jeudi 14 mai 2026

Au cinéma: District! (critique)


L'animation hongroise District! d'Aron Gauder est présentée ce soir dans le cadre des Sommets du cinéma d'animation. Retour sur ce film culte de 2005...

Les films hongrois qui sortent en territoire québécois se font rares. Surtout lorsqu’il s’agit d’animation. Il ne faut pourtant pas désespérer. Après avoir été diffusé dans quelques salles de la Belle Province (il était au Cinéma du Parc à l’automne 2007), "Nyocker !" ("The District !" en version anglaise) est maintenant disponible en DVD.

Les quartiers de Budapest ne sont pas toujours très recommandables. Plusieurs bandes s’affrontent pour contrôler les rues. Même les autorités en place multiplient les caméras afin d’espionner la population. Pourtant, un adolescent et une adolescente s’aiment. Sauf que cet amour à la Roméo et Juliette semble impossible chez des gangs qui sont constamment en rivalité. Pendant que les parents s’insultent, les enfants se réunissent. Ils aimeraient être riches et puissants. Pour y arriver, pourquoi ne pas construire une machine à remonter le temps ? Ainsi, il serait aisé d’enfouir des animaux morts afin de récolter du pétrole des millions d’années plus tard. Un rêve qui se transforme en réalité, puis en cauchemar, lorsque les instances politiques mondiales cherchent à s’accaparer de cet or noir qui fait l’envie du monde entier.

La quête du combustible fossile fait rêver. There Will Be Blood ne confrontait-il pas le capitalisme à la religion en utilisant ce prétexte qui fait rouler l’économie ? Sans jamais rivaliser avec le chef d’œuvre de Paul Thomas Anderson, le long-métrage d’Aron Gauder fait néanmoins bande à part au rayon des animations. Il n’y a pas ici de rigolades insouciantes et stéréotypées comme dans Ratatouille et Surf’s Up. The District ! serait plutôt la réplique hongroise au South Park des Américains. L’humour y est vulgaire, particulier, souvent irrésistible et parfois même lassant. Le sexe, la drogue, le crime, les femmes à la maison et le pouvoir de l’argent sont les monarques de cette critique irrévérencieuse d’une société perdue et sans valeur. Outre ces connotations sociales, les sphères politiques et économiques arrivent rapidement dans le paysage, comme ces représentations sardoniques de George W. Bush et de Ben Laden.

Le style graphique utilisé est particulièrement original. Les visages d’individus ont été filmés et reproduits par ordinateurs, ce qui donne des effets à la fois réalistes et déformés, entre deux et trois dimensions. Une technique communément appelée la rotoscopie. L’animation peut être rudimentaire, mais soudainement, une richesse au niveau de la souplesse ou de la précision des décors surprend. Le plus formidable se retrouve au niveau des couleurs, riches et intenses, qui donnent presque une réelle personnalité aux multiples personnages.

La musique est également un élément primordial de l’entreprise. Le hip-hop hongrois règne en roi et même les gens qui y sont allergiques pourraient trouver leur compte tant les airs restent gravés en tête. Si plusieurs confrontations chantées s’avèrent mémorables, il y en a peut-être trop sur les 85 minutes que dure le film.

The District ! est loin du parcours sans faute. C’est parfois un peu long, répétitif et les numéros musicaux et l’humour peuvent lasser, mais c’est une expérience assez unique dans le large univers des animations. Entre le style américain, français et japonais, il est toujours rafraîchissant d’apprendre que d’autres pays peuvent créer des entités originales, à mi-chemin entre les délires du duo Trey Parker et Matt Stone et le style unique que Richard Linklater a utilisé pour A Scanner Darkly. Politiquement incorrect et presque unique en son genre.

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mercredi 13 mai 2026

Film du jour: Harvest


C'est un ambitieux premier long métrage en anglais que propose Athina Rachel Tsangari avec Harvest, confrontant le nouveau et l'ancien monde par l'entremise d'un petit village isolé. D'une grande beauté picturale, le récit fascine dans ses thèmes même s'il ne les explore qu'en surface. Caleb Landry Jones livre, comme d'habitude, une intense performance physique. ***1/2

Au cinéma: Diamants


Immense succès populaire en Italie, Diamanti de Ferzam Özpetek est un hommage aux femmes et à la création. Aussi soigné visuellement que superficiel narrativement, ce film choral verbeux qui traîne royalement en longueur souffre d'une mise en scène télévisuelle et d'une distribution sous-utilisée d'actrices aguerries. Qui n'est pas Almodovar qui veut. Au cinéma ce vendredi. **

mardi 12 mai 2026

Film du jour: There's Still Tomorrow


Immense succès en Italie, There's Still Tomorrow de Paola Cortellesi détourne le néoréalisme afin de le transformer en fable féministe. Vivant et souvent hilarant, le récit fait oublier son scénario approximatif grâce à ses personnages attachants et l'immense soin apporté à sa photographie en noir blanc. ***1/2

lundi 11 mai 2026

Au cinéma: The Square


Les sommets du cinéma d'animation débutent ce soir avec la présentation de The Square de Kim Bo-Sol, qui relate l'histoire d'amour impossible entre le premier secrétaire de l'ambassade de Suède à Pyongyang et une agente de circulation locale. Plus que pour le prétexte en place, le long métrage traite sans fard des répercussions d'une telle romance en mêlant le sentimental au politique, le banal au plus essentiel. Tout cela à travers un récit mélancolique à souhait, dont les traits des visages évoquent la solitude qui ronge chacun des êtres en place. À découvrir ce soir et demain soir. ***1/2

dimanche 10 mai 2026

Au cinéma: Rue Malaga


Après avoir séduit avec Le bleu du caftan, Maryam Touzani propose par l'entremise de Rue Malga une nouvelle histoire d'amour qui sort de l'ordinaire et, surtout, un épatant portrait de personnage: Maria, 79 ans, qui est interprétée par la toujours parfaite Carmen Maura, égérie d'Almodovar. Le film coloré, sensuel et amusant ne fait qu'un avec elle, délaissant cependant sa fille malheureuse qui tente de lui ravir sa maison. Ce combat clairement inégal empêche le récit d'atteindre sa complexité souhaité. Mais il rappelle cependant la possibilité de reprendre son existence en main et ce, peu importe son âge. ***1/2

samedi 9 mai 2026

Au cinéma: The Sheep Detectives (critique)


Des moutons tentent d'éclaircir la mort de leur maître (Hugh Jackman) dans The Sheep Detectives, une comédie familiale signée Kyle Balda (Minions: The Rise of Gru). Plus que l'intrigue policière à la Agatha Christie qui se veut particulièrement simpliste, ce conte vaut surtout pour ses bêtes hilarantes en CGI et à ce mélange de légèreté et de douce profondeur. Ce n'est évidemment pas Babe, mais les enfants n'y verront que du feu. Ma critique est à lire sur Cinoche. ***