demeure l'ultime métaphore des troubles politiques (lire ici révolution iranienne). ****

samedi 30 mai 2020

Film du jour: Inheritance

Avec le suspense Inheritance, Simon Pegg avait enfin la possibilité de changer de registre, incarnant un être torturé qui aspire à la rédemption. Sauf que ce film signé Vaughnn Stein (Terminal) est si invraisemblable et ridicule qu'il en devient vite affligeant, insultant constamment l'intelligence avec ses coups de théâtre aberrants. Ce n'est pas en mélangeant des ingrédients propres à Parasite, Oldboy et Just Cause que la recette lève à chaque coup. En vidéo sur demande. *1/2

vendredi 29 mai 2020

Film du jour: A White White Day

Sélection de l'Islande à la dernière cérémonie des Oscars, A White White Day d'Hlynur Palmason s'avère un film complètement imprévisible, qui passe allègrement du drame, à l'absurde et au suspense. Campé dans de magnifiques décors, cette quête d'un homme qui tente d'apprivoiser la mort soudaine de sa compagne bénéficie d'une réalisation inventive et d'une interprétation exceptionnelle d'Ingvar Eggert Sigurosson, qui permettent de mieux accepter les errances et redondances du récit. À découvrir en ligne (comme au Moderne), surtout que cela permet d'encourager les salles de cinéma indépendantes. ***1/2

jeudi 28 mai 2020

Choix et prédictions prix Écrans Canadiens

C'est ce soir que se déroule les prix Écrans Canadiens, «nos» Oscars. En attendant cette soirée qui n'a jamais été très glamour, voici mes modestes choix et prédictions. Évidemment, il n'y a rien de plus difficile que d'essayer de prévoir un tel événement...

Film
Choix: The Twentieth Century
Prédiction: Antigone

Réalisation
Choix: The Twentieth Century
Prédiction: Antigone

Actrice - 1er rôle
Choix: Nahéma Ricci
Prédiction: Nahéma Ricci (Antigone)

Actrice - second rôle
Choix: Larissa Corriveau (Répertoire des villes disparues)
Prédiction: Yamie Grégoire (Kuessipan)

Acteur - 1er rôle
Choix: Marc-André Grondin
Prédiction: Marc-André Grondin (Mafia Inc.)

Acteur - second rôle
Choix: Matt Johnson (Anne at 13,000 ft)
Prédiction: Daniel Stern (James vs his Future Self)

Scénario original
Choix: The Twentieth Century
Prédiction: The Body Remembers...

Scénario adapté
Choix: Répertoire des villes disparues
Prédiction: Antigone

Meilleur premier film
Choix: The Twentieth Century
Prédiction: The Twentieth Century

Photographie
Choix: The Body Remembers...
Prédiction: The Body Remembers...

Montage
Choix: Antigone
Prédiction: Antigone

Direction artistique
Choix: The Twentieth Century
Prédiction: The Song of Names

Maquillage
Choix: American Woman
Prédiction: The Song of Names

Costumes
Choix: The Twentieth Century
Prédiction: The Song of Names

Coiffure
Choix: The Twentieth Century
Prédiction: American Woman

Musique originale
Choix: The Song of Names
Prédiction: The Song of Names

Chanson originale
Choix: Riot Girls
Prédiction: The Song of Names

Son
Choix: Antigone
Prédiction: The Song of Names

Montage sonore
Choix: Lucky Day
Prédiction: The Song of Names

Film du jour: The High Note

Plusieurs acteurs compétents (Tracee Ellis Ross, Dakota Johnson, Kelvin Harrison Jr., Bill Pullman) perdent temps et talent dans The High Note, une chronique superficielle sur l'assistante d'une chanteuse à succès qui rêve de devenir productrice. Tout sonne faux dans ce long métrage réalisé anonymement par Nisha Ganatra (Late Nigh), qui est incapable de créer l'amalgame souhaité entre romance et amitié admirative. Malgré quelques bons moments et une interprétation soutenue, l'ensemble traîne en longueur, se terminant dans les bons sentiments. Disponible en vidéo sur demande à partir de demain. **

mercredi 27 mai 2020

Film du jour: The Roads Not Taken

The Roads Not Taken avait tout pour marquer les esprits: Une histoire ambitieuse se déroulant à différentes époques (ou délires fantasmés), un montage expert qui laisse béat, une interprétation relevée de prestigieux acteurs (Javier Bardem, Elle Fanning, Salma Hayek, Laura Linney). Dommage que le résultat ne soit pas à la hauteur. L'expérimentée cinéaste Sally Potter est incapable d'en soutirer une matière narrative intéressante tant le traitement, somnolant et superficiel, demeure vain. Frustrant! En vidéo sur demande. **

mardi 26 mai 2020

Film du jour: Ivory Tower

Il n'y a pas que des nouveautés que l'on peut voir en ligne via le site du Cinéma Moderne. Il y a également des curiosités comme Ivory Tower d'Adam Traynor qui célèbre cette année son 10e anniversaire. Sorte de farce méta où des musiciens (Gonzales, Tiga, Peaches, Feist) tentent de remporter un concours d'échecs, cette série de sketchs élaborés visuellement et musicalement avec soin ne tarde pas à aller dans toutes les directions, explorant différents genres cinématographiques sans jamais passionner complètement. C'est coécrit par Céline Sciamma (Portrait de la jeune fille en feu) et cela s'inscrit parfois dans la veine d'un Wes Anderson, sauf que l'ensemble aurait sans doute été mieux servi par le format du court métrage. **1/2

lundi 25 mai 2020

Film du jour: Military Wives

Comment fait-on pour se réinventer lorsqu'on a réalisé un seul film qui a fonctionné et qui date de plus de 20 ans? En le refaisant, évidemment, et en changeant seulement quelques détails comme le sexe des personnages et leur «art». C'est l'histoire (vraie) de Military Wives de Peter Cattaneo, un hymne à l'amitié et à la solidarité entre des femmes de soldats qui décident de fonder une chorale. On a alors droit à The Full Monty mais sans le charme et la pertinence sociale, malgré la présence de talentueuses actrices comme Kristen Scott Thomas. Gentil, inoffensif et au final un peu trop insignifiant. En vidéo sur demande. **1/2

dimanche 24 mai 2020

Les films préférés de... Francis Leclerc

Depuis près de deux décennies (avec le très intéressant Une jeune fille à la fenêtre), Francis Leclerc cherche à faire du cinéma différent et rassembleur, que l'on pense à Mémoires affectives et Un été sans point ni coup sûr. Je lui avais parlé pour la sortie de Pieds nus dans l'aube (mon entrevue) et je lui ai demandé quels étaient ses films préférés...

« Je vais te dire plus des réalisateurs. Pour moi Kubrick a fait des films complètement différents toutes sa vie et tu le reconnais dans tous ses films. Mais il n'y a rien de plus différent que 2001, Clockwork Orange et Eyes Wide Shut. Barry Lyndon, c'est magnifique, un peu plate, mais magnifique! Ce film-là m'a marqué, je l'avais présenté au ciné-club quand j'avais 18 ans. Je l'avais commandé, j'avais huit bobines à m'occuper, c'était l'enfer mais j'avais tellement trouvé ça beau en 35 mm que ça m'a marqué. L'univers de Kubrick et cette espèce de volonté de ne pas vouloir faire le même film. Ça lui prenait 6-7 ans pour faire un film.

Tarkovski, cela en est un autre. On le reconnaît. J'ai plus d'admiration pour un cinéaste qui essaye de se renouveler complètement, qui fait un film d'horreur comme Shining et qui switch pour faire complètement autre chose.

J'aime Jean-Jacques Annaud, j'aime Le nom de la rose, L'ours et La guerre du feu. Ce sont des films complètement différents. Je trouve ça admirable de se pitcher là-dedans et essayer des affaires complètement différentes. Pour moi ce sont des cinéastes, pas des exécutants. Ils ne peuvent pas faire n'importe quoi. Il a fait L'amant aussi. Annaud est un gros nom.

Mais je vais aimer Jim Jarmusch qui fait un peu tout le temps les mêmes plans, avec les fondus au noir. Moi ça me parle autant.

Qui j'aime? J'en aime plein. Fincher, je vais toujours l'aimer. Il y a une énergie dans ses films. Il a un sens du découpage, du storytelling hallucinant. J'adore! Tu ne t'ennuies jamais.

Mais mon admiration va aller vers des gars comme Kubrick et Tarvoksi. Ça me nourrit depuis que j'ai 18 ans. Je les revois souvent.

Et je vais aimer John Hughes. Je regarde ça avec mes enfants. Ferris Bueller je le revois tous les ans à Noël.

Mes choix de films sont tellement à l'opposés que je trouve ça le fun de penser varier ce que je peux faire. Je n'ai pas la prétention de penser que je peux tout faire. Mais il y a des genres que je maîtrise plus que d'autres, que je préfère.  

Moi faire le même film toute ma vie, ça ne m'intéresse pas. »

Film du jour: The Ghosts of Peter Sellers

Hollywood regorge de ces créations incroyables qui ne se sont jamais matérialisées correctement. C'est le cas lorsque le cinéaste Peter Medak (The Ruling Class) a voulu, en 1973, faire un film de pirates avec Peter Sellers. Cela a donné un projet maudit, dont l'échec est raconté à la première personne dans le documentaire The Ghosts of Peter Sellers. Plutôt intéressant malgré quelques répétitions et passages à vide, le long métrage décrit une industrie et des egos surdimensionnés. À voir en doublé avec le supérieur Lost in Mancha. En location sur le site du Cinéma du Parc. ***

samedi 23 mai 2020

Film du jour: The Trip to Greece

Cela fait 10 ans que The Trip existe, d'abord en version télévisée et puis ensuite grâce à un montage destiné au cinéma. Pour son quatrième tour de piste, nos joyeux lurons arpentent la Grèce, passant leur temps à manger et à philosopher sur le monde. Rien ne change, la même recette est appliquée encore et encore... ce qui n'est pas nécessairement une mauvaise chose pour autant. Malgré un manque chronique de surprise, il n'y a rien de mieux que le duo Steve Coogan/Rob Brydon pour multiplier les imitations (Dustin Hoffman est à l'honneur cette fois) et Michael Winterbottom pour faire naître la mélancolie des rires. Surtout que cette fois-ci, il se dépasse sur le plan visuel et sonore. En vidéo sur demande. ***

vendredi 22 mai 2020

Film du jour: The Wolf House

Imaginez si David Lynch et Jan Svankmajer réalisaient une animation ensemble? Cela donnerait assurément The Wolf House, un conte de fée chilien angoissant de Joaquin Cocina et Cristobal Leon sur une femme qui cherche à fuir son passé et qui n'y arrive pas. Le confinement n'aura jamais été aussi terrifiant que devant ce cauchemar sans fin, qui ferait ressembler l'univers de Tim Burton à celui de Passe-Partout. L'intrigue a beau être opaque, les fabuleuses prouesses techniques en mettent tout simplement plein la vue. En location sur le site du Cinéma du Parc. ****

jeudi 21 mai 2020

Film du jour: The Painter and the Thief

Récompensé à Sundance plus tôt cette année, The Painter and the Thief de Benjamin Ree raconte l'incroyable histoire d'amitié entre une peintre et l'homme qui lui a dérobé deux tableaux. Voilà un documentaire plus étrange que fiction qui en dit long sur la nature humaine, n'évacuant aucune zone grise malgré quelques passages à vide. Mais lorsque l'émotion se met de la partie, rien ni personne ne peut l'arrêter. En vidéo sur demande à partir de demain. ***1/2

mercredi 20 mai 2020

Sonic the Hedgehog (blu-ray)

Après Mario, Final Fantasy et compagnie, c'est au tour de Sonic the Hedgehog de tâter le septième art. (Paramount)

C'est quoi? Un policier aide un hérisson bleu à retourner chez lui.

C'est comment? Le film mélange action, humour et aventure avec efficacité. Le héros est particulièrement attachant, alors que Jim Carrey s'éclate dans le rôle du méchant.

Et pourtant? Le scénario prévisible n'épargne aucun cliché. Le ton collant et sirupeux s'avère moralisateur à ses heures.

Techniquement? La réalisation vitaminée de Jeff Fowler rejaillit au sein de cette édition visuellement soignée, gorgée de couleurs saturées et de pistes sonores animées.

Suppléments? Ce coffret comprend un Blu-ray, un dvd et une copie numérique. On y retrouve également une petite bande dessinée! Les bonus rigolos mais superficiels contiennent plusieurs documentaires (l'hommage au jeu de SEGA, le culte autour de ce personnage bleu, l'apport de l'antagoniste, etc.), ainsi que des scènes supprimées et un bêtisier.

Au final? Les enfants et les fans du jeu vidéo original raffoleront de ce divertissement rythmé au quart de tour qui, sans laisser de souvenirs impérissables, décrochera son lot de sourires. Une suite serait d'ailleurs déjà en chantier.

Film du jour: Cranks

Présenté au dernier Festival du nouveau cinéma, Cranks de Ryan McKenna (Le coeur de madame Sabali) est une autre preuve du cinéma disjoncté provenant de Winnipeg. Ayant en son choeur des lettres envoyées à un animateur de radio, ce film choral présente une horde d'individus qui tentent de trouver des repères dans le monde autour d'eux. Drôle et touchant même si l'on fait rapidement le tour, le récit étrange tourné en noir et blanc en ensorcellera plus d'un. En location sur le site du Cinéma Moderne à partir de vendredi. ***

mardi 19 mai 2020

Entrevue Adults in the Room

En cette ère de pandémie et de confinement, mes activités journalistiques sont au ralenti, métier de pigiste culturel oblige. Voici tout de même mon entrevue avec le grand cinéaste Costa-Gavras, pour son nouveau film Adults in the Room, en location sur le site du Cinéma du Parc à partir de vendredi. Ma rencontre se trouve dans les pages du journal Métro.

Film du jour: The Way Back

Ben Affleck cherche à secouer sa carrière dans The Way Back, le nouveau long métrage de Gavin O'Connor. (Warner)

C'est quoi? Un ancien joueur de basketball a la possibilité de remettre sa vie en ordre en devenant l'entraîneur de jeunes du secondaire.

C'est comment? Les liens à faire avec la carrière de sa vedette sont intéressants. Surtout que Ben assure en alcoolique déchu.

Et pourtant? L'histoire vu 1000 fois croule sous les clichés et la réalisation ne casse rien (il est difficile de prendre les scènes sportives au sérieux). On se serait passé de tous les élans mélodramatiques.

Techniquement? La musique de qualité de Rob Simonsen est malheureusement utilisée à toutes les sauces. Au moins les différentes pistes sonores lui rendent honneur.

Suppléments? Cette édition comprend un blu-ray et une copie numérique. Les rares bonus disponibles (un documentaire sur le sport comme métaphore de la vie et sur la route de rédemption du protagoniste et de sa star) demeurent en surface.

Au final? Bien qu'il s'avère moins catastrophique que ne laissait présager sa pénible bande-annonce (merci Affleck), ce film ne fait pas dans la demi-mesure, remplissant son cahier de charges sans se faire prier. Malgré ses vertus thérapeutiques, il s'agit d'un récit qu'on connait par coeur.

lundi 18 mai 2020

Emma. (blu-ray)

Une nouvelle version cinématographique du chef-d'oeuvre de Jane Austen, Emma., voit le jour, gracieuseté de la réalisatrice Autumn de Wilde. (Universal)

C'est quoi? Une jeune femme riche et insouciante s'amuse à pimenter la vie amoureuses de ses proches.

C'est comment? Il s'agit d'une adaptation énergique et pleine de classe, qui doit beaucoup à sa distribution (mention spéciale à la charmante Anya Taylor-Joy, très à l'aise dans le rôle titre),

Et pourtant? Quelques détours du scénario s'avèrent moins convaincants et la mise en scène peut sembler poussiéreuse à ses heures.

Techniquement? La séduisante palette de couleurs est maximisée par une image précise, aux détails significatifs.

Suppléments? Cette édition comprend un Blu-ray, un dvd et une copie numérique. Les bonus regroupent dix scènes supprimées plus ou moins nécessaires, un bêtisier rigolo, trois documentaires (sur la cinéaste, les comédiens et la création de l'univers) superficiels et une intéressante piste de commentaires de la réalisatrice, de la scénariste Eleanor Catton et du directeur de la photographie Christopher Bauvelt.

Au final? Voilà une adaptation légère, ludique et tout à fait oubliable du classique littéraire, qui égaye le quotidien sans se prendre trop la tête.

Film du jour: Dialogue d'exilés

Premier film de Raoul Ruiz après son départ du Chili suite au coup d'État de 1973, Dialogue d'exilés - qui reprend le titre d'une pièce de Brecht - est un beau bordel se situant à mi-chemin entre la fiction et le documentaire. Une oeuvre à la fois brillante, lassante et hilarante sur des exilés chiliens qui ont trouvé refuge en France et qui tentent de s'acclimater tout en fantasmant un retour au pays. Misant sur le trop plein (de personnages, de paroles alors que personne ne s'écoute, d'ironie mal vue à l'époque), l'effort tourné rapidement captive autant qu'il exaspère, séduisant notamment sur le plan formel, avec ses longs plans et sa façon de traiter le mouvement dans l'espace. À découvrir gratuitement sur le site de la Cinémathèque française. ***

dimanche 17 mai 2020

Les films préférés de... Nadir Moknèche


En mélangeant ses identités françaises et algériennes, Nadir Moknèche a offert son lot de films forts comme Viva Laldjérie, Délice Paloma et Lola Pater. Je l'ai rencontré par le passé et je lui ai demandé quelques étaient ses films favoris...

« C'est difficile. Ça change à chaque fois qu'on y pense. Mais il y a des films que je pourrais revoir en permanence. Là, tout à coup me revient 8 et demi de Fellini. La première fois que je l'ai vu, j'ai eu un vrai choc émotif. C'est tellement impressionnant! Ça, c'est un grand classique.

Il y a toujours plein de films de Woody Allen que j'ai envie de revoir, comme Crimes et délits. Je trouve l'histoire fabuleuses, les personnages magnifiques, j'adore Dolorès que je trouve hystérique. J'aime beaucoup son personnage à lui, car il est pris dans cette histoire avec sa femme qui est gentille, sa famille, ce rêve complètement fou de cette femme...

Si on essaye d'aller vers les plus modernes, il y a un film qui m'a beaucoup impressionné. C'est Gomorra. Il y a une atmosphère, des personnages très forts.
  
En France, il y a 120 battements par minute. Ce qui m'a impressionné, c'est la fluidité. Ça se passe dans un espace clos, mais il y a une espèce de fluidité de langage, de va-et-vient, de regard. On est vraiment dedans. C'est très fort. »

Film du jour: Push

Ce qu'il y a de bon avec le confinement, c'est que cela permet d'arrêter momentanément le flux quotidien d'informations en obligeant l'être humain à découvrir ce qui ne va pas bien autour de lui. C'est là que le documentaire Push de Fredrik Gertten tombe à point. Malgré un traitement académique et quelques pointes plus mélodramatiques, cet effort arrive à vulgariser des données complexes - la spéculation immobilière qui repousse les gens pauvres en dehors de la ville, la gentrification des quartiers, la domination des sociétés financières privées, la complicité de l'État, etc. - en privilégiant constamment l'être humain. Un éclairant tour de la planète et des vautours qui la composent. Disponible en visionnement en ligne sur le site du Cinéma Moderne. ***

samedi 16 mai 2020

Film du jour: I Was at Home, but...

Afin de survivre aux salles fermées, le Cinéma Moderne propose une multitude de films différents pour les cinéphiles. Un des plus fascinants est certainement I Was at Home, but... de l'Allemande Angela Schanelec. Impossible de savoir où s'en va cet essai abstrait et non-narratif tant il séduit par sa forme (unique, austère, cadrée de façon exquise), son propos (la renaissance de l'être et de la famille, la libération de l'art et de la parole) et sa façon d'incorporer l'absurde et l'émotion à ce qui est si stoïque et raisonné. Une odyssée existentielle pas comme les autres, étrange et inoubliable, pour les fans de Roy Andersson et d'un cinéma libéré de ses conventions. ****

vendredi 15 mai 2020

Film du jour: Alice

La vie est drôlement faite. Le film français Alice de Joséphine Mackerras remporte un prix important au prestigieux festival South by Southwest en 2019 et il n'a toujours pas pris l'affiche en France... Il est toutefois disponible au Québec en vidéo sur demande grâce au Cinéma du Parc. Heureuse idée. Surtout que ce premier long métrage plein de vie, de liberté et de lumière traite avec humour et espoir d'un sujet dramatique et douloureux: la déroute familiale d'un homme qui pousse son épouse à tout faire pour sauver la maison et l'avenir de son fils. L'oeuvre féministe et amorale à ses heures n'est pas sans rappeler le chef-d'oeuvre Belle de jour de Bunuel, en moins excentrique, greffant à sa mise en scène plein de petits détails savoureux. Mais s'il y a une seule raison de s'intéresser à l'ouvrage, c'est pour la performance d'Émilie Piponnier, parfaite dans le rôle titre. On ne voit qu'elle à l'écran, illuminant de son charme unique. ***1/2

jeudi 14 mai 2020

Film du jour: Clementine

Disponible à partir de demain à la location sur le site du Cinéma du Parc, Clementine est un intriguant premier long métrage de la part Lara Gallagher. À la fois suspense nébuleux et romance entre deux femmes d'âges différents, ce film noir parfois inconsistant est dominé par le jeu fébrile de ses interprètes et l'ombre de la cinéaste qui essaye plein de choses à l'écran afin de trouver et de forger son style. Elle a peut-être encore des croûtes à manger sur le plan du scénario, mais ce sera certainement un nom à suivre de près. ***

mercredi 13 mai 2020

Film du jour: La commune

Il y a des «documentaires» qui marquent à jamais. La commune de Peter Watkins s'inscrit dans cette lignée. En créant une ambitieuse fresque hybride sur cette période marquante de la France, le cinéaste permet de traiter des réalités - sociales, économiques, politiques, féministes, etc. - d'hier et d'aujourd'hui avec une puissance de frappe inouïe. Surtout que sa démarche artistique, radicale dans sa durée et sa structure cinématographique, réfléchit sur la façon de concevoir les médias de masse et de formater une oeuvre, une pensée. En résulte une immersion totale, dont le ton verbeux bouleversera les cinéphiles aventureux. À (re) voir sur Tenk.ca, même s'il ne s'agit que de la version courte. ****1/2

mardi 12 mai 2020

Film du jour: Fantasy Island

Fantasy Island est certainement le pire film de 2020. S'inspirant d'une sympathique vieille série kitsch, Jeff Wadlow en offre une variation affligeante, ni drôle ni horrifique, qui se prend beaucoup trop au sérieux. Il y avait pourtant matière à s'amuser fermement dans ce lieu qui permet aux fantasmes de se réaliser. Mais l'intrigue sans queue ni tête, l'interprétation frôlant l'amateurisme, la mise en scène repoussante et les rebondissements d'une immense stupidité rendent le visionnement particulièrement pénible. Pour les amateurs de fascinantes séries Z. Disponible en dvd, blu-ray et vidéo sur demande. (Sony)

lundi 11 mai 2020

Film du jour: The Photograph

Drame sentimental à l'eau de rose, The Photograph de Stella Meghie peine à rendre authentique une histoire personnelle. (Universal)

C'est quoi? La découverte d'une photographie aura des répercussions sur un journaliste et une conservatrice de musée.

C'est comment? Il y a quelques scènes charmantes (relevées par les dialogues) ainsi qu'un certain discours probant sur le passé et les secrets de famille...

Et pourtant? ... dommage que l'intrigue soit si prévisible, la musique si envahissante et la mise en scène si soporifique. Les deux interprètes principaux ne manquent pas de talent, sauf que cela ne se traduit pas par une réelle chimie à l'écran.

Techniquement? L'image lustrée demeure soignée, étant secondée par des teintes précises à la palette de couleurs onctueuses. Les pistes sonores variées mettent l'emphase sur les mots.

Suppléments? Cette édition comprend un Blu-ray, un dvd et une copie numérique. Trois courts et superficiels documentaires - sur le traitement de l'intrigue, ses inspirations cinématographiques et l'utilisation de photographies  - font office de bonus.

Au final? Pourquoi refaire à la sauce afro-américaine une histoire d'amour au fort potentiel humain si c'est pour reprendre tous les clichés des Nicholas Sparks de ce monde? **

dimanche 10 mai 2020

Les films préférés de... Émilie Bierre

Découverte en très bas âge dans le magnifique Catimini en 2013, Émilie Bierre est revenue sous les projecteurs grâce au sensible film Catimini. Depuis, on la voit partout, dans Genèse, Dérive et Les nôtres. Je l'ai rencontré pour l'occasion (mon entrevue) et je lui ai demandé quels étaient ses films préférés...

« Quelle question! Je vais en nommer un, parce que si je m'emporte, je vais en nommer 10 et je ne saurais plus lequel j'aime le plus. Un film que j'aime beaucoup est Léon, le professionnel avec Natalie Portman, qui a commencé super jeune et que je trouve qui a une belle carrière. Je l'ai vu il y a un an et demi, deux ans et ça m'a beaucoup touché.

Mais je regarde beaucoup de «vieux» films. Je suis moins une fille de super-héros, mais j'aime bien aller dans le cinéma des années 90 qui m'inspire beaucoup. J'adore Tarantino!

Pour les acteurs, Timothée Chalamet m'inspire beaucoup, Natalie Portman aussi. Au Québec, je dirais Théodore Pellerin et Karine Vanasse. Il y a plein de modèles comme ça qui me fascinent. »

Film du jour: Spaceship Earth

Quoi de mieux pour vivre le confinement qu'un... documentaire sur des gens confinés?! C'est une des idées derrière Spaceship Earth de Matt Wolf, qui relate - entre autre - une expérimentation de 1991. Autant le sujet ne manque pas de développer des thèmes intéressants sur l'écologie et la condition humaine, autant le traitement (entre archives et entrevues) garde difficilement l'intérêt pendant deux heures. Couper dans le gras aurait certainement donné quelque chose de plus mémorable. En vidéo sur demande. **1/2

samedi 9 mai 2020

Film du jour: This Is Not a Movie

Présenté aux derniers RIDM, This Is Not a Movie est un documentaire extrêmement intéressant sur le journaliste de guerre Robert Fisk. La mise en scène classique - mais tout de même très cinématographique de Yung Chang - donne toute la place à l'homme, qui traite d'enjeux importants comme le quatrième pouvoir et la situation politique au Proche-Orient. On pourra regretter le ton jamais trop loin de l'hagiographie, sauf que ce qui en ressort est tellement éclairant qu'il est impossible de passer à côté. À voir en ligne en soutenant le Cinéma du Parc et le Cinéma Moderne. ***1/2

vendredi 8 mai 2020

Film du jour: A Good Woman is Hard to Find

Ken Loach rencontre Nicolas Winding Refn dans A Good Woman is Hard to Find, une oeuvre sombre sur une mère monoparentale d'un milieu défavorisé qui est mêlée à son corps défendant au monde interlope. Tous les éléments - violence, humour, vengeance - d'une bonne série B sont présents dans ce film irlandais, qui est élevé par la réalisation de belle tenue d'Abner Pastoll et le jeu vibrant de Sarah Bolger, dont les yeux obsédants recèlent une large part de mélancolie. À découvrir en vidéo sur demande grâce au distributeur Film Movement. ***

jeudi 7 mai 2020

Film du jour: Ema

Présenté à la Mostra l'année dernière, Ema est le plus récent film de Pablo Larrain (Jackie, Neruda). Il s'agit d'un exercice de style fascinant, frustrant et déstabilisant sur une danseuse qui fera tout pour récupérer son fils adoptif. À partir d'une prémisse ténue, le cinéaste offre une mise en scène éblouissante, envoûtante esthétiquement et musicalement (grâce à Nicolas Jaar). Et malgré quelques ratés psychologiques (peut-être est-ce la faute Mariana Di Girolamo, pas toujours convaincante dans le rôle titre d'une super héroïne pas comme les autres) et un symbolisme primaire (ce feu qui ravage tout), le long métrage qui débute et se termine en force s'inscrit aisément dans l'inconscience. Les parallèles les plus évidents à faire sont avec Climax de Gaspar Noé. Pourtant la première partie sur la rupture d'un couple évoque La Notte d'Antonioni (avec cette héroïne qui va se «secouer» dans un parc d'attraction), alors que la seconde sous fond de sexe et de séduction ne peut que rappeler le chef-d'oeuvre Théorème de Pasolini. Ema n'est évidement pas de ce calibre, mais l'ensemble qui ne sera pas de tous les goûts mérite tout de même qu'on s'y attarde. Sur MUBI. ***1/2

mercredi 6 mai 2020

Film du jour: Braguino

Il y a plus de cinéma au sein des 50 minutes de Braguino que dans 95% des longs métrages qui prennent l'affiche à chaque année. Au sein de ce déroutant western onirique, le cinéaste Clément Cogitore filme les magnifiques paysages de la taïga sibérienne en s'intéressant aux modes de vies de deux familles ennemies vivant en autarcie. Le climat menaçant du récit est en constantes ruptures avec le monde de l'enfance qui se déploie (Herzog semble constamment rencontrer Malick), alors que le jeu inouï sur l'image et le son obsède au plus haut point. À tel point que le cinéphile ne peut qu'être un peu déçu que le tout se termine si rapidement, lui qui devra imaginer la suite. À voir sur Tenk.ca. ****

mardi 5 mai 2020

Film du jour: Le château

Tourné dans une résidence pour aînés de Montréal, Le château contraste avec toutes les informations qui émanent de la crise actuelle (virus, CHSLD et alouette). Ce documentaire sensible de Denys Desjardins prend plutôt le pouls du quotidien, y amenant humanité et bienveillance. Il s'agit surtout d'un essai très personnel, alors que le cinéaste suit notamment la santé déclinante de sa mère. Malgré quelques répétitions et passages qui flirtent avec le voyeurisme, l'ensemble appliqué ne manque pas d'émouvoir. Dès aujourd'hui sur Illico et à partir du 19 mai sur les autres plateformes. ***

lundi 4 mai 2020

Film du jour: South Mountain

La séparation au cinéma a donné plusieurs films mémorables. On retrouve en mode intimiste l'inédit South Mountain (2019) d'Hilary Brougher, qui utilise la patience du temps qui passe et les silences des émotions afin d'émouvoir le spectateur et le réconforter tendrement. L'essence de cette oeuvre douce-amère réside d'ailleurs dans ses détails significatifs et la finesse de ses interprètes, qui finit par convaincre après une introduction quelque peu chancelante. En dvd et vidéo sur demande dès demain. ***1/2

dimanche 3 mai 2020

Les films préférés de... Laurence Leboeuf

Omniprésente au cinéma depuis Ma fille, mon ange, Laurence Leboeuf n'a pas donné sa place dans des films aussi différents que Turbo Kid, La petite reine, Les pieds dans le vide, Lac Mystère et Le torrent. Ces derniers mois, on a pu la voir dans Apapacho et Mont Foster. Je l'ai rencontré pour l'occasion (mon entrevue) et je lui ai demandé quels étaient ses films préférés...

« Eternal Sunshine of the Spotless Mind est vraiment un de mes films préférés. Forrest Gump aussi. Qu'est-ce que je pourrais dire d'autre? Je suis une grande fan du Seigneur des anneaux. Shawshank Redemption, C.R.A.Z.Y. au Québec que j'ai vraiment aimé. Heu... C'est drôle, lorsqu'on nous le demande, on n'y pense jamais! Câline! »

Film du jour: Some Like It Hot

Parmi les meilleures comédies du septième art, Some Like Hot (1959) de Billy Wilder apparaît au sommet de la liste. Normal, il s'agit d'une farce irrésistible, drôle et brillante sur deux hommes qui se déguisent en femmes afin d'échapper à de dangereux criminels. Le script hilarant est parsemé de sous-entendus savoureux et le mythique trio en place - Marilyn Monroe, Tony Curtis et Jack Lemmon - apporte fougue, sexe et mélancolie à une épopée qui a marqué au fer blanc son époque. On en redemande évidemment! ****1/2

samedi 2 mai 2020

Film du jour: Lost Soul

Mélanger les médiums n'est jamais évident. La chanteuse Anick Jean l'apprend avec son premier long métrage Lost Soul (2016), qui est en ligne depuis peu. Plus que du cinéma, cette histoire d'une femme qui quitte momentanément sa famille pour s'établir dans les bois s'apparente plutôt à un long vidéoclip où la musique omniprésente remplace les mots. Malgré quelques plans soignés de nature, l'esthétisme s'avère prétentieux et l'ensemble tourne rapidement à vide, manquant singulièrement de profondeur et de poésie.

vendredi 1 mai 2020

Film du jour: Tammy's Always Dying

Présenté l'année dernière au TIFF, Tammy's Always Dying d'Amy Jo Johnson relate l'existence pas toujours pacifique d'une mère déprimée et de sa fille qui a l'impression de ne rien faire de sa vie. Non sans facilités scénaristiques et essoufflements dramatiques, ce long métrage gris orné de malhabiles touches humoristiques vaut davantage pour la qualité de son interprétation que pour sa réalisation sans fard. Si Felicity Huffman force la note en matriarche, Anastasia Phillips lui vole aisément la vedette dans un rôle beaucoup plus délicat et difficile. Dès aujourd'hui en vidéo sur demande. **1/2