lundi 30 novembre 2020

Film du jour: Purple Sea (RIDM)


Une traversée de la Méditerranée avec des migrants comme si on y était. C'est un peu ce que propose le renversant Purple Sea d'Amel Alzakout et Khaled Adbulwahed, où la caméra bouge sans cesse, portée par l'eau et la mouvance des corps face à leur destinée. Expérience physique à l'extrême, cette odyssée comporte malgré tout ses moments de calme (avant la tempête), notamment lorsque le silence avale tout rond la cacophonie sonore et que la jolie voix hors champ tente d'apporter un peu d'espoir au drame qui se déroule sous nos yeux. ****

dimanche 29 novembre 2020

Film du jour: Aswang (RIDM)


Il y a des Aswang aux Philippines, ces monstres mythologiques terrifiants. Selon la cinéaste Alyx Ayn Arumpac, ils prennent la forme du gouvernement Duterte qui fait régner la répression, la pauvreté et les enlèvements. Ce film urbain nappé dans la pénombre terrifie allègrement mais pas constamment, gracieuseté d'une trame narrative qui ose se détourner momentanément des ténèbres afin de regarder la lumière provenant d'enfants et de survivants. Voilà une plongée qui risque d'épargner rien ni personne. ***1/2

samedi 28 novembre 2020

Film du jour: Zero (RIDM)


Kazuhiro Soda continue de faire oeuvre utile avec Zero, où il suit un docteur qui est sur le point de prendre sa retraite afin de s'occuper de son épouse. L'intimité et l'empathie sont évidemment à l'honneur au sein de ce documentaire d'observations qui prend son temps pour noter chaque geste et regard important. Puisque la complicité est déjà acquise (depuis Mental en 2008), le processus est poussé encore plus loin, ce qui permet aux gros plans jamais voyeurs de faire ressortir toute l'émotion et la fragilité humaine. ***1/2

vendredi 27 novembre 2020

Sorties au cinéma: Make Up, Mellow Mud, Zappa, Princess of the Row


C'est un très impressionnant premier film qu'offre Claire Oakley avec Make Up, un récit d'initiation qui débute dans le naturalisme pour muter peu à peu vers le fantastique. À partir d'une matière première usée, la cinéaste joue à fond les ambiances, les métaphores et les sensations, dirigeant à la perfection la jeune révélation Molly Windsor jusqu'à une conclusion particulièrement satisfaisante. Présenté dans quelques cinémas et en vidéo sur demande en janvier. ***1/2

Récompensé à Berlin en 2016, Mellow Mud de Renars Vimba est un récit d'apprentissage sur une adolescente qui doit subvenir aux besoins de son jeune frère. Conventionnel dans son approche, le long métrage ne manque toutefois pas de finesse et de sensibilité, possédant deux atouts de taille qui font toute la différence: les paysages magnifiques de la Lettonie et, surtout, la performance vibrante d'Elina Vaska. De quoi embarquer dans ce récit uniquement pour elle. Disponible en dvd via Corinth Films. ***1/2

Frank Zappa est un des musiciens les plus singuliers du 20e siècle. Alex Winter vient d'en tirer un documentaire assez concluant, bizarre mais pas trop, qui aurait dû être moins chronologique mais qui repasse efficacement sur les moments clés de son existence, poursuivant ce rêve de liberté dans un pays qui formate de plus en plus l'art et les gens. En vidéo sur demande. ***

Une gamine tente d'aider son père itinérant et victime de stress post-traumatique dans Princess of the Row. Deux films semblent constamment se battre au sein de cette oeuvre de Van Maximilian Carlson. Celui qui rappelle le meilleur du cinéma indie avec son sujet important, ses acteurs épatants et ses moments de lyrisme, de poésie. Puis l'autre qui s'apparente à une production anonyme où les développements laissent à désirer, que les mélodies sucrées détruisent les tympans et que les stars (Martin Sheen) enlèvent du précieux temps aux vrais personnages. Disponible virtuellement et en vsd. ***



Film du jour: Le fils de l'épicière, le maire, le village et le monde (RIDM)


Tënk est cette fameuse plateforme qui met le documentaire d'auteur à l'honneur. Claire Simon revient sur sa création par l'entremise de Le fils de l'épicière, le maire, le village et le monde, suivant les rêves utopiques de ses artisans. Comme toujours chez elle, la communauté et les interactions prennent le dessus, évoluant au fil d'une durée qui laisse beaucoup de temps et d'espace aux paysages. Et si l'ensemble n'est pas toujours passionnant, la cause, elle, l'est, si ce n'est seulement pour la suite du monde ***

jeudi 26 novembre 2020

Film du jour: Fatman


Le trop rare Mel Gibson campe le Père Noël dans Fatman et il doit échapper à un tueur embauché par un gamin de 12 ans qui n'a pas aimé son cadeau! Cette prémisse absurde n'est malheureusement pas traité dans le délire adéquat par les réalisateurs et scénaristes Eshom et Ian Nelms qui multiplient les pistes secondaires quelconques. Au lieu d'une variation capitaliste sur Bad Santa, on se retrouve avec un film qui passe d'un genre à l'autre dans l'indifférence total, ne sachant pas en exploiter un seul convenablement. Disponible en dvd, blu-ray et en ligne. **

mercredi 25 novembre 2020

Films du jour: Me and the Cult Leader, Trees in Summer, En route pour le milliard, My Mexican Bretzel, Nardjes A. (RIDM)


C'est aujourd'hui la dernière journée afin d'attraper la seconde vague de films des RIDM. On pourra notamment découvrir...

Me and the Cult Leader: Dans la mouvance de l'inoubliable The Act of Killing, le réalisateur nippon Atsushi Sakahara s'entretient avec un des membres de la secte qui a perpétré un attentat terroriste dans le métro de Tokyo en 1995. Faisant fi d'une mise en scène rudimentaire, le documentaire met les mots à l'avant-plan, créant des flux de souvenirs - façon Proust - qui permettent de palper l'âme, sa complexité teintée d’ambiguïté et d'énantiosémie, où la réminiscence d'une humanité perdue et peut-être retrouvable demeure envisageable. Puissant. ***1/2

Trees in Summer: La mémoire joue également un grand rôle dans cet essai personnel, expérimental et immersif de Suyu Lee, où l'annonce d'une grave maladie est contrecarrée par la lumière de la vie, de la nature et du temps qui s'immobilise. Une méditation ténue et parfois hypnotisante qui enivre à condition de renouer avec sa sensibilité. ***

En route pour le milliard: En 2000, pendant six jours, deux armées étrangères se sont combattues en territoire congolais, faisant plus de 1000 morts et 3000 blessés. Les survivants demandent réparation au sein de cette oeuvre de Dieudo Hamadi qui tente de lutter contre l'amnésie en rappelant les atrocités passées. Bien qu'éparpillé, cet hymne à la collectivité ne manque pas de vibrants protagonistes et d'ingénieux détours théâtraux, alternant les scènes touchantes et d'autres carrément enrageantes. ***

My Mexican Bretzel: La fiction est parfois le meilleur moyen d'arriver à la vérité. Nuria Giménez utilise cette maxime à son avantage avec ce brillant journal intime, détournant/manipulant de nombreuses archives tournées par ses grand-parents afin de parler autrement du passé et de sa famille. Son travail sur le son force d'ailleurs l'admiration avec ses silences révélateurs et ses quelques bruits stridents. ***1/2

Nardjes A.: Après son splendide La vie invisible d'Euridice Gusmao, Karim Aïnouz offre un nouveau portrait féminin qui devient la métaphore d'une Algérie en pleine ébullition. Sans être révolutionnaire, cette caméra libre qui suit pendant une journée une manifestante capte de fugaces instants de vie, rappelant que la jeunesse rime avec l'espoir de jours meilleurs. Enivrant. ***