mercredi 13 avril 2016

Alejandro Amenabar nous parle de Regression

Le téléphone sonne. C’est Alejandro Amenabar au bout du fil. Oui, le cinéaste espagnol d’origine chilienne qui a offert quelques-unes des œuvres les plus libératrices du 21e siècle avec The Others et La mer intérieure.

Il m’appelle de l’endroit où il écrit et les aboiements d’un chien se font parfois ressentir pendant la conversion. L’entrevue porte principalement sur Regression, un suspense psychologique qui prend l’affiche ce vendredi et où Ethan Hawke enquête sur un crime satanique qui implique Emma Watson.

Évidemment, l’occasion est belle de lui parler de sa carrière et de cette dernière décennie où il s’est fait plus rare…


Quels cheminements sont survenus jusqu’à la création de Regression?

Je voulais faire un film d’horreur sur les cultes. J’ai commencé à lire et à me renseigner sur le sujet, surtout sur l’idée du diable. J’ai lu des bibles sataniques. Je n’arrivais pas à trouver une approche intéressante. J’ai donc mis ce projet de côté et un jour, par chance, j’ai eu connaissance des rituels d’abus sataniques qui sont survenus dans l’état du Minnesota en 1990. Je me suis mis à lire sur ce dossier et j’ai décidé de faire un film sur le diable mais également sur l’esprit humain.


Dans tous vos longs métrages il y a des combats entre le vrai et le faux, la réalité et le rêve, la science et la foi ou la religion…

Oui, j’aime parler des rêves. À chaque soir, quand je vais au lit, je rêve beaucoup. Je rêve d’une autre réalité et quand je me réveille, je réalise que c’était un rêve. Cela nous rappelle comment notre cerveau peut nous jouer des tours. C’est une des idées du film.

J’ai exploré l’idée de religion dans mes précédents films et dans celui-ci, je voulais confronter deux pôles. Celui de la foi à celui de la science qui s’exprime par une psychothérapie. Comment ces deux pôles tentent de travailler ensemble pour résoudre le casse-tête. Que des erreurs peuvent s’en échapper et qu’elles sont une des clés pour obtenir des réponses.


Avec Regression, vous semblez revenir aux films de genre comme dans Tesis et The Others

Le mystère et le suspense me viennent naturellement. C’est un genre que j’ai toujours aimé quand j’étais enfant. Peut-être que c’est parce que j’étais un garçon sinistre et que j’adorais avoir peur devant un film. En voyant des films d’horreur et en apprenant à faire des films et à jouer avec l’audience, cela m’a aidé à exorcisé mes propres peurs. Ça ne veut pas dire que je ne ferais pas d’autres genres de films, mais je suis plus intéressé par ce style que par des comédies.


Avec The Others et La mer intérieure, vous étiez au sommet de votre popularité. Pourquoi est-ce qu’il n’y a eu que deux films (Agora et Regression) dans la dernière décennies?
C’est le genre de question que ma mère me demande! (rires) Pourquoi je n’écrivais pas de script plus tôt. Ces temps-ci j’écris beaucoup et j’espère avoir quelque chose de prêt dans les prochains mois.

À ma défense, lorsque j’ai commencé à faire des films, je me disais innocemment à l’université que j’allais accepter n’importe quoi pour vivre de ce métier. Maintenant, c’est vraiment important que j’aie quelque chose d’important à dire pour faire un film. Il faut que je sois passionné. Dans le cas de Regression, ça m’a pris un certain temps pour trouver l’idée de départ. Lorsque je crée, je ne sens pas l’urgence. Il faut laisser l’espace à l’histoire pour qu’elle arrive jusqu’à ma tête.


Que ce soit Tesis, Ouvre tes yeux, The Others et La mer intérieure, vous avez toujours eu un appui critique presque unanime. Il ne semble pourtant plus aussi inconditionnel avec Agora et Régression

Lorsque tu fais des films, tu t’exposes et l’auditoire va toujours avoir en tête ton travail précédent. Il faut que tu demeures ouvert à ce que les gens disent. Parfois tu crois avoir fait ton meilleur film et les autres personnes ne sont pas d’accord avec toi. Tu ne le sais jamais. Agora n’était pas un film facile, tout comme Regression. Ce sont des films qui sortent du lot, de la boîte. Regression fonctionne sur un anti climatic climax et je sais que c’est risqué pour les spectateurs.

Mais j’essaye toujours de faire le film que je dois faire et de le raconter de la façon qui m’est propre. Le reste c’est de la loterie. Des gens peuvent aimer et d’autres non, il peut avoir un grand succès commercial ou pas. Après, tu dois te concentrer sur le prochain film, sinon tu risques d’être démoralisé.


En terminant, quels sont les cinéastes ou les films qui ont fait de vous le réalisateur que vous êtes?

Quand j’étais jeune, j’aimais beaucoup les suspenses d’Alfred Hitchcock. Bien sûr, Steven Spielberg est mon réalisateur préféré et il y a aussi Stanley Kubrick. C’est un beau trio, n’est-ce pas? 

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