jeudi 24 avril 2014

Film du jour: The Unknown Known

Présenté ce soir à l'Excentris dans le cadre de la série mensuelle Docville, The Unknown Known est ce documentaire passionnant et fascinant d'Errol Morris qui porte sur l'ancien Secrétaire d'État à la Défense Donald Rumsfeld, le principal artisan de l'invasion de l'Irak. Toujours porté par la superbe trame sonore de Danny Elfman mais plus sombre et cynique que son documentaire The Fog of War qui peut s'y rapprocher par son sujet, ce nouvel opus verbeux mais nécessaire cherche à exposer ce qui anime véritablement Rumsfeld, champion par excellence de la dialectique avec son sourire qui donne froid dans le dos. Bien entendu, on ne le saura jamais tant cet individu cache continuellement son jeu, niant les faits en croyant fermement à ses convictions (comme un certain Mr. Death...). Peut-être que Morris aurait pu aller plus loin pour essayer de le coincer, mais il s'est montré beau jouer, utilisant un montage éloquent pour dénoter les mensonges et demi-vérités qui s'échappent de la bouche de son interlocuteur. Une autre page d'Histoire importante qui est offerte par un des meilleurs documentaristes au monde. ****

mercredi 23 avril 2014

Film du jour: Broken Flowers

En attendant la sortie québécoise d'Only Lovers Left Alive, pourquoi ne pas se replonger dans quelques films de Jim Jarmusch? On commence avec son plus populaire, Broken Flowers...

Regard sur la vie et la postérité avec Broken Flowers, un Jarmusch mineur qui met en scène un mélancolique Bill Murray. Léger, mais charmant.

L’ancien Don Juan Don Johnston (un Bill Murray qui insiste pour qu’on mentionne le T) est confronté à son passé la journée même que sa copine (Julie Delpy) décide de le quitter. En effet, il trouve une lettre rose, à l’écriture rouge, qui lui apprend que son fils est à sa recherche. Non seulement l’homme d’âge mûr ignorait l’existence de sa paternité, mais il ne sait même pas qui lui a fait parvenir cette missive ! Avec l’aide d’un voisin fouineur au grand cœur (Jeffrey Wright), Don décide de rendre visite à cinq de ses anciennes flammes afin d’en savoir davantage dans toute cette histoire. Pendant son périple, il rencontrera une veuve payée pour faire le ménage dans la vie des autres (Sharon Stone), sa fille nymphomane (Alexis Dziena), une agente immobilière un peu coincée (Frances Conroy), une femme qui communique avec les animaux (Jessica Lange), une âme en peine un peu récalcitrante (Tilda Swinton)  et plusieurs autres personnages féminins aussi mystérieux qu’inaccessibles.

Pour apprécier Broken Flowers à sa juste valeur, il faut absolument faire abstraction de la carrière passée de son réalisateur Jim Jarmusch. En effet, de Stranger Than Paradise à Down by Law, en passant par Mystery Train, Dead Man et Ghost Dog, l’Américain a toujours représenté un cinéma de cinéphile indépendant, philosophique et humaniste. Il tourne peut-être peu, mais chacun de ces longs métrages sont généralement des orfèvres riches et précieux, qu’il faut absolument chérir. Mais depuis quelques années, l’homme derrière Night on Earth enfile les productions en un temps record. Après un très tiède Coffee and Cigarettes (qui n’était qu’une relecture d’un essai précédent) en 2003, ce film risque de décevoir les fans qui s’attendent à une œuvre forte et majeure.

Au lieu de cela, Jarmusch offre un cinéma léger et vaporeux, très accessible mais également un peu quelconque. Comme oeuvre d’initiation à un réalisateur hors norme, il n’y a toutefois rien de mieux. L’homme se cherche, il est fondamentalement seul, il aimerait nier la Providence, mais il en est incapable. Poussé par des forces extérieures, il rentre au bercail afin de mieux saisir les conséquences de ses actions antérieures. Sauf qu’il ne peut rien y changer. Il décide alors de confronter le futur en vivant dans le présent. Jusqu’à un point où la crainte devient un désir que la réalité ne peut atténuer. Dans le rôle titre, Bill Murray est tout simplement parfait. Présent dans presque toutes les scènes, l’ancien de Saturday Night Live est tour à tour mélancolique et vulnérable, impassible et déconnecté. Sauf que notre Ghostbusters préféré n’étonne plus. Entre Rushmore, The Royal Tenenbaums, Lost in Translation et The Life Aquatic With Steve Zissou, le niveau d’interprétation est un peu le même.

Là où le changement est de mise, c’est dans la façon de Jarmusch de peindre ses personnages féminins, plus importants que jamais et véritables muses de Broken Flowers. En évitant généralement les stéréotypes, elles deviennent les êtres beaux et forts, qui arrivent à transcender l’homme afin de s’épanouir (ou non). Petite leçon féministe adorable pour un réalisateur qui se trouve à mille lieux de son conformiste premier long métrage Permanent Vacation (1982)!

Oui, l’histoire de Broken Flowers est extrêmement mince et ne réinvente pas le genre. Le film, au rythme lent et doux-amer, est loin de rivaliser avec celui, peut-être plus nécessaire, de Sideways. Et il y a des problèmes de raccords entre différentes scènes qui font penser que le réalisateur préfère s’intéresser à soigner sa trame sonore (qui est excellente) plutôt que de s’investir totalement à créer une œuvre maîtresse et intemporelle. Mais ce serait passer à côté d’un petit film sympathique et délicat, qui est capable de rassembler tout en proposant des messages qui ne sont pas coulés dans le béton. Même s’il n’aurait peut-être pas mérité un Grand Prix du Jury du festival de Cannes, ça fait du bien à voir. ***1/2

mardi 22 avril 2014

Nouveautés en DVD: Big Bad Wolves, Marius/Fanny

Les nouveautés en DVD et en Blu-ray se font rares cette semaine. Cela n'empêche pas de trouver quelques films intéressants qui valent la peine entre deux matchs de hockey.

Il y a par exemple Big Bad Wolves d'Aharon Keshales et Navot Papushado, une satire du film de vengeance, où la torture qui fait mal n'a pas nécessairement le dernier mot. Tordu et malsain, mais hilarant et brillant. ***1/2

Puis le diptyque de Daniel Auteuil sur Marius et Fanny, ces deux jeunes gens qui s'aiment mais qui n'arrivent pas à être heureux. Sans rivaliser avec les productions des années 30, ces longs métrages au charme désuet apportent beaucoup de soleil et de fraîcheur. ***

Film du jour: Pays de cocagne

Dernier long métrage du trop peu connu Pierre Étaix, Pays de cocagne est un documentaire sur la société française, le cyclisme et les vacances. La charge satirique, très inégale, va du meilleur à l'oubliable, se voulant d'abord et avant tout un portrait de son époque (la fin des années 60) qui fait tout de même écho à ce qui se passe de nos jours. Peut-être l'ouvrage le moins nécessaire de son auteur, mais tout de même une curiosité qui est loin d'être désagréable. **1/2

lundi 21 avril 2014

Film du jour: Insignifiance

Rencontre fictive entre Einstein, Marilyn Monroe, Joe DiMaggio et Joseph McCarthy, Insignifiance de Nicolas Roeg traite de plusieurs thèmes fascinants (ce que l'on sait des gens connus, le fait de toujours jouer des rôles, etc.) tout en créant des liens incroyables avec l'histoire américaine. Cette prémisse particulièrement symbolique ne fait toutefois pas toujours bon ménage avec le récit verbeux qui s'éparpille allègrement et l'interprétation inégale. Reste une mise en scène assurée, dotée d'un montage ingénieux, comme c'est toujours le cas chez ce réalisateur extrêmement doué. ***

dimanche 20 avril 2014

Nouveautés au cinéma : Une autre vie, Saveurs indiennes, Fermières, Bears, Transcendence, Je fais le mort, En Solitaire, Dom Hemingway, Heaven is For Real, A Haunted House 2, Trailer Park Boys : Don’t Legalize It

Les nouveautés au cinéma sont nombreuses cette semaine. Que peut-on aller voir de bon en ce long congé de Pâques?

Il y a tout d'abord Une autre vie, où le réalisateur Emmanuel Mouret embrasse à nouveau l'histoire d'amour si mignonne, mais en y incorporant des éléments mélodramatiques et même de suspense. Le résultat demeure exquis à souhait. ***1/2

Il y a aussi Saveurs indiennes, ce très joli petit film de Ritesh Batra qui donne l'eau à la bouche, où il est question d'amour, de désillusions, de solitude, du désir de se battre pour obtenir ce que l'on veut et de résilience. Oui, ça fond dans la bouche! ***1/2

Intéressant documentaire sur le Cercle de Fermières, Fermières est un premier long métrage appliqué de la part d'Annie St-Pierre, qui séduit par son ton ludique sans nécessairement laisser de souvenirs impérissables. On a déjà hâte au suivant. ***

Le documentaire d'animaux de Disney est réussi cette année, alors que Bears d'Alastair Fothergill et Keith Scholey romanche un périple vers la bouffe de maman ours et de ses deux enfants. Les petits risquent de beaucoup aimer ces bêtes si sympathiques. ***

Plus cocasse qu'ambitieux, Je fais le mort rappelle que le cinéaste Jean-Paul Salomé a un talent certain pour le rire, et il le prouve avec ce récit d'un acteur qui fait le mort lors de la reconstitution de quelques crimes. Il y a bien des fils blancs, mais également une prestation savoureuse de François Damiens. ***

Casting cinq étoiles, sujet en or (la conscience au sein de l'intelligence artificielle), de nombreux thèmes fascinants: dommage que Transcendence de Wally Pfister ne remplissent pas toutes ses promesses, lorgnant trop vers l'action et la mièvrerie amoureuse dès que son sujet devient complexe. **1/2

Les bons sentiments finissent par noyer En solitaire de Christophe Offenstein, ce drame inspiré d'une histoire vraie sur un homme qui participe à une course de bateau autour du monde. François Cluzet y est solide, mais l'eau finit par faire sombre cette noble entreprise. **1/2

C'est également le cas de Dom Hemingway de Richard Shepard. Même si Jude Law livre une performance féroce en petit malfrat qui tente de remettre son existence dans le droit chemin, le résultat est si tape-à-l’œil et insignifiant qu'il finit rapidement par ennuyer. **1/2 

Quoi, une autre production religieuse sur les bienfaits de la foi et de Dieu? Eh oui! Sans être inintéressant, Heaven is For Real de Randall Wallace qui s'intéresse aux visions du paradis d'un garçon sent les morales et la guimauve à plein nez. Et ça, ça finit par lever le coeur. **

Les films horrifiques sur les possessions sont si nombreux ces dernières années qu'on a le droit à une nouvelle parodie, A Haunted House 2, gracieuseté de Michael Tiddes. Encore là, il s'agit d'humour pour adolescents attardés, avec viol de poupée et autres sous-entendus sexuels. *1/2

Dernier volume d'une série increvable, Trailer Park Boys: Don't Legalize It de Mike Clattenburg est un véritable détritus cinématographique, nullement comique, parodique ou provocateur. Au contraire, il s'agit d'un navet qui sent le fumier et qui donne le goût de se séparer du Canada. *

Film du jour: A Brief History of Time

Pâques n'est pas seulement l'occasion de voir des films pour enfants ou des longs métrages religieux. C'est également le moment de méditer sur où on vient et où on va, la nécessité de faire face à l'adversité et d'accomplir de grandes choses sur Terre. Cette réflexion s'illustre parfaitement dans A Brief History of Time, ce très intéressant documentaire d'Errol Morris qui est parvenu à adapter brillamment le fascinant livre du scientifique Stephen Hawking. Entre l’infiniment grand et l'infiniment petit, il y a une mer de possibilités, qui sont exprimées ici à l'aide de beaux témoignages, d'humour et de pensées parfaitement vulgarisées. De quoi en ressortir transformé. ****