dimanche 17 mai 2026
Au cinéma: Kaïros
samedi 16 mai 2026
Au cinéma: The Taste of Tea (critique)
On pourra revoir ce soir The Taste of Tea au Cinéma Moderne, le formidable film culte de Katsuhito Ishii dans une très belle copie 4K. Retour sur cette oeuvre d'exception qui a notamment séduit Cannes et Fantasia...
Les Haruno sont une famille qui vit tranquillement au Japon. Leurs membres, gentils et inoffensifs, sont occupés par des mini-obsessions quotidiennes. Dans le lot, il y a notamment la petite Sachiko (Maya Banno) qui voit son ombre géante partout, son frère Hajime (Takahiro Sato) plus habile sur sa bicyclette qu’à nouer des liens d’amitié, la mère (Satomi Tezuka) qui a déjà travaillé dans le domaine de l’animation, le père (Tomokazu Miura) qui agit toujours en tant qu’hypnotiseur, deux oncles (Ikki Todoroki et Tadanobu Asano) aux comportements insolites et le très excentrique grand-père (Tatsuya Gasuyin). Ensemble, ils vont apprendre à vaincre leurs peurs tout en découvrant le monde qui les entoure.
Il ne faut pas réellement se fier à ce synopsis qui sent le déjà vu tant "The Taste of Tea" est un ovni insolite qui transporte le spectateur sur une autre planète. L’exubérance et la folie sont presque de tous les plans. En apparence, le long métrage est verbeux, répétitif, trop long (143 minutes) et décousu. Pourtant, il est d’une inventivité à toute épreuve. Les dialogues, largement improvisés, font hurler de rire, navigant souvent à des endroits insoupçonnés. Les situations partent du réel pour extrapoler vers les possibilités de l’imaginaire. Ainsi, tout au long de l’aventure, les protagonistes seront transportés dans des combats de robots, dans une animation primaire et dans des histoires rocambolesques qui frôlent le mauvais goût. La parole cédera le pas à la danse, au chant (un moment d’anthologie) et à la course. Le soleil troquera sa place à des doubles géants poétiques et à des trains qui sortent des esprits pour aller ailleurs.
Résumer une telle œuvre est impossible et c’est tant mieux. Contrairement à son excellent "Funky Forest : The First Contact", le cinéaste Katsuhito Ishii n’a pas transformé "The Taste of Tea" en une succession de sketchs. Les liens sont toujours tangibles et tout passe par cette famille, à la fois uniquement et irrémédiablement sympathique. Même si l’acteur le plus connu s’avère être Tadanobu Asano, le comédien notamment vu dans "Ichi the Killer" ne vole pas la vedette. Au contraire, chacun des personnages est important et ils forment un tout nécessaire dans cet équilibre entre la campagne et la ville, entre le quotidien et l’évasion vers les rêves.
Ravissement complètement imprévisible, "The Taste of Tea" est une œuvre lente qui mérite réellement d’être découverte. Les situations font sourire, il y a plusieurs gags totalement réussis et la famille n’aura plus le même sens après que les Haruno aient fait partager leurs péripéties. Une tasse de thé avec ça ?
vendredi 15 mai 2026
Au cinéma: Une amie silencieuse
jeudi 14 mai 2026
Au cinéma: District! (critique)
Les quartiers de Budapest ne sont pas toujours très recommandables. Plusieurs bandes s’affrontent pour contrôler les rues. Même les autorités en place multiplient les caméras afin d’espionner la population. Pourtant, un adolescent et une adolescente s’aiment. Sauf que cet amour à la Roméo et Juliette semble impossible chez des gangs qui sont constamment en rivalité. Pendant que les parents s’insultent, les enfants se réunissent. Ils aimeraient être riches et puissants. Pour y arriver, pourquoi ne pas construire une machine à remonter le temps ? Ainsi, il serait aisé d’enfouir des animaux morts afin de récolter du pétrole des millions d’années plus tard. Un rêve qui se transforme en réalité, puis en cauchemar, lorsque les instances politiques mondiales cherchent à s’accaparer de cet or noir qui fait l’envie du monde entier.
La quête du combustible fossile fait rêver. There Will Be Blood ne confrontait-il pas le capitalisme à la religion en utilisant ce prétexte qui fait rouler l’économie ? Sans jamais rivaliser avec le chef d’œuvre de Paul Thomas Anderson, le long-métrage d’Aron Gauder fait néanmoins bande à part au rayon des animations. Il n’y a pas ici de rigolades insouciantes et stéréotypées comme dans Ratatouille et Surf’s Up. The District ! serait plutôt la réplique hongroise au South Park des Américains. L’humour y est vulgaire, particulier, souvent irrésistible et parfois même lassant. Le sexe, la drogue, le crime, les femmes à la maison et le pouvoir de l’argent sont les monarques de cette critique irrévérencieuse d’une société perdue et sans valeur. Outre ces connotations sociales, les sphères politiques et économiques arrivent rapidement dans le paysage, comme ces représentations sardoniques de George W. Bush et de Ben Laden.
Le style graphique utilisé est particulièrement original. Les visages d’individus ont été filmés et reproduits par ordinateurs, ce qui donne des effets à la fois réalistes et déformés, entre deux et trois dimensions. Une technique communément appelée la rotoscopie. L’animation peut être rudimentaire, mais soudainement, une richesse au niveau de la souplesse ou de la précision des décors surprend. Le plus formidable se retrouve au niveau des couleurs, riches et intenses, qui donnent presque une réelle personnalité aux multiples personnages.
La musique est également un élément primordial de l’entreprise. Le hip-hop hongrois règne en roi et même les gens qui y sont allergiques pourraient trouver leur compte tant les airs restent gravés en tête. Si plusieurs confrontations chantées s’avèrent mémorables, il y en a peut-être trop sur les 85 minutes que dure le film.
The District ! est loin du
parcours sans faute. C’est parfois un peu long, répétitif et les numéros
musicaux et l’humour peuvent lasser, mais c’est une expérience assez unique
dans le large univers des animations. Entre le style américain, français et
japonais, il est toujours rafraîchissant d’apprendre que d’autres pays peuvent créer
des entités originales, à mi-chemin entre les délires du duo Trey Parker et
Matt Stone et le style unique que Richard Linklater a utilisé pour A Scanner
Darkly. Politiquement incorrect et presque unique en son genre.







