lundi 8 février 2010

Aux calendes grecques


Cela m'a sauté aux yeux ces dernières semaines en revoyant des vieux films de cinéastes estimés dont les dernières missives ne sont jamais arrivées sur les écrans. Cela sert à quoi à des grosses pointures comme Kim Ki-duk, Beat Takeshi Kitano ou Kim Jee-woon de soulever la passion de fans à travers le monde si personne n'ose distribuer leurs oeuvres?

Être à Cannes ou à Toronto n'est plus un indicatif. Parlez-en à Jia Zhang Ke et à Johnny To qui attendent longuement que leurs essais atteignent le public canadien. Et la situation n'est pas seulement propre à l'Asie. Depuis l'excellent La vie est un miracle, combien de films de Kusturica ont été édité ici? Et les récits d'Amos Gitai? Surtout qu'ils ne sont même pas trouvables en DVD normaux Zone 1!

Et la liste peut-être très longue. Autant de cousins français (Chéreau, Honoré, Jeunet) que des voisins américains (Todd Solondz qui a tout de même marqué les cinéphiles, The Messenger d'Oren Moverman).

Le seul moyen de remédier à la situation est de tout abandonner pour devenir distributeur. De ce côté, il faut bien entendu beaucoup de contacts, de chance... et d'argent.

Ou encore faire l'acquisition d'un DVD multizone et commander les titres en Zone 2. Sauf que le vrai amateur de cinéma qui préfère assouvir sa passion dans les salles de cinéma, il fait quoi? Il pleure devant la centaine d'écran accordé à Avatar alors qu'il n'y en aura qu'un seul pour Revanche? Déjà qu'il a attendu longtemps pour voir Le ruban blanc et Le petit Nicolas (déjà disponible en DVD en France, mais sur les écrans québécois à la fin du mois).
L'expérience cinématographique se tient en communion, dans une salle sombre. Sans cela, le plaisir est tronqué. Encore plus si le matériel ne se rend pas ici, petit pays inconnu collé sur le plus influent (du moins, pour l'instant) de la planète. Et dire que là-bas aussi, ils attendent autre chose que des Dear John et des Legion.

samedi 6 février 2010

Le ruban blanc, Les sept jours du Talion, Collapse, From Paris With Love, Saint John of Las Vegas


Enfin une belle semaine de cinéma avec rien de moins que trois films recommandables.

Superbe Palme d'Or en noir et blanc aussi malsaine qu'intelligente, Le ruban blanc (critique) rappelle que Michael Haneke est un des meilleurs cinéastes de la planète, filmant la montée du nazisme avec une rare maestria à travers les yeux de parents - et d'enfants - particulièrement inquiétants. Un chef-d'oeuvre à savourer plus d'une fois.

Habilement réalisé par Podz qui en est à son premier long métrage de fiction, Les sept jours du Talion (critique) explore le processus de la vengeance à travers une très belle mise en scène lente et glaciale dominée par une extrême violence, mais également de formidables comédiens.

Documentaire dans le style de ceux d'Errol Morris, Collapse (critique) du talentueux Chris Smith donne la parole à un homme paranoïaque et/ou visionnaire qui traite des déboires passés, présents et futurs aux États-Unis. Il n'y a pas beaucoup d'espoir au rendez-vous, mais quelle vision pessimiste et de mots déstabilisants.

Presque aussi barbare et stupide que son précédent Taken, Pierre Morel propose à nouveau une France raciste et sexiste dans From Paris With Love (critique) où un Américain campé par John Travolta vient sauver leurs homologues de la Ville Lumière. Une sorte de Rush Hour vide et si peu divertissant, qui aurait pu être beaucoup plus drôle et mouvementé.

Fabriqué avec un budget modeste, Saint John of Las Vegas (critique) de Hue Rhodes doit tout à son interprète Steve Buscemi qui évite que l'ensemble chute trop rapidement dans les bras de Morphée. C'est cependant peine perdue, car cette timide relecture de L'enfer de Dante ne sait jamais quoi faire pour attirer l'attention du spectateur.

vendredi 5 février 2010

Entrevues Romaine par moins 30


Même si Romaine par moins 30 prend seulement l'affiche vendredi prochain au Québec, j'ai pu m'entretenir avec la réalisatrice Agnès Obadia et le comédien Pierre-Luc Brillant.

De loin l'histoire peut ressembler à celle du si critiqué Le bonheur de Pierre avec ce couple de Français qui débarque dans la Belle Province, mais au moins le résultat est tout autre. Le long-métrage, sans prétention, est peuplé de personnages colorés et il doit beaucoup à l'actrice Sandrine Kiberlain, sorte d'alter ego de la cinéaste.
Les entrevues se trouvent ici

jeudi 4 février 2010

Pierre Morel déteste la France


Douloureux visionnement de presse cette semaine avec l'insignifiant From Paris With Love. En sortant de la salle, il est difficile de ne pas placer le nom de Pierre Morel sur la liste des «pires réalisateurs» du moment.

À l'époque, ce n'était pas si pire. Sans être un grand film, Banlieue 13 n'avait aucune autre prétention que de divertir. Déjà, avec l'horrible Taken en 2009, les choses ont radicalement changées. Même si ce titre a fait explosé le box office, il ne s'agissait que d'un long métrage barbare et stupide, ventant les idées de l'extrême droite, de l'auto-justice et de la torture. Aucune subtilité dans ce discours affligeant et pompeux, si ce n'est un metteur en scène qui passe son temps à détruire sa ville, demandant aux sauveurs américains de la libérer des méchants envahisseurs étrangers. Eh oui, comme pendant la Seconde Guerre mondiale...

L'histoire se répète avec From Paris With Love où deux agents font tout sauter dans la Ville Lumière, multipliant les cadavres toutes les 5 minutes. Encore une fois, le message est le même, demeurant raciste et sexiste. Les êtres diaboliques ne sont pas blancs, mais noirs, arabes et chinois. Les filles ne sont que des prostituées, des caricatures ambulantes ou des êtres facilement manipulables qui sont capables des pires vices de la planète.

N'importe qui peut rigoler en regardant un vieux film des années 1980 décrivant avec ironie le régime de Reagan et le climat de l'époque. Mais sans charge politisée ou d'humour qui fonctionne réellement, il est normal d'être intellectuellement frustré devant tant de stupidités. Peut-être que pour se défendre, celui qui se prépare à actualiser le classique littéraire de science-fiction Dune (catastrophe à prévoir) ne s'inspire finalement que de la société de Sarkozy...

mercredi 3 février 2010

Une liste parallèle aux Oscars?


Les nominations aux Oscars ont été dévoilées hier. Dans la liste des 10 meilleurs films américains de l'année, il y a bien peu de surprises:

Avatar
District 9
Blind Side
An Education
The Hurt Locker
Inglourious Basterds
Precious: Based on the Novel ‘Push’ by Sapphire
A Serious Man
Up
Up in the Air

Bien entendu, on va y revenir d'ici la cérémonie pour commenter ces choix, souvent douteux et illogiques, plus populistes que sérieux.

Pourtant, cela ne serait même pas surprenant que des gens (ou des journalistes qui ont trop de temps libre) mécontents fassent comme pour notre gala des Jutras et qu'ils trouvent une liste parallèle. Voici très bien ce qu'ils pourraient trouver:

(500) Days of Summer
A Single Man
Brothers
Duplicity
The Informant
The Soloist
State of Play
Two Lovers
Watchmen
Where the Wild Things Are


Hormis pour le film de Tarantino et celui des frères Coen, ce serait presque mieux, non?

mardi 2 février 2010

The Music Man et autres DVD de la semaine


Il est toujours surprenant qu'en ce mardi - jour de la semaine où de nouveaux DVD sont disponibles à la vente et à la location -, les choix les plus intéressants demeurent des rééditions.

Il y a celle en Blu-ray de l'excellente comédie musicale The Music Man de Morton Da Costa (1962) où Robert Preston s'éclate comme un petit fou. Le modèle est peut-être un peu long (150 minutes!), mais quelle magie et fantaisie qui découle de ce constat ironique d'une petite ville qui est incapable d'accueillir des étrangers.

Il y a également le sous-estimé Section spéciale (1975) de Costa-Gavras qui témoigne pour les générations présentes et à venir sur les imbroglios et la stupidité du Gouvernement Vichy. Hilarant, inquiétant et fascinant: que demander de plus à cette édition qui ne contient toutefois aucun supplément?

Dans les sorties traditionnelles, Demain dès l'aube s'avère un choix idéal, explorant avec intelligence et ambiguïté les jeux de rôles à l'âge adulte. L'entrevue que j'ai réalisé avec le cinéaste Denis Dercourt et l'acteur principal Vincent Pérez lors de leur passage à Montréal se trouve ICI.

Les amateurs de rires et de morts-vivants rigoleront un bon coup devant Zombieland de Ruben Fleischer, une comédie vigoureuse quoique tout de même traditionnelle qui comporte une apparition inoubliable à mi-chemin.

Sans être la meilleure adaptation d'un roman de Patrick Senécal (il faudra attendre cette semaine avec l'excellent Les sept jours du talion), 5150, rue des Ormes d'Éric Tessier est un long métrage respectable, assez drôle pour les gens qui ont un esprit tordu. Mes entrevues que j'ai réalisées avec le metteur en scène, le romancier et les comédiens se trouvent ICI.

Malgré son maigre budget, Daytime Drinking de Noh Young-seok demeure un récit doux-amer particulièrement mignon et attendrissant, qui fait voyager dans un endroit perdu de la Corée du Sud.

Visuellement impeccable et doté de dialogues anglophones onctueux, Bright Star plaira aux fans inconditionnels de Jane Campion... mais peut-être pas aux autres qui détestent les histoires d'amour trop romancées et sucrées.

Superbe prémisse qui ne tient pas la route plus que 30 minutes, Cold Souls de Sophie Barthes nage dans l'absurde en conviant Paul Giamatti (qui joue son propre rôle!) dans une aventure prometteuse mais soporifique où il aimerait bien se débarrasser de son âme afin de mieux apprendre son nouveau rôle au théâtre!

La déception (une des plus grandes de 2009) demeure Amelia, un biopic traditionnel et sans envergure de Mira Nair qui n'arrive même pas à soutirer des prestations satisfaisantes d'Hilary Swank, de Richard Gere et d'Ewan McGregor. Long, plat, ennuyeux: de quoi vouloir s'en tenir le plus loin possible.

lundi 1 février 2010

R.I.P. Pierre Vaneck


Le beau-fils de Jacques Becker, Pierre Vaneck, est décédé hier à la suite d'une opération cardiaque. La nouvelle n'a presque pas eu d'écho au Québec. C'est triste mais sans doute normal, l'acteur était peu connu de ce côté de l'Atlantique et ses films se retrouvent très difficilement dans nos DVD en Zone 1.

Pourtant, en France, c'est un énorme comédien de théâtre et de télévision qui s'éteint, un peu l'équivalent du Raymond Bouchard de l'Hexagone. En plus d'enflammer toutes les scènes où il se trouvait, il a laissé sa marqué et sa bouille sur le septième art d'antan, participant à des projets aussi important que le Paris brûle-t-il? de René Clément.

Depuis les années 1970, il était cependant à l'écart du grand écran. Il a bien participé au Othello d'Oliver Parker et La science des rêves de Michel Gondry, mais aucun rôle réellement significatif. Sa carrière cinématographique s'est toutefois terminé sur une belle note, campant le père d'Albert Dupontel dans l'efficace et très distrayant Deux jours à tuer de Jean Becker.

Je me rappelle il y a quelques mois d'avoir trouvé en DVD pour environ trois dollars dans un magasin à grande surface de la région de Montréal une édition neuve d'Une balle de canon, ce drame policier réalisé par Michel Deville (tout de même) et Charles Gérard en 1958. Le film n'a peut-être pas marqué les annales, sauf que Varek y était tout de même excellent, côtoyant de jeunes gens comme Jean Rocherfort et Michael Lonsdale.

Voilà un des rares «vieux» titres qu'il est possible de retrouver quelque part, par hasard, au gré des recherches. C'est trop peu, bien entendu.