mardi 25 juin 2019

Film du jour: Furie

Le Vietnam se met au cinéma d'action avec l'explosif Furie de Le Van Kiet. (Well Go USA Entertainment).

C'est quoi? Une femme travaillant dans un milieu louche met tout en oeuvre pour récupérer sa fille kidnappée.

C'est comment? Quel film décoiffant! Les chorégraphies sont spectaculaires, le rythme endiablé et la protagoniste me manque pas de prestance.

Et pourtant? L'histoire interchangeable n'est qu'un prétexte à des combats.

Techniquement? Les images particulièrement soignées permettent une explosion de la palette de couleurs.

Suppléments? Cette édition comprend un blu-ray et un dvd. Les bonus contiennent des bandes-annonces et un documentaire superficiel en quatre parties.

Au final? En se tenant généralement loin des clichés du genre, ce long métrage offre une dose d'action salvatrice pour les amateurs du genre. Que d'émotions fortes!

lundi 24 juin 2019

Dumbo (blu-ray)

Dumbo revit avec des humains et beaucoup d'effets spéciaux. (Disney)

C'est quoi? Deux enfants tentent de venir en aide à la nouvelle attraction d'un cirque.

C'est comment? Tim Burton est un spécialise pour parler de la marginalité et son film soigné plaira à un très jeune public.
Et pourtant? Il s'agit parfois d'une insulte au modèle original tant son scénario est laborieux, ses personnages peu consistants et ses morales appuyées.

Techniquement? Alors là, c'est la totale. Les images soignées en mettent plein la vue, alors que les pistes sonores élaborées ravissent allègrement.

Suppléments? Cette édition comprend un blu-ray, un dvd et une copie numérique. Les bonus nombreux et généralement intéressants comprennent trois documentaires (sur les thèmes abordés, l'impact du Dumbo original et la création de ce nouvel univers), plusieurs scènes supprimées, un bêtisier, des oeufs de Pâques et un vidéoclip d'Arcade Fire.

Au final? À quoi bon constamment ressasser le passé? Cela risque seulement de dénaturer un classique indémodable. C'est le cas de cette paresseuse nouvelle aventure de Dumbo, qui traîne royalement en longueur. Les enfants le trouveront divertissant, mais les autres, rien n'est moins sûr.

Ma critique complète

Film du jour: Tout est parfait

Par son titre, Tout est parfait ressemble beaucoup au très triste Je vais bien, ne t’en fais pas de Philippe Lioret. Il s’agit d’une ironie sur le destin, s’attardant davantage aux vivants qu’aux gens disparus. Pour son premier film, Yves Christian Fournier n’a pas pris de chance. Il a travaillé à partir d’un scénario de Guillaume Vigneault. Entre le metteur en scène et l’auteur, la chimie est palpable. Le récit est loin d’être chronologique, des rêves ou des réminiscences illuminent le quotidien et le rythme se veut lancinant, épousant la dérive du protagoniste.

Dans ce genre de long-métrage, la matière première est plus importante que les abus de style. La prémisse fait immédiatement réfléchir et elle s’intéresse avec beaucoup d’honnêteté et d’authenticité à l’adolescence. Il a donc plus à voir avec l’œuvre de Larry Clark que le soporifique et superficiel À vos marques… Party!. Le réalisme est crû, la ville est sale et les émotions sont vraies. Il y a des souffrances qui se matérialisent dans les silences et les non-dits. Des zones grises qui sont explorées, que ce soient cette culpabilité des gens qui sont encore en vie et cette incompréhension prédominante. Des sentiments normaux qui ne seront jamais expliqués outre mesure.

Tout est parfait sent parfois la première œuvre à plein nez. Fournier n’hésite pas à citer Michael Winterbottom et Terrence Malick (on se calme!) comme sources d’inspiration. Il lui arrive de trop soigner ses plans, jouant un peu gratuitement avec la poésie des lieux. Son discours passe même à quelques cheveux d’être prétentieux, et sa ligne directrice n’hésite pas à se répéter avant la fin. De quoi surligner la relation salvatrice/conflictuelle entre Josh et Mia, qui se matérialise par ces scènes intimes évoquant l’abandon.

Ces erreurs de débutant n’enlèvent pourtant rien à l’impact ravageur de l’opus. Dès les premières minutes, la gorge se serre pour se dénouer seulement à la fin. L’histoire est certes un énorme mélo où tout le monde souffre et pleure et malgré la lourdeur de l’ensemble, un peu d’espoir émane. Afin de ne pas étouffer, l’oxygène apparaît par l’entremise de touches humoristiques et par l’interprétation admirable de beaux comédiens. Dans le douloureux rôle principal, Maxime Dumontier s’attirera des éloges et il les méritera tous. Son Josh est à la fois un ange et un démon, un adolescent comme les autres qui se tait au lieu de parler. Son duo avec Chloé Bourgeois est souvent viscéral, un mélange à la fois beau et dérangeant de deux corps à la dérive. Autour d’eux se retrouvent un bouleversant Normand D’Amour, un Pier-Luc Brillant plus sobre que d’habitude et de l’intensité dramatique qui s’échappent de tous les personnages, Claude Legault et Marie Turgeon en tête.


Œuvre délicate et difficile, parfois un peu lourde et présomptueuse, Tout est parfait est un ovni dans le jargon québécois et son plus proche correspondant serait le dépouillé Elephant de Gus Vant Sant et l’énigmatique The Virgin Suicides. L’emphase est mise sur ce scénario qui dérange, cette réalisation extrêmement aérée (l’introduction qui combine le réel et la bande dessinée ne manque pas d’impressionner), cette trame sonore succulente (tout est y parfait, surtout cette finale sur les airs de Blonde Redhead) et ce jeu plus vrai que nature de Maxime Dumontier. Un quatuor qui marquera de nombreux esprits au fer blanc. 

Encore à ce jour, il s'agit d'un des meilleurs films québécois du présent millénaire. ****

dimanche 23 juin 2019

Les films préférés de... Hélène Choquette

Réalisatrice de documentaires depuis plus de 15 ans, Hélène Choquette a proposé ces dernières semaines le captivant Lepage au Soleil. Je l'ai rencontré pour l'occasion (mon entrevue) et je lui ai demandé quels étaient ses films préférés...

« C'est sûr qu'un documentaire qui m'a beaucoup marqué ces dernières années, c'est Le sel de la Terre. Mais Wim Wenders, je suis extrêmement envieuse de son talent de documentariste.

En fiction, je dirais Mustang. Ça se passe en Turquie. Je suis allé pendant un mois en Turquie pour me redécouvrir et c'est là que j'ai décidé que je devenais une documentariste, à 29 ans. C'est un point marquant dans ma vie. J'aime les femmes dans ce film. Je réalise que les histoires de femmes me touchent davantage.

Quel autre film... J'en vois tellement. Agnès Varda. Je l'aimais beaucoup.

Un film qui m'a marqué quand j'étais étudiante en cinéma est Le temps des gitans de Kusturica que j'ai vu huit fois en salle. Ça me fascinait, je ne sais pas pourquoi. »

Film du jour: The Brute

Lors de son exode au Mexique, Luis Bunuel a accouché de plusieurs oeuvres étranges, dont le tordu The Brute (1952) qui mélange mélodrame, film noir et satire de société. Déjà il s'intéressait aux rapports malsains de pouvoirs en réunissant des antihéros peu recommandables et une femmes fatale particulièrement mémorable. Si le récit peu subtil écrit sommairement est loin de ses classiques tardifs, sa façon de composer les cadres force l'admiration, se rapprochant grandement des suspenses anglophones. ***1/2

samedi 22 juin 2019

Sorties au cinéma: Dogman, Nuestro Tiempo, Halston, Child's Play, L'extraordinaire voyage du fakir, Anna

L'excellence et la médiocrité doivent se côtoyer cette semaine dans les salles de cinéma.

Dogman: Primé à Cannes en 2018 (son interprète Marcello Fonte y est sublime), ce nouveau long métrage de Matteo Garrone explore la bête qui sommeille en nous, multipliant les immenses plans de cinéma qui se graveront longtemps dans la mémoire du cinéphile. ****

Nuestro Tiempo: Carlos Reygadas ne fait rien comme les autres et il le rappelle avec cette création âpre et parfois malsaine de trois heures, sublime et irritante à la fois, qui prend son temps pour décortiquer les rouages du couple. ***1/2

Halston: Ce fascinant et important designer de mode méritait sûrement un documentaire plus profond que cet essai de Frédéric Tcheng qui, amusant et divertissant soit-il, n'explore pratiquement jamais les zones sombres de son sujet. ***

Child's Play: Moins intéressé à piller son essence qu'à lui rendre hommage, ce reboot signé Lars Klevbeg amuse dans ses délires mais laisse de glace lorsqu'il tente de tout psychologiser. Mieux vaut y aller en groupe, afin de rire un bon coup. **1/2

L'extraordinaire voyage du fakir: Ken Scott s'essaye à la fable humaniste avec ce conte qui sonne terriblement faux. Peut-être est-ce la faute du livre original, mais le traitement de thèmes importants par la comédie à deux sous et le romantisme plaqué est plus une insulte qu'autre chose. *1/2

Anna: Les amateurs de navets seront aux anges avec le nouveau Luc Besson, qui ferait passer Nikita pour Citizen Kane. Tout est horriblement consternant et surligné dans cette production d'action qui pourrait très bien être la plus grande comédie involontaire des dernières années. *

Film du jour: Mystery Train

Si l'on aime Jim Jarmusch pour ses drames profonds sur la condition humaine, son côté léger et domique n'est pas négligeable non plus. C'est le cas de Mystery Train, un film à sketchs extrêmement rigolo sur quelques individus qui se retrouvent à Memphis. Dotée d'une prose irrésistible, d'une réalisation précise et d'interprètes délectables, ce plaisir met allègrement de bonne humeur même s'il ne se retrouve pas parmi les titres essentiels de son auteur. ***1/2