jeudi 18 juin 2026

Au cinéma: Un été en hiver


La douceur est au coeur d'Un été en hiver, le plus récent film de Sho Miyake (All the Long Nights) qui s'est mérité le Léopard d'Or à Locarno en 2025. Deux histoires touchantes et mélancoliques se déroulent dans des décors majestueux où la beauté du quotidien se mélange à la solitude en place. Le rythme contemplatif ponctué de quelques mises en abyme et l'interprétation aérée en font une oeuvre délicate qui enivre longtemps avant la fin. ***1/2

mercredi 17 juin 2026

Au cinéma: Love Letter


Qui dit que les films sirupeux ne sont pas, parfois mais rarement, succulents? C'est le cas de Love Letter qui est présenté ces jours-ci au cinéma dans une superbe restauration 4K. Ce classique japonais de 1995 débute comme du Kieslowski avec une réflexion sur le hasard, avant de se muter en drame adolescents sentimentaux et de se terminer en mélo. Malgré les nombreuses variations, le cinéaste Shunji Iwai filme mieux que personne les tourments de l'âge ingrat et il offre de superbes plans enneigés où mélancolie et espoir de beaux lendemains ne font qu'un. Au Cinéma Moderne. ****

mardi 16 juin 2026

Film du jour: The Garden of Women


Film profondément féministe sur le désir de liberté d'étudiantes japonaises, The Garden of Women (1954) ne manque pas de complexité dans la multiplication de ses intrigues. Si l'ensemble traîne quelque peu en longueur, la tension mélodramatique va à crescendo et Hideko Takamine campe l'une des plus belles héroïnes de l'univers de Keisuke Kinoshita. ***1/2

lundi 15 juin 2026

Film du jour: Obsession


Véritable phénomène, Obsession de Curry Barker croise romance et épouvante avec une efficacité indéniable. Malgré des moyens limités, ce premier long métrage arrive à glacer le sang - et à provoquer de nombreux fous rires - dans sa façon de confronter sa victime masculine aux horreurs quotidiennes de victimes - généralement féminines - prisonnières de relations toxiques. La mise en scène sèche provoque les sursauts requis et Inde Navarrette livre une prestation inoubliable. ***1/2

dimanche 14 juin 2026

Au cinéma: Carolina Caroline


Reprenant le canevas de Bonnie & Clyde et de Badlands, Carolina Caroline d'Adam Carter Rehmeier privilégie la romance à la violence en tentant de permettre l'émancipation d'une jeune femme dans une Amérique dénuée d'espoirs. Le récit prévisible fait rapidement du surplace, mais il est alimenté d'une mise en scène dynamique très seventies et d'un duo particulièrement convaincant formé de Samara Weaving et de Kyle Gallner. ***

samedi 13 juin 2026

Au cinéma: Nervures (critique)


Rare film d'horreur québécois à la sauce écologique, Nervures de Raymond St-Jean convainc davantage par son trip esthétique et sonore que son intrigue tirée par les cheveux. Les deux têtes d'affiche se donnent toutefois sans compter, alors que les maquillages et effets spéciaux rendent efficaces les scènes de body horror. Ma critique complète est à lire sur Cinoche. ***

vendredi 12 juin 2026

Au cinéma: Renoir


Présenté en compétition officielle à Cannes en 2025, Renoir de Chie Hayakawa (Plan 75) est un récit d'apprentissage mélancolique sur le désir de connexion d'une enfant aux autres et à elle-même. Se déroulant sur cette fine ligne entre le visible et l'invisible que permet le monde de l'enfance, le film classique à ses heures se démarque par sa riche palette de couleurs, ses acteurs justes et ce désir de s'affranchir des conventions afin de tâter un peu de poésie. On pense à Mon voisin Totoro qui serait refait par Kore-eda. Présenté dans quelques salles via Film Movement. ***1/2

jeudi 11 juin 2026

Au cinéma: Stop! That! Train!


La comédie folle-dingue est de retour en force. Après le nouveau Scary Movie la semaine dernière, place à Stop! That! Train! d'Adam Shankman. Ici, on se contente de copier Airplane! et si le résultat se veut kitsch et délirant, il ne fait malheureusement jamais rire, éprouvant même la patience du spectateur. **

Film du jour: Taipei Story


Edward Yang a filmé mieux que personne Taïwan dans son passage vers la modernité. Dans Taipei Story (1985), il s'intéresse au quotidien de quelques personnages aliénés par la société qui aspirent seulement à un peu de bonheur. Le scénario riche de couches se pose comme observateur des changements, au même titre que ses êtres mélancoliques dont la mise en scène méthodique relève sans cesse leur solitude. ****

mercredi 10 juin 2026

Au cinéma: Qui brille au combat


Le quotidien d'une famille qui se serre les coudes face à l'handicap de leur fille cadette est la source de Qui brille au combat, la première réalisation de l'actrice Joséphine Japy. Le sujet bienveillant touche une corde sensible même s'il s'égare dans des sous-intrigues et si la réalisation se veut parfois trop discrète, la distribution forte est menée par Mélanie Laurent et Angelina Woreth. ***

mardi 9 juin 2026

Film du jour: Affection


Jessica Rothe brûle l'écran dans Affection, où elle incarne une femme qui souffre de pertes de mémoire. Le film de BT Meza alterne entre le bon (toute la première partie, sous fond de traumatismes et de violence domestique) et le mauvais (la seconde partie qui flirte avec la science-fiction et le body horror est beaucoup moins convaincante), ce qui rend l'expérience à la fois intéressante et un peu pénible. En vidéo sur demande. **1/2

lundi 8 juin 2026

Film du jour: The Rose on His Arm


Un fils s'éloigne de plus en plus de sa famille et finit par frayer avec des racailles dans The Rose on His Arm (1956). C'est principalement le fossé entre les générations qui intéresse Keisuke Kinoshita avec ce mélo qui prend son temps avant de se mettre en branle. Derrière ses limites flirtent des personnages - et un récit - qui aspirent à un peu de liberté, ce que vient contrecarrer la cruelle conclusion. ***

dimanche 7 juin 2026

Au cinéma: Scary Movie (critique)


Le cinéma horrifique se porte tellement bien qu'un autre Scary Movie (le 6e, mais le premier depuis 2013) voit le jour, écrit par les frères Wayans. Mauvaise idée. Non seulement on ne rit pratiquement jamais, mais le film conservateur au possible multiplie les séquences transphobes et homophobes. Ma critique complète est à lire sur Cinoche. *1/2

samedi 6 juin 2026

Au cinéma: La maison des femmes


Le quotidien de travailleurs oeuvrant dans un refuge qui accompagne des femmes victimes de violence est au centre de La maison des femmes, une fiction bien attentionnée mais didactique de la part de Melisa Godet. D'excellentes actrices compensent une mise en scène trop sage (on est loin de Polisse) et si l'émotion tarde à survenir, elle se pointe le bout du nez dans cette façon de faire triompher la sororité. ***

Film du jour: Omaha


Un père part avec ses deux filles et leur chien sur la route dans Omaha, un premier long métrage sensible de Cole Webley qui est estampillé du sceau Sundance. Émotions à fleur de peau, paysages spectaculaires, mélancolie dans le tapis: difficile de ne pas être ému par ce road movie qui flirte parfois trop avec le cinéma de Kelly Reichardt et de Chloé Zhao. Si les ficelles sentimentales sont un peu grosses et le symbolisme élémentaire (il faut pousser la voiture ensemble et non pas seul), John Magaro livre une vibrante performance en patriarche dépassé par les événements. En vidéo sur demande. ***1/2

vendredi 5 juin 2026

Au cinéma: Power Ballad


Le cinéaste John Carney (Once) a toujours privilégié la sincérité à l'originalité dans ses projets. C'est à nouveau le cas de son sympatrique Power Ballad où un chanteur de noces se fait ravir un tube planétaire par une ancien star d'un boys band. Les sujets inspirants ne sont traités qu'en surface et le ton est à la mièvrerie. Paul Rudd insuffle toutefois une vulnérabilité qui est la bienvenue, ne faisant qu'une bouché du pauvre Nick Jonas. ***

jeudi 4 juin 2026

Au cinéma: Lire Lolita à Téhéran


Littérature et sororité féminine forment un cocon d'espoir dans Lire Lolita à Téhéran, l'adaptation du livre à succès d'Azar Nafisi. Si l'ensemble souffre de quelques lourdeurs et que l'on a connu le réalisateur Eran Riklis (La fiancée syrienne, Les citronniers) plus inspiré sur le plan de la mise en scène, le propos résonne aisément dans le monde d'aujourd'hui. La toujours excellente Golshifteh Farahani domine une distribution exemplaire de son jeu sensible et rassembleur. ***

mercredi 3 juin 2026

Film du jour: L'Eden


Récompensé à Cannes en 2022, L'Éden (La Jauria) est un intriguant premier long métrage de la part d'Andrés Ramirez Pulido, où il est question de jeunesse perdue, de désir, de masculinité et de la jungle colombienne. Plus le récit avance et plus il devient dense et mystérieux, développant une fable poétique qui séduit grâce à sa rigueur formelle qui finit par tout étouffer, même l'émotion. ***1/2

mardi 2 juin 2026

Film du jour: The River Fuefuki


Pamphlet anti-guerre qui traîne quelque peu en longueur, The River Fuefuki (1960) ressemble à une expérimentation de la part de Keisuke Kinoshita, qui valorise un traitement volontairement répétitif et un ton statique théâtral. C'est surtout sa façon de mélanger le noir et blanc à certaines couleurs qui étonne, emprisonnant littéralement ses personnages à l'écran en leur rappelant que l'avenir ne sera pas un long fleuve tranquille. ***

lundi 1 juin 2026

Au cinéma: Tuner


Baby Driver rencontre De battre mon coeur s'est arrêté dans Tuner, le premier long métrage de fiction de Daniel Roher (oscarisé pour Navalny). Classique, le long métrage divertit haut la main grâce à son mélange d'humour et de pathos, ses personnages en trois dimensions interprétés par de solides comédiens et une mise en scène à la fois rythmée et ludique, dont l'immersion sonore est en phase avec l'état de son héros. ***1/2

dimanche 31 mai 2026

Les meilleurs films de... mai 2026


Blue Heron de Sophy Romvari

I Love Boosters de Boots Riley

Une amie silencieuse de Ildiko Enyedi

Kaïros de Jennifer Alleyn

Film du jour: A Big Bold Beautiful Journey


A Big Bold Beautiful Journey fut un échec lors de sa sortie en septembre dernier. Dommage... car il faut remonter à loin pour trouver un film romantique aussi charmant et original que celui-ci, où deux inconnus peuvent revivre des moments marquants de leur vie. Même s'il n'a pas écrit le scénario qui sent parfois la guimauve, le talentueux Kogonada offre une oeuvre existentielle colorée et d'une fine mélancolie, à l'image de ceux de Jacques Demy. ***

samedi 30 mai 2026

Au cinéma: L'enfant bélier


La route d'une famille de migrants croise celle de flics dans L'enfant bélier de Marta Bergman. Le film débute avec un superbe plan où des amoureux se retrouvent dans un cocon. Puis le long métrage prend de l'expansion, la mise en scène fait beaucoup avec rien... et le récit cogne un mur à mi-chemin. C'est là qu'on remarque que les personnages n'ont aucune profondeur, que l'ensemble ne comporte aucun point de vue et que l'émotion n'apparaît pratiquement jamais. **1/2

vendredi 29 mai 2026

Au cinéma: Backrooms


Le jeune prodige Kane Parsons adapte sa série web Backrooms avec succès, croisant l'horreur et la psychanalyse à la Lynch avec un savoir-faire évident. L'ensemble pique constamment la curiosité malgré une finale trop explicative, la réalisation expressive fait beaucoup avec peu et le duo formé de Chiwetel Ejiofor et Renate Reinsve mènent ce jeu mystérieux jusqu'au plus profond de soi. ***1/2

jeudi 28 mai 2026

Au cinéma: La mécanique des frontières


Le talentueux cinéaste Hubert Caron-Guay (Destierros) fait le saut à la fiction avec La mécanique des frontières, une oeuvre aride sur le mal-être d'un frère et de sa grande soeur. Transposant la solitude de ses sujets dans les grands espaces américains, le récit à la mise en scène assurée compense ses personnages hermétiques en misant sur deux excellents comédiens peu connus (Dylan Walsh, Sophie Fekete). De quoi toutefois rester en retrait du périple qui s'il avance en ligne droite, finit un peu par tourner en rond. ***

mercredi 27 mai 2026

Au cinéma: I Love Boosters


Si Michel Gondry proposait un croisement entre Ocean's Eleven et Everything, Everywhere, All at Once, cela ressemblerait sûrement à I Love Boosters, le nouveau délire de Boots Riley (à qui l'on doit le délicieux Sorry to Bother You). À la fois charge contre le capitalisme et ode à la sororité, cette comédie décapante brille par son originalité et ses personnages colorés. L'ensemble part peut-être dans tous les sens, mais la mise en scène extrêmement fignolée, l'interprétation décontractée et la musique rythmée en font un objet clinquant et déjà culte. ****

mardi 26 mai 2026

Film du jour: Les bonnes femmes


Les bonnes femmes (1960) est le film embryonnaire qui allait annoncer les obsessions de Claude Chabrol des 50 prochaines années: une satire de la société qui se transforme subtilement en suspense à la Hitchcock, des femmes coincées qui cherchent à s'émanciper, une caméra qui sembler errer avant de resserrer son étau sur ses victimes, etc. Le dosage n'est peut-être pas encore au point, mais les intentions y sont et le casting de choix comprend Bernadette Lafont, Stéphane Audran et Clotilde Joano qui est décédée beaucoup trop tôt. ***1/2

lundi 25 mai 2026

Film du jour: Crosscurrent


Sorti il y a une décennie, Crosscurrent de Yang Chao n'a pas obtenu le destin qu'il méritait. Il s'agit pourtant d'une magnifique réflexion sur l'existence, qui prend la forme d'une odyssée intérieure sur l'âme humaine et extérieure sur la rivière Yangtze. À la fois poétique, mélancolique, cryptique et symbolique, doté d'une beauté à couper le souffle, voilà un voyage qui hante et qui ne s'oubliera pas. ****

dimanche 24 mai 2026

Film du jour: The Blue Gardenia


Même s'il est considéré comme un film mineur dans la riche filmographie de Fritz Lang, The Blue Gardenia (1953) n'en demeure pas moins d'une grande modernité, à la fois dans la façon dont les hommes doutent de la parole des femmes que dans le triomphe de la presse à sensation. Notre héroïne (excellente Anne Baxter) a peut-être commis un meurtre et son amnésie symbiose cette perte de repères dans l'Amérique paternaliste de l'époque. La mise en scène soignée maximise le ton qui débute dans la légèreté pour avancer de plus en plus vers le drame et la tragédie jusqu'à sa finale trop explicative. ***1/2

samedi 23 mai 2026

Au cinéma: Passenger (critique)


Malgré quelques scènes de tension extrêmement efficaces gérées par son réalisateur André Ovredal, Passenger finit par décevoir par son scénario mince et familier, ses personnages qui peinent à exister et ses nombreux jump scare gratuits. Ma critique complète est à lire sur Cinoche. **1/2

Film du jour: A Field in England


A Field in England (2013) représente la quintessence du cinéma de Ben Wheatley. Entre l'incroyable travail sur les dialogues et les superbes trouvailles techniques, le film tourné avec un budget réduit semble avoir coûté 30 millions. Cette surprenante fresque historique en noir et blanc ravit dans sa façon de s'éloigner des chemins communs et séduit par ses explosions de substances - sang, balles, champignons magiques - qui surviennent dans la seconde partie. L'ensemble verbeux ne sera pas pour tous les appétits, mais quelle prise de risques! ***1/2

vendredi 22 mai 2026

Au cinéma: Deux pianos (critique)


Arnaud Desplechin continue à explorer les méandres de l'amour et de la mémoire avec son nouveau mélo Deux pianos. La première partie plus intense présente son héros qui, tel Ulysse, revient chez lui après tant de temps passé en exil, renouant avec son ancienne flamme et son mentore. La seconde, plus posée, est fait de révélations et d'introspections. Le fil tendu entre les coeurs et les âmes est maximisé par la mise en scène (élégante et vieillotte à la Truffaut) et l'interprétation incendiaire de ses interprètes. Ma critique est à lire dans le présent numéro de Ciné-Bulles. ***1/2

jeudi 21 mai 2026

Au cinéma: Deleau: le cinéma en liberté


Documentaire de Michel La Veaux sur l'«âme» de la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, Deleau: le cinéma en liberté s'avère un essai intéressant et riche en anecdotes savoureuses. Si la forme classique n'a rien à voir avec la liberté de son sujet, son fond passionnera les cinéphiles les plus irréductibles. ***

Film du jour: Forty Shades of Blue


En attendant de découvrir le nouveau film d'Ira Sachs qui est présenté à Cannes ces jours-ci, replongeons dans Forty Shades of Blue (2005) où sexe et famille ne font pas toujours bon ménage. Les obsessions du cinéaste sont présentes même si l'ensemble manque parfois de maturité. Notons cependant une interprétation généralement relevée et un ton qui s'éloigne des conventions hollywoodiennes afin d'explorer des territoires plus personnels. ***

mercredi 20 mai 2026

Au cinéma: The Wizard of the Kremlin


Avec Olivier Assayas à la réalisation et Emmanuel Carrère à la réalisation, on était en droit de s'attendre à mieux de l'adaptation cinématographique du brillant livre The Wizard of the Kremlin de Giuliano da Empoli qui s’avérait à la fois une méditation sur le pouvoir et l'essor de la Russie moderne. Si la transposition s'avère fidèle, elle demeure superficielle et molle, autant dans son propos (trop peu acidulé) que dans sa mise en scène. Jude Law fait toutefois grande impression en Vladimir Poutine. **1/2

mardi 19 mai 2026

Film du jour: The Tattered Wings


Une veuve renoue avec son amour de jeunesse dans The Tattered Wings (1955) de Keisuke Kinoshita. Spirituel et philosophique tout en demeurant prenant, romantique et mélancolique, le récit enchante allègrement même s'il s'échappe difficilement des conventions et thèmes fétiches de son auteur. ***1/2

lundi 18 mai 2026

Au cinéma: Les enfants de la résistance


Il fallait Christophe Barratier (Les choristes, Faubourg 36) pour édulcorer les bandes dessinées Les enfants de la résistance, privilégiant l'humour bon enfant, les personnages caricaturaux et la musique plaquée au lieu d'explorer son sujet sensible qui a tôt fait de corrompre le monde de l'enfance. **1/2

dimanche 17 mai 2026

Au cinéma: Kaïros


Jennifer Alleyn signe son plus beau film avec Kaïros, un drame mélancolique sur un acteur qui tient une ligne ouverte nocturne. L'art de la parole et surtout de l'écoute sont à l'honneur dans cette oeuvre claire-obscure qui permet de faire des ponts entre soi et les autres. Ma critique complète sera à ligne dans le prochain numéro de Ciné-Bulles. ****

samedi 16 mai 2026

Au cinéma: The Taste of Tea (critique)


On pourra revoir ce soir The Taste of Tea au Cinéma Moderne, le formidable film culte de Katsuhito Ishii dans une très belle copie 4K. Retour sur cette oeuvre d'exception qui a notamment séduit Cannes et Fantasia...

Les Haruno sont une famille qui vit tranquillement au Japon. Leurs membres, gentils et inoffensifs, sont occupés par des mini-obsessions quotidiennes. Dans le lot, il y a notamment la petite Sachiko (Maya Banno) qui voit son ombre géante partout, son frère Hajime (Takahiro Sato) plus habile sur sa bicyclette qu’à nouer des liens d’amitié, la mère (Satomi Tezuka) qui a déjà travaillé dans le domaine de l’animation, le père (Tomokazu Miura) qui agit toujours en tant qu’hypnotiseur, deux oncles (Ikki Todoroki et Tadanobu Asano) aux comportements insolites et le très excentrique grand-père (Tatsuya Gasuyin). Ensemble, ils vont apprendre à vaincre leurs peurs tout en découvrant le monde qui les entoure.

Il ne faut pas réellement se fier à ce synopsis qui sent le déjà vu tant "The Taste of Tea" est un ovni insolite qui transporte le spectateur sur une autre planète. L’exubérance et la folie sont presque de tous les plans. En apparence, le long métrage est verbeux, répétitif, trop long (143 minutes) et décousu. Pourtant, il est d’une inventivité à toute épreuve. Les dialogues, largement improvisés, font hurler de rire, navigant souvent à des endroits insoupçonnés. Les situations partent du réel pour extrapoler vers les possibilités de l’imaginaire. Ainsi, tout au long de l’aventure, les protagonistes seront transportés dans des combats de robots, dans une animation primaire et dans des histoires rocambolesques qui frôlent le mauvais goût. La parole cédera le pas à la danse, au chant (un moment d’anthologie) et à la course. Le soleil troquera sa place à des doubles géants poétiques et à des trains qui sortent des esprits pour aller ailleurs.

Résumer une telle œuvre est impossible et c’est tant mieux. Contrairement à son excellent "Funky Forest : The First Contact", le cinéaste Katsuhito Ishii n’a pas transformé "The Taste of Tea" en une succession de sketchs. Les liens sont toujours tangibles et tout passe par cette famille, à la fois uniquement et irrémédiablement sympathique. Même si l’acteur le plus connu s’avère être Tadanobu Asano, le comédien notamment vu dans "Ichi the Killer" ne vole pas la vedette. Au contraire, chacun des personnages est important et ils forment un tout nécessaire dans cet équilibre entre la campagne et la ville, entre le quotidien et l’évasion vers les rêves.

Ravissement complètement imprévisible, "The Taste of Tea" est une œuvre lente qui mérite réellement d’être découverte. Les situations font sourire, il y a plusieurs gags totalement réussis et la famille n’aura plus le même sens après que les Haruno aient fait partager leurs péripéties. Une tasse de thé avec ça ?

vendredi 15 mai 2026

Au cinéma: Une amie silencieuse


Le lien entre les humains et la nature n'aura jamais été aussi bien filmé que dans Une amie silencieuse, une oeuvre ambitieuse d'Ildiko Enyedi qui se déroule à trois périodes différentes. Fascinant, le récit offre une place prépondérante aux images et aux sons afin de faire vibrer toutes les possibilités mystérieuses de la planète. Et si l'ensemble traîne quelque peu en longueur (et que le segment se déroulant dans les années 1970 est moins fort que les deux autres), la mise en scène ravit par son montage organique et l'interprétation d'ensemble demeure uniforme. ****

jeudi 14 mai 2026

Au cinéma: District! (critique)


L'animation hongroise District! d'Aron Gauder est présentée ce soir dans le cadre des Sommets du cinéma d'animation. Retour sur ce film culte de 2004...

Les quartiers de Budapest ne sont pas toujours très recommandables. Plusieurs bandes s’affrontent pour contrôler les rues. Même les autorités en place multiplient les caméras afin d’espionner la population. Pourtant, un adolescent et une adolescente s’aiment. Sauf que cet amour à la Roméo et Juliette semble impossible chez des gangs qui sont constamment en rivalité. Pendant que les parents s’insultent, les enfants se réunissent. Ils aimeraient être riches et puissants. Pour y arriver, pourquoi ne pas construire une machine à remonter le temps ? Ainsi, il serait aisé d’enfouir des animaux morts afin de récolter du pétrole des millions d’années plus tard. Un rêve qui se transforme en réalité, puis en cauchemar, lorsque les instances politiques mondiales cherchent à s’accaparer de cet or noir qui fait l’envie du monde entier.

La quête du combustible fossile fait rêver. There Will Be Blood ne confrontait-il pas le capitalisme à la religion en utilisant ce prétexte qui fait rouler l’économie ? Sans jamais rivaliser avec le chef d’œuvre de Paul Thomas Anderson, le long-métrage d’Aron Gauder fait néanmoins bande à part au rayon des animations. Il n’y a pas ici de rigolades insouciantes et stéréotypées comme dans Ratatouille et Surf’s Up. The District ! serait plutôt la réplique hongroise au South Park des Américains. L’humour y est vulgaire, particulier, souvent irrésistible et parfois même lassant. Le sexe, la drogue, le crime, les femmes à la maison et le pouvoir de l’argent sont les monarques de cette critique irrévérencieuse d’une société perdue et sans valeur. Outre ces connotations sociales, les sphères politiques et économiques arrivent rapidement dans le paysage, comme ces représentations sardoniques de George W. Bush et de Ben Laden.

Le style graphique utilisé est particulièrement original. Les visages d’individus ont été filmés et reproduits par ordinateurs, ce qui donne des effets à la fois réalistes et déformés, entre deux et trois dimensions. Une technique communément appelée la rotoscopie. L’animation peut être rudimentaire, mais soudainement, une richesse au niveau de la souplesse ou de la précision des décors surprend. Le plus formidable se retrouve au niveau des couleurs, riches et intenses, qui donnent presque une réelle personnalité aux multiples personnages.

La musique est également un élément primordial de l’entreprise. Le hip-hop hongrois règne en roi et même les gens qui y sont allergiques pourraient trouver leur compte tant les airs restent gravés en tête. Si plusieurs confrontations chantées s’avèrent mémorables, il y en a peut-être trop sur les 85 minutes que dure le film.

The District ! est loin du parcours sans faute. C’est parfois un peu long, répétitif et les numéros musicaux et l’humour peuvent lasser, mais c’est une expérience assez unique dans le large univers des animations. Entre le style américain, français et japonais, il est toujours rafraîchissant d’apprendre que d’autres pays peuvent créer des entités originales, à mi-chemin entre les délires du duo Trey Parker et Matt Stone et le style unique que Richard Linklater a utilisé pour A Scanner Darkly. Politiquement incorrect et presque unique en son genre.

***

mercredi 13 mai 2026

Film du jour: Harvest


C'est un ambitieux premier long métrage en anglais que propose Athina Rachel Tsangari avec Harvest, confrontant le nouveau et l'ancien monde par l'entremise d'un petit village isolé. D'une grande beauté picturale, le récit fascine dans ses thèmes même s'il ne les explore qu'en surface. Caleb Landry Jones livre, comme d'habitude, une intense performance physique. ***1/2

Au cinéma: Diamants


Immense succès populaire en Italie, Diamanti de Ferzam Özpetek est un hommage aux femmes et à la création. Aussi soigné visuellement que superficiel narrativement, ce film choral verbeux qui traîne royalement en longueur souffre d'une mise en scène télévisuelle et d'une distribution sous-utilisée d'actrices aguerries. Qui n'est pas Almodovar qui veut. Au cinéma ce vendredi. **

mardi 12 mai 2026

Film du jour: There's Still Tomorrow


Immense succès en Italie, There's Still Tomorrow de Paola Cortellesi détourne le néoréalisme afin de le transformer en fable féministe. Vivant et souvent hilarant, le récit fait oublier son scénario approximatif grâce à ses personnages attachants et l'immense soin apporté à sa photographie en noir blanc. ***1/2

lundi 11 mai 2026

Au cinéma: The Square


Les sommets du cinéma d'animation débutent ce soir avec la présentation de The Square de Kim Bo-Sol, qui relate l'histoire d'amour impossible entre le premier secrétaire de l'ambassade de Suède à Pyongyang et une agente de circulation locale. Plus que pour le prétexte en place, le long métrage traite sans fard des répercussions d'une telle romance en mêlant le sentimental au politique, le banal au plus essentiel. Tout cela à travers un récit mélancolique à souhait, dont les traits des visages évoquent la solitude qui ronge chacun des êtres en place. À découvrir ce soir et demain soir. ***1/2

dimanche 10 mai 2026

Au cinéma: Rue Malaga


Après avoir séduit avec Le bleu du caftan, Maryam Touzani propose par l'entremise de Rue Malga une nouvelle histoire d'amour qui sort de l'ordinaire et, surtout, un épatant portrait de personnage: Maria, 79 ans, qui est interprétée par la toujours parfaite Carmen Maura, égérie d'Almodovar. Le film coloré, sensuel et amusant ne fait qu'un avec elle, délaissant cependant sa fille malheureuse qui tente de lui ravir sa maison. Ce combat clairement inégal empêche le récit d'atteindre sa complexité souhaité. Mais il rappelle cependant la possibilité de reprendre son existence en main et ce, peu importe son âge. ***1/2

samedi 9 mai 2026

Au cinéma: The Sheep Detectives (critique)


Des moutons tentent d'éclaircir la mort de leur maître (Hugh Jackman) dans The Sheep Detectives, une comédie familiale signée Kyle Balda (Minions: The Rise of Gru). Plus que l'intrigue policière à la Agatha Christie qui se veut particulièrement simpliste, ce conte vaut surtout pour ses bêtes hilarantes en CGI et à ce mélange de légèreté et de douce profondeur. Ce n'est évidemment pas Babe, mais les enfants n'y verront que du feu. Ma critique est à lire sur Cinoche. ***

Film du jour: Pebbles


Désert aride, père irascible, futur ténu: on ne voudrait pas se retrouver dans Pebbles. Le premier long métrage de P.S. Vinothraj marque pourtant les esprits dans sa façon d'utiliser des images fortes pour faire avancer l'histoire. Malgré sa courte durée, le récit laisse le temps bouleverser ses personnages - et le spectateur - tout en offrant une des finales les plus marquantes des dernières années. ***1/2

vendredi 8 mai 2026

Film du jour: Immortal Love


Maître du mélo romanesque, Keisuke Kinoshita se surpasse avec Immortal Love (1961), une fresque crève-cœur sur un amour avorté et ses conséquences pendant trois décennies. Cette réflexion proustienne sur les désirs empoisonnés vaut autant que sur ce Japon en pleine mutation qui doit faire des concessions pour survivre. La mise en scène de grande beauté et l'interprétation sans faille en font une oeuvre magistrale. ****1/2

Au cinéma: C'était mieux demain


Un couple vivant en 1958 est transporté en 2025 où la société a évoluée... Telle est la prémisse de C'était mieux demain, une relecture paresseuse des Visiteurs où les gags usés sont nombreux. Si la chimie entre Elsa Zylberstein et Didier Bourdon opère, la mise en scène de Vinciane Millereau s'avère bien quelconque. **1/2