mercredi 21 octobre 2026

Au cinéma: Naza


Les excellents documentaires se succèdent au cinéma. Après You Can See Everything, place à Naza de Yuval Abraham et Rachel Szor (la moitié de l'oscarisé No Other Land) qui raconte de l'intérieur le génocide perpétré à Gaza. L'essai bouleversant est porté par les mots de soldats voilés, tandis que défilent à l'image la noirceur ambiante et l'activité d'une ville qui ne cesse de s'agrandir sur des terres maculées de sang. Un long métrage nécessaire qui glace le sang. ****

mardi 20 octobre 2026

One Night Only (blu-ray)


Sorte de The Purge sentimental (une nuit par année, les relations sexuelles entre célibataires sont tolérées et même encouragées), One Night Only de Travis Braun tente de provoquer avec ses éléments satiriques mais finit par se transformer en comédie romantique balisée et conservatrice. La chimie palpable entre Monica Barbaro et Callum Turner n'est pas suffisante pour secouer la mise en scène sans attrait et l'humour qui n'opère qu'une fois sur deux. En revanche, l'édition blu-ray proposée par Univeral est techniquement irréprochable et elle est dotée de quatre documentaires assez ludiques. **1/2

Au cinéma: You Can See Everything


You Can See Everything de Nathan Fielder et Lance Oppenheim est l'un des meilleurs films de l'année. Il s'agit d'un essai fascinant - et hilarant - qui brouille les frontières entre le documentaire et la fiction, la vérité et le mensonge, en s'intéressant à une femme énigmatique accusée de fraude. Le récit de près trois heures se déroule à la vitesse de l'éclair, tandis que le cinéphile est constamment en train de replacer les informations dites ou omises dans ce brillant portrait de société qui est également une réflexion magistrale sur la façon de communiquer et, ultimement, d'aimer. L'époque est à la manipulation et ce long métrage le montre plus qu'aucun autre. ****1/2

lundi 19 octobre 2026

Films vus au FNC: Ma femme pleure, Dao, Let Us Through, Dear Ancestors


L'art d'Angela Schanelec est un des plus précieux du cinéma contemporain. L'Allemande fait à nouveau mouche avec Ma femme pleure, où un accident de la route modifie complètement le quotidien d'un couple. Un sujet minimaliste qui permet de tâter l'existence dans ce qu'il a de plus concret et authentique. La mise en scène minutieuse, statique ou en mouvement, fondé sur l'observation et les dialogues, force l'admiration, tandis que Agathe Bonitzer livre probablement la plus belle performance de sa carrière. Un petit film miracle qui fait un bien fou à l'âme, qui donne le goût de danser et, surtout, de profiter pleinement de la vie. ****1/2


Véritable fresque organique se déroulant lors d'un mariage et d'un enterrement, Dao d'Alain Gomis fait dialoguer la fiction et le documentaire, le présent et le passé, au sein de deux continents. La mise en scène vertigineuse au montage souple permet aux cinéphiles de prendre part au quotidien des nombreux personnages et de vivre à leurs côtés des milliers d'émotions. On ressort transporté de ce pari de plus de trois heures. ****


Sorte de suite à son précédent Magellan, Let Us Through, Dear Ancestors permet à Lav Diaz de confronter la colonisation religieuse espagnole aux croyances chamaniques locales. Plus que son intrigue qui va droit au bout (le film de 151 minutes est l'un des plus courts de son auteur) et son interprétation parfois caricaturale, le récit vaut surtout son pensant d'or par son dépaysement total qui passe par une utilisation totale du son et la beauté de sa photographie en noir et blanc. ***1/2

Au cinéma: We're Nothing at All


Inspiré d'une histoire vraie, We're Nothing At All du vétéran Herman Yau relate l'enquête autour de l'explosion d'un autobus qui a provoqué plusieurs décès. Prenant l'allure du film choral qui navigue entre le présent et le passé, le récit social sous fond d'homophobie manque de finesse. Les dialogues sont tellement appuyés et les thèmes parfois si misérabilistes que l'ensemble finit par faire rire au lieu de susciter l'émotion et la réflexion. **1/2

dimanche 18 octobre 2026

Au FNC: Look Back


Le Festival du nouveau cinéma se termine aujourd'hui avec notamment la présentation du délicat Look Back, le deuxième film de 2026 de d'Hirokazu Kore-eda. Cette adaptation d'un manga prend la forme d'un joli récit d'apprentissage - sur la famille, l'amitié, etc. - qui souligne l'apport de la création afin d'enjoliver notre existence. Ainsi, l'importance du travail est constamment souligné et ce sont ces répétitions qui amènent nos héroïnes vers la beauté: celle de la nature et de l'humanité. Malgré une dernière partie moins convaincante et une musique parfois insistante, le long métrage ne manque ni de lyrisme ni de poésie dans sa mise en scène et il n'a aucune difficulté à se lover près du coeur. ***1/2

samedi 17 octobre 2026

Au cinéma: C'est quoi l'amour?


Difficile de faire plus sympathique que C'est quoi l'amour?, alors qu'un ex couple doit prouver qu'ils n'ont jamais été heureux ensemble! La distribution qui comprend Laure Calamy et Vincent Macaigne s'amuse beaucoup, tandis que le message n'est jamais trop appuyé. Il n'y a que la réalisation de Fabien Gorgeat qui manque de piquant (c'est à se demander ce que Sophie Letourneur aurait fait avec un tel matériel), rendant parfois le récit bien trop mou. ***

vendredi 16 octobre 2026

Au FNC: Butterfly Jam


Pour son premier film en anglais Butterfly Jam, Kantemir Balagov (à qui l'on doit l'extraordinaire Beanpole) s'intéresse au quotidien d'une famille de la diaspora tcherkesse du New Jersey. La première partie qui n'est pas sans rappeler le cinéma de James Gray traite de la parentalité et de la masculinité avec une certaine efficacité, jusqu'au moment où une surprise narrative transporte le récit ailleurs. C'est là que le long métrage s'effondre, car il ne fait que survoler les enjeux au lieu de s'y consacrer entièrement. La mise en scène assurée et le jeu survolté de Barry Keoghan ne sauve pas entièrement la mise de cette demi-déception. **1/2

jeudi 15 octobre 2026

Au cinéma: Whalefall


Whalefall n'a pas peur du ridicule. Dans cette relecture à peine déguisée du Livre de Jonas, un homme se retrouve prisonnier dans le ventre d'une baleine! Si le mélange de suspense horrifique et de récit de survie offre une série B spectaculaire (gracieuseté d'une mise en scène adéquate de Brian Duffield), le scénario sans queue ni tête sous fond de relation père/fils houleuse finit par prendre la tangente du long métrage biblique sur la nécessité de prendre soin de la nature, de panser ses plaies et de faire la paix avec la figure paternelle (qui représente Dieu). Austin Abrams fait ce qu'il veut dans le rôle principal, devant un Josh Brolin en roue libre. **

mercredi 14 octobre 2026

Film du jour: Michael


Michael d'Antoine Fuqua n'est pas tant un film de fiction sur le roi de la pop qu'une hagiographie à son effigie, qui raconte une seule partie de l'histoire en excusant constamment le principal intéressé. S'il a grandi comme ça, c'est uniquement la faute de son père... Mais on ne verra jamais les défauts de Jackson tant le long métrage lave plus blanc que blanc. Si sa musique demeure éternelle, le récit, lui, est prévisible et médiocre, à l'image de la performance de Jaafar Jackson. *1/2

mardi 13 octobre 2026

Disclosure Day (blu-ray)


Steven Spielberg renoue avec la science-fiction par l'entremise de Disclosure Day, un récit en forme de best of qui utilise le suspense afin de parler de la foi en l'humanité. Si le propos - tout comme le dernier acte - peut paraître naïf, la machine est particulièrement bien huilée et sa vision réchauffe le coeur, lui qui n'a toujours pas perdu son désir d'émerveillement en reconstituant un divertissement à l'ancienne. Cette blu-ray édition de collection aux images vertigineuses et aux pistes sonores puissantes comprennent un documentaire étoffé sur le tournage et un segment relatant la longue collaboration entre Spielberg et le compositeur John Williams. (Universal) ***1/2


Film du jour: A Japanese Tragedy


Un fossé générationnel sépare la famille et le Japon tout entier de l'après-guerre dans A Japanese Tragedy (1953), un film sombre et violent signé Keisuke Kinoshita. Malgré quelques lourdeurs, les thèmes (sacrifice, mal-être, etc.) résonnent plus que jamais et la mise en scène inspirée du néoréalisme est marquée par quelques ingénieux flashs mémoriels. Comme toujours chez le cinéaste nippon, sa direction d'acteurs s'avère impeccable. ***1/2 

lundi 12 octobre 2026

Au FNC: The Dreamed Adventure


Neuf années après son fabuleux Western, Valeska Grisebach retourne aux frontières de la Bulgarie et de la Grèce afin d'explorer les notions de territoire et de genre, en détournant notamment le film de gangsters. Sa proposition radicale et féministe, où la longue durée du récit permet de prendre le poids du passé afin de mieux l'inscrire dans le présent, met l'errance et les dialogues aux premiers plans, faisant de The Dreamed Adventure l'un des longs métrages les plus stimulants et fascinants de l'année. ****1/2

dimanche 11 octobre 2026

Au FNC: Le journal d'une femme de chambre


Rien n'est à l'épreuve de Radu Jude. En s'abreuvant au chef-d'oeuvre Le journal d'une femme de chambre d'Octave Mirbeau, l'iconoclaste cinéaste roumain en souligne l'inégalité des rapports de classes et l'époque politique trouble par l'entremise d'un humour noir plongé dans le vitriol et d'une recherche esthétique constante. À savourer aujourd'hui et le 15 octobre. ****

samedi 10 octobre 2026

Au cinéma: Once Upon a Time in the Middle East


Sélection de la Chine aux Oscars, Once Upon a Time in the Middle East de Wen Muye mélange le film de guerre à celui de bouffe, à travers le destin d'un cuisinier chinois qui vient en aide à des enfants pendant un violent conflit armé (causé évidemment par les États-Unis). Si le récit qui traîne en longueur n'est pas le plus subtil, la mise en scène solide aux nombreux plans séquences spectaculaires et l'interprétation décontractée en font un divertissement honorable. ***

vendredi 9 octobre 2026

Au cinéma: Hantée


Le cinéma québécois pour toute la famille se porte bien. Si les films sont de bonne qualité, aucun ne s'avère toutefois transcendant. C'est le cas de Hantée qui multiplie les hommages aux années 80 et 90 (Ghostbusters, Casper, The Money Pit...) en parlant des réalités d'aujourd'hui et de maux universels, dont la violence faite aux femmes. Cela finit cependant par créer un écart dans les dialogues (didactiques et pas toujours naturels) et l'interprétation (qui va du très bon à l'oubliable). Pour son premier film «ado», Rafaël Ouellet offre une réalisation soignée qui manque cependant un peu de rythme et de punch. **1/2

Au FNC: Filipinana


Sélection des Philippines aux prochains Oscars, Filipinana est un premier film intriguant de la part de Rafael Manuel qui traite de la lutte des classes et des changements politiques, économiques et sociaux dans le pays par l'entremise d'un récit fondé sur le vide des classes et la vacuité du golf. L'horreur est confinée au hors champs tandis que l'humour regorge de ces plans cartésiens à la Wes Anderson qui résulte en une conclusion troublante qui n'est pas sans évoquer le Caché de Michael Haneke. Présenté aujourd'hui et demain au FNC et en salle le 22 octobre. ****

jeudi 8 octobre 2026

Au FNC: Violence du corps de l'autre


Le Festival du nouveau cinéma s'ouvre ce soir avec Violence du corps de l'autre, le 17e long métrage de Denis Côté et l'un de ses plus stimulants. Comme toujours chez le réalisateur québécois, la première partie (une réflexion poétique sur la mort) se heurte à la seconde (qui embrasse l'étrangeté et le suspense), explosant dans la dernière ligne droite. L'expérience se vit comme un rêve éveillé, porté par le jeu impérial de Larissa Corriveau, excellente en ange exterminateur, et de la mise en scène sensorielle de son auteur qui utilise à bon escient le flou de ses images et de judicieux choix musicaux. Au cinéma dès le 23 octobre. ****

mercredi 7 octobre 2026

Au cinéma: The Social Reckoning

 


The Social Reckoning est un film potable sur le journalisme et sur la dérive de Facebook dans la façon d'alimenter la désinformation, l'endoctrinement et l'extrémisme. C'est toutefois une mauvaise suite à The Social Network qui avait tant marqué son époque. Autant Aaron Sorkin excelle en tant que dialoguiste, autant il est piètre réalisateur, offrant un long métrage fade et oubliable, à la finale particulièrement appuyée. Entre un Jeremy Strong emprisonné de son Mark Zuckerberg et une Mickey Madison (Anora) qui semble parfois perdue, c'est Jeremy Allen White en reporter téméraire qui offre le jeu le plus nuancé. **1/2

Au cinéma: Jim Queen


Sans doute la meilleure animation de l'année, Jim Queen de Nicolas Athané et Marco Nguyen est une satire jouissive sur un influenceur égocentrique qui tente de trouver un remède à un virus qui transforme les hommes homosexuels en hétérosexuels. L'humour coule à flot, la vulgarité est de mise, les personnages sont attachants et les morales demeurent importantes sans être trop collantes. Culte. À l'affiche dès vendredi. ****

mardi 6 octobre 2026

Film du jour: Bleeder


Tourné avec plusieurs acteurs de son précédent et premier long métrage Pusher, Bleeder (1999) permet à Nicolas Winding Refn de parler de septième art par l'entremise d'un homme (superbe Mads Mikkelsen) qui travaille dans un club vidéo et qui tombe amoureux d'une cliente. Cette romance à la Wong Kar-wai est toutefois plombée par une seconde intrigue plus violente et clichée qui alourdit le récit au lieu de l'élever. ***

lundi 5 octobre 2026

Au cinéma: Sacrifice


Autant son père Constantin faisait généralement des films subtils et nuancés, autant son fils Romain Gavras mise sur la satire simpliste et démonstrative. C'est à nouveau le cas de Sacrifice, son premier long métrage en anglais qui se moque à la fois de la la destruction de la planète, des groupes qui veulent la secourir et des riches de ce monde. L'humour inopérant et le symbolisme écrasant empêche la réalisation huilée et l'interprétation décontractée (la distribution béton comprend Chris Evans, Anya Taylor-Joy, Vincent Cassel, Salma Hayek, John Malkovich) de fonctionner convenablement. **

dimanche 4 octobre 2026

Au cinéma: Les héritiers


Documentaire animalier dénué de narration, Les héritiers de Serge-Olivier Rondeau privilégie l'immersion dans sa façon de s'intéresser aux goélands à bec cerclé. Cela donne un essai aux images souvent majestueuses dont l'abstraction palpable sert de métaphore aux dérives des êtres dans une nature où la balance est de plus en plus déréglée. ***1/2

samedi 3 octobre 2026

Au cinéma: 6 portraits néoréalistes


Depuis quelques années, Robert Morin a retrouvé son urgence de tourner. Dans 6 portraits néoréalistes, il superpose le destin de quelques immigrants en Italie à la trame narrative du chef-d'oeuvre Le voleur de bicyclette. Si le pari paraît osé, il est remporté haut la main, à la fois par le regard sensible de son auteur (qui n'est cependant pas dénué d'ironie) et l'utilisation de la magie du septième art. ***1/2

vendredi 2 octobre 2026

Critique: Digger (critique)


Farce grotesque qui tombe à vide, Digger ne convainc qu'à moitié malgré la présence de Tom Cruise et d'Alejandro Gonzalez Inarritu. Ma critique complète est à lire sur Cinoche. **1/2

Au cinéma: À pied d'oeuvre


Valérie Donzelli adapte l'excellent livre À pied d'oeuvre de Franck Courtès avec succès, misant sur le pouvoir des mots et des images. Le récit autobiographique tâte l'universel dans sa façon de payer du prix durement acquis de l'art et de la liberté, tandis que la mise en scène ménage surprises et fluidité. Bastien Bouillon possède la tête de l'emploi dans le difficile rôle principal: celui d'un homme qui a abandonné un lucratif métier pour se mettre à l'écriture. ****

jeudi 1 octobre 2026

Au cinéma: Love Me Tender


Vicky Krieps est éblouissante dans Love Me Tender, jouant une mère qui tente d'obtenir la garde partagée de son fils. Le récit prend la forme de la chronique douce-amère, sensible et entêtante, à l'image de la mise en scène d'Anna Cazenave Cambet, tandis que le scénario fait fi de quelques moments plus démonstrateurs pour rappeler la difficulté d'être une femme libre dans une société régit par des codes stricts. Présenté cet après-midi à la Station Vu. ***1/2