vendredi 11 septembre 2015

Entrevue avec Jean-Jacques Annaud pour Wolf Totem




De tous les cinéastes qui sont venus faire leur tour à la dernière édition du Festival des films du monde de Montréal, Jean-Jacques Annaud était certainement le plus prestigieux. Avec une filmographie qui comporte son lot d’opus (La guerre du feu, Le nom de la rose, L’ours et même L’amant), voilà une entrevue qu’il ne fallait pas rater.

Le réalisateur français était présent pour accompagner Wolf Totem (Le dernier loup), une superproduction chinoise - c’est la sélection de la Chine aux Oscars - sur un homme qui découvre les loups et la Mongolie. Une création esthétiquement impressionnante, surtout lorsqu’on la découvre en format IMAX.

Pourquoi avoir décidé de réaliser Le dernier loup?
Parce que c’est un de ces livres qui réunis plein de thèmes qui sont familiers. Le thème du jeune homme dont la vie va être transformée par l’immersion d’une société/civilisation différente est un thème constant dans mes films. L’attrait pour les cultures autre que la mienne aussi. Bien entendu, le rapport chaleureux entre l’homme et l’animal a occupé un certain nombre de mes films. Et la très grande envie de connaître la Chine de l’intérieur. L’envie de passer plusieurs années à comprendre la civilisation chinoise, mongole, la civilisation des loups est appétissante. Et après avoir eu conscience de ce livre rare, le fait que des gens viennent de Pékin jusqu’à Paris pour me demander de le faire m’a énormément séduit. Vous savez, pour moi, un film est plus qu’un film. C’est une tranche de vie.

Il n’y a pas eu une réticence de votre part ou de leur part? Car la Chine avait bannie Sept ans au Tibet lors de sa sortie au milieu des années 90…
C’est ça qui fait partie des choses extraordinaires. J’ai associé ça à des expériences de vie. Parmi mes meilleurs amis, ça a commencé avec une engueulade. Et des engueulades violentes… Je crois qu’on peut fonder des amitiés très intéressantes lorsqu’on a fait table rase. Ce qui a joué en ma faveur, c’est que c’est une histoire d’un jeune homme qui fait partie d’une majorité et qu’il va découvrir deux minorités. La minorité mongole et la minorité des loups. Et que le fait d’avoir eu beaucoup de sympathie pour les habitants du Tibet qui font partie de la Chine, c’était une garantie sans doute que j’allais probablement aimer les Mongoles. Et aimer les loups.

Vous avez réalisé un film avec des ours, un autre avec des tigres (Deux frères) et maintenant avec des loups…
J’ai aussi fait des films avec des stars américaines, des femmes, des jeunes filles. Vous savez, la nature instinctive n’est pas seulement réservée aux quadrupèdes. Les bipèdes sont parfois aussi violents et dangereux que les quadrupèdes prédateurs.

Donc vous n’avez pas de préférence?
Non. Ce que je peux vous dire, c’est que c’est du matériau vivant. À chaque fois que je tourne avec ces animaux, j’apprends, je crois, à mieux diriger les acteurs humains. Parce que je comprends à quel point, quoi qu’on fasse, la première chose qui doit être juste, c’est de mettre l’acteur dans une situation qu’il comprend et qu’il va aimer. Si vous choisissez le mauvais costume, le mauvais partenaire, le mauvais dialogue, la mauvaise lumière, le mauvais décors, comment voulez-vous que l’acteur se sente bien? Il pourrait être excellent acteur, avoir fait 10 ans de cours de comédie, eh bien il ne pourra pas être bon. Parce que son instinct lui dit le contraire… Il faut bien choisir ce que vous faites. C’est là l’art de la mise en scène. Eh bien, c’est pareil avec une star hollywoodienne ou un loup.

Peu importe qu’on aime ou pas vos films, on sait qu’ils seront visuellement magnifiques. Avec Le dernier loup, on n’est pas déçu. Avec des images aussi puissantes, des combats aussi enragés, est-ce difficile que le reste du long métrage, lorsqu’il faut faire avancer l’histoire, les dialogues et tout, soit aussi fort et intéressant?
Les scènes d’adrénaline doivent être au service de l’histoire. Du coup, vous allez réagir émotionnellement d’une manière différée, c'est-à-dire que la scène d’adrénaline va vous faire palpiter le cœur, mais le moment d’émotion qui va vous plaire, c’est la conclusion qui doit être généralement, à mon avis, fait comme la musique. Si vous faites tout rapide tout le temps, ça ne fonctionne pas. Il faut des moments de calme, surtout pour que les moments rapides semblent rapides. On a besoin de souffler… C’est intéressant comme question, car on me la pose rarement. Effectivement, vous récupérez dans la scène calme ce que vous avez accumulez pendant la scène vivace.

Sentez-vous que l’on peut diviser votre filmographie en deux parties? Ce qu’il y a eu avant Sept ans au Tibet et ce qu’il y a eu après?
Je ne me pose pas la question. Les films sont tels que je les vis moi. Je sens la continuité et je les fais avec la même passion, le même désir. Ceci étant, le cinéma a changé. Ce serait sans doute difficile de faire aujourd’hui un film comme La victoire en chantant (qui a remporté l’Oscar du meilleur film en langue étrangère). C’est comme chez les peintres. Ils ont des évolutions de tonalité, des changements de sujets parfois. Il y a certainement ça qui rentre en jeu.

Ce que je crois, c’est que ça dépend des personnes et ça dépend des lieux. En Chine, un de mes films qui marchent le mieux et qui est le préféré est L’ennemi aux portes. C’est un film de sniper, comme Le dernier des loups, car les loups sont des snipers, avec ce même regard, cette même patience. Sept ans au Tibet, par exemple dans des pays comme l’Italie et la Hollande, c’est un film qui est plus populaire que La guerre du feu et L’ours. La réaction des gens est très variée. Et c’est bien ainsi. Je n’aime pas faire des films formatés. Selon sa culture, son âge, son éducation, des gens préfèrent ceci ou cela et ça me va.

2 commentaires:

  1. J'ai aimé :

    Du coup, vous allez réagir émotionnellement d’une manière différée, c'est-à-dire que la scène d’adrénaline va vous faire palpiter le cœur, mais le moment d’émotion qui va vous plaire, c’est la conclusion qui doit être généralement, à mon avis, fait comme la musique.

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  2. Moi aussi. Je trouve qu'il ne répond pas tellement à la question, mais j'ai aimé ce passage, ce qui explique pourquoi je l'ai gardé.

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