samedi 21 juin 2014

Film du jour: Changeling

Depuis son vénérable Mystic River en 2003, Clint Eastwood fait partie des réalisateurs américains les plus importants du siècle. Il le prouve à nouveau avec Changeling, une œuvre plus mineure qui offre la chance à Angelina Jolie d’en mettre plein la vue avec son talent pas toujours bien exploité par le passé. Une histoire vraie qui fera rapidement réagir.

En 1928 à Los Angeles, l’existence de Christine (Jolie) est sur le point de basculer. Son fils vient de disparaître sans laisser de traces. Quatre mois passent et la police finit par le retrouver. Mais lors des retrouvailles, la mère déchante rapidement : la personne qui se tient devant elle n’est pas sa progéniture. Afin d’éviter un scandale terrible, les forces de l’ordre l’oblige à prendre le bambin et devant ses refus multiples, elles décident de l’interner! Il y a cependant de bons samaritains à l’extérieur pour l’aider, dont un révérend activiste (John Malkovich) qui n’a pas la langue dans sa poche.

Clint Eastwood a son style bien à lui et il rappelle davantage Frank Capra qu’Alejandro Gonzalez Inarritu. Ses films sont toujours très académiques, dotés d’une mise en scène classique dont la personnalité de l’auteur n’est pas toujours apparente. Ce refus technique laisse paraître une maîtrise parfaite de son médium, avec cette jolie partition musicale (la sienne!) qui tombe au bon endroit afin de véhiculer l’émotion sans trop la souligner. De ce côté, les surprises et les risques pris sont rares, ce qui n’est pas nécessairement une mauvaise chose (l’exemple de l’excellent Atonement est probant).

Il dessine son récit en suivant deux axes qui ne cessent de se croiser. Il y a tout d’abord cette quête personnelle d’une mère à la recherche de sa propre chair. Angelina Jolie, encore fraîche de son apport plus que mémorable au trépidant A Mighty Heart, livre à nouveau une performance intense. Son jeu n’est pas trop appuyé et malgré sa combinaison dents toujours blanches et maquillage abondant, elle s’en sort généralement avec les lauriers. Son personnage est tellement fort qu’il éclipse souvent ses acolytes, pas toujours bien développés et parfois même manichéens. Dans des rôles secondaires, John Malkovich fait sourire, Jeffrey Donovan abuse des rictus, Colm Feore joue un méchant aux bonnes intentions et Amy Ryan surprend par son intensité.

Ces déchirements et ces confrontations servent des causes qui transcendent la sphère privée pour déteindre sur la strate publique. Le rôle de la police en prend pour son rhume avec ces problèmes d’images. Tout comme cet étouffement de la différence et d’une réalité autre, muselée comme ces femmes qui se font interner pour des raisons qui dépassent l’entendement. Quelques causes que l’ancien acteur fétiche de Sergio Leone exploite dans le détail. Et elles ne sont pas les seules! Pourquoi ne pas se moquer de ce système judiciaire souvent déficient, de titiller la naissance du cynisme face aux autorités et même de critiquer la peine de mort en tant qu’instrument de vengeance? Des multiples frondes qu’un cinéaste qui n’a plus rien à perdre ressort des boules à mites sans nécessairement doser parfaitement le venin.

Changeling n’a rien du classique en puissance comme pouvait l’être Letters From Iwo Jima, Mystic River et Unforgiven. L’histoire traîne parfois en longueur, le rythme n’est pas toujours soutenu et les personnages auraient pu être mieux développés. Mais il y a cette époque, parfaitement recréée, dont émane une merveilleuse Angelina Jolie qui trouve là un de ses meilleurs personnages en carrière. Son désarroi est palpable et il est bien rendu par une mise en scène opaque dont le sujet fort est la tête directrice du récit.
***1/2

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