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dimanche 1 novembre 2020

FNC: To the Moon


50 longs métrages plus tard, on termine le Festival du nouveau cinéma la tête dans les nuages, ou plus exactement tournée vers la lune grâce à To the Moon de Tadhg O'Sullivan. Voilà un film d'archives dans le sens noble du terme, pas révolutionnaire mais réconfortant et magique, où des extraits cinématographiques mettant en vedette le mystérieux objet céleste sont compilés. Le résultat ne peut que faire rêver et donner le goût de voir encore plus de cinéma. ***

samedi 31 octobre 2020

FNC: Out of the Blue


Décédée plus tôt cette année, Linda Manz aura marqué le cinéphile pour deux immenses rôles: Days of Heaven, évidemment, mais également Out of the Blue (1980) où elle campe une inoubliable adolescente en pleine crise existentielle. Une performance plus grande que nature qui donne toute la vigueur à ce film culte de Denis Hopper qui enchantait par son énergie brute et la trame sonore de Neil Young. ****

vendredi 30 octobre 2020

FNC: Êxtase, This is Not a Burial It's a Resurrection


Des documentaires sur l'anorexie, il y en a eu des dizaines. Mais aucun ne ressemble à Êxtase de Moara Passoni, où le spectateur pénètre littéralement dans la tête d'une adolescente de 15 ans. Immersif, introspectif, sensoriel et expérimental tout en demeurant les deux pieds sur terre, l'essai fascine et happe allègrement, se transformant parfois en oeuvre horrifique. Un tour de force cinématographique et humain, qui s'est mérité le Prix de l'innovation au FNC. ****


Se déroulant entre le monde tangible et celui invisible, This is Not a Burial, It's a Resurrection de Lemohang Jeremiah Mosese est un film fragile et envoûtant, porté par la dévotion de son inoubliable grand-mère (prix d'interprétation au FNC pour Mary Twala Thlongo) qui tente de ramener un peu d'humanité et de spiritualité à sa communauté. Imparfait lorsqu'il se tient dans le réalisme, l'effort qui traîne quelque peu en longueur séduit amplement lorsqu'il pose le pied du côté du mythe onirique, sortant des cancans afin d'offrir quelques moments qui marquent les esprits. Voilà un cinéaste à suivre de près. ***1/2

jeudi 29 octobre 2020

FNC: The Shepherdess and the Seven Songs, Bad Roads


Aujourd'hui, le Festival du nouveau cinéma rime avec du cinéma féminin et féministe.

Cela commence en force avec The Shepherdess and the Seven Songs de Pushpendra Singh, l'adaptation d'écrits du 14e siècle qui deviennent la parfaite métaphore de la situation au Cachemire et du désir d'émancipation et de liberté de sa vigoureuse héroïne. D'un esthétisme à couper le souffle, cette création évocatrice au rythme posé enchante allègrement par sa poésie, ses chansons et sa magnifique nature parsemée de moutons. ****

En transposant sa propre pièce Bad Roads, Natayla Vorozhbit traite des relations malsaines entre l'Ukraine et la Russie. Sombre et violent, le récit parfois insoutenable n'en demeure pas moins lourd à ses heures. L'interprétation intense ne fait qu'un avec le propos, important et verbeux, dont la mise en scène étudiée a conservé les rudiments théâtraux, pour le meilleur comme pour le pire. ***

mercredi 28 octobre 2020

FNC: Il n'y a pas de faux métier, Tout simplement noir


Olivier Godin est certainement un des meilleurs dialoguistes du cinéma québécois. Il le prouve à nouveau avec Il n'y a pas de faux métier, son film le plus ambitieux et soigné en carrière, où une plume drôle, sensible et acérée permettent à une multitude de personnages excentriques de prendre réellement forme. Éclaté et imprévisible, l'ensemble en est un de trop plein, à la fois d'intrigues et de destins, de mots et de types d'humour exploré. À tel point que c'est justement cette tendance à ratisser si large, à traîner en longueur, qui en fait son charme. ***1/2

Faux documentaire sur un homme qui cherche à organiser une marche de contestation noire en France, Tout simplement noir est une comédie irrésistible de Jean-Pascal Zadi et John Wax. Drôle, engagé et divertissant, le récit est peuplé de moments absurdes souvent hilarants. Si seulement l'ensemble était poussé un peu plus loin, cela lui aurait permis de réellement marquer les esprits. Bien que la réalisation ne casse rien, elle est entièrement au service des interprètes qui s'amusent avec leur image. L'idéal pour entamer une discussion sur la question. ***

mardi 27 octobre 2020

FNC: DAU. Natasha, Judy Versus Capitalism, The Republics


Le projet DAU. défie l'entendement. C'est l'époque soviétique qui est reproduite dans un des plus grands studios européens. Pendant plus de 10 ans de production et 700 heures de rushes, acteurs et non-acteurs défilent au détour de 15 films qui mélangent fiction et documentaire! Un de ceux-ci est Natasha, du nom de l'employée d'une cantine qui passera un mauvais quart d'heure à cause de ses fréquentations. Cette expérimentation n'en est pas seulement une pour l'équipe, mais également pour le spectateur qui vivra des séances de beuverie, de sexe et de violence - simulées ou pas - dans des décors aseptisés d'un naturalisme hallucinant. La réalisation volontairement figée comme le système en place permet réellement de se rapprocher des personnages œuvrant dans ce microcosme et la première demi-heure pas nécessairement agréable ou engageante laisse place à une étrange fascination, autant pour le récit de plus en plus écrasant que l'Histoire artistique qui s'en dégage. C'est à essayer à ses risques et périls, mais il n'y aura rien de plus ambitieux cette année. ***1/2

En l'espace d'une heure seulement, Mike Hoolboom dresse avec Judy Versus Capitalism le portrait de l'activiste Judy Rebick dans ses luttes féministes, notamment pour le droit à l'avortement. Passionnant, le documentaire intimiste s'attaque au patriarcat en revendiquant sa liberté, qui est justement offert par une forme cinématographique expérimentale et sans compromise, séparée en chapitres. Lorsque le sentiment d'un flottement ou d'excès stylistiques se fait ressentir, une nouvelle idée est mise en valeur, renforçant la densité de l'essai. Grand prix de la Compétition nationale du FNC. ***1/2

Sur un mode encore plus introspectif se trouve The Republics de Huw Wahl, un documentaire portant sur le poète Stephen Watts. Centré autour de ses champs d'intérêt (langage, mémoire, archéologie, etc.), l'effort pourrait paraître hermétique aux non-initiés. Alors mieux vaut ne pas trop analyser et se laisser porter par la voix de l'auteur et les enveloppantes archives qui passent sans cesse du passé au présent afin d'accéder à un autre univers. ***

lundi 26 octobre 2020

FNC: Wim Wenders Desperado, A Yellow Animal


Avec Wim Wenders, Desperado, Eric Friedler et Campino consacrent un documentaire éloquent au monstre sacré du septième art, revenant sur ses plus grands succès (Paris, Texas et Les ailes du désir, évidemment) et ses échecs (relation difficile avec Francis Ford Coppola à l'époque d'Hammett, pourquoi aujourd'hui il excelle davantage dans le documentaire que la fiction). Sans être complet ou novateur, l'ensemble ne manque pas d'intérêt et son montage s'amuse à inclure le cinéaste dans ses propres oeuvres. ***

Le cinéma est également le coeur de A Yellow Animal de Felipe Bragança, alors qu'un jeune réalisateur ferait n'importe quoi pour réaliser un film. Voilà une odyssée assez incroyable qui mélange les fantômes du passé et les possibilités de l'avenir, créant une foudroyante métaphore du Brésil d'aujourd'hui. L'ensemble séparé en chapitres s'avère un peu bordélique et l'intérêt va-et-vient constamment. Sauf que son réalisme magique à la Jodorowsky et, surtout, sa façon un peu naïve de rêver le monde d'aujourd'hui en font un objet hors norme. ***

dimanche 25 octobre 2020

FNC: Conference, Khamsin


Le FNC se termine dans une semaine et il y a encore des titres majeurs comme Conference d'Ivan Tverdovsky. En s'intéressant aux conséquences de la prise d'otage du théâtre Dubrovka, le cinéaste russe signe son meilleur film en carrière. Délaissant les aspects politiques pour leur préférer les considérations humaines, cette fiction intense et rigoureuse utilise la parole afin de libérer les âmes. La mise en scène ponctuée de longs plans ajoute à l'impact et au recueillement. ****

C'est également dans le souvenir que se développe généralement Khamsin de Grégoire Couvert et Grégoire Orio. De superbes mélodies post-rock deviennent le symbole d'un Liban entre guerre et paix, dont la complexité n'échappe pas à ses habitants. L'essai brut et artisanal ne manque surtout pas de poésie, de clairvoyance et d'effets cinématographiques. Lauréat du Prix des nouveaux alchimistes. ***1/2

samedi 24 octobre 2020

FNC: Atlantis, Maggie's Farm


Fable écologique se déroulant dans une Ukraine ravagée,
Atlantis est un tour de force de Valentyn Vasyanovych, qui réalise cet impressionnant long métrage tout en scénarisant, montant et s'occupant de la photographie. Comme celle qu'il a assuré sur le mémorable The Tribe, le long plan - cette fois généralement fixe - mène le bal, permettant de marquer l'individu (pratiquement tous des non-acteurs exposés à la guerre) dans son environnement tout en jouant avec la notion de temps. Cela donne des moments époustouflants de beauté et de poésie. Ce procédé austère a toutefois tendance à entraver un peu la démarche tant la mécanique, apparente, peut nuire à la force des dialogues. Mais jamais pendant très longtemps. Lauréat de la Louve d'or. ***1/2

Le long plan fixe et l'importance du temps qui passe sont également à l'honneur dans Maggie's Farm du vénérable James Benning, qui invite le spectateur à regarder réellement (déjà, c'est beaucoup) et à se créer un film à partir des images filmées. Évidemment, cela demande une concentration accrue à la maison, mais dès qu'on y arrive, l'évasion s'avère totale et on remarque ce qu'on ne voit malheureusement plus dans nos existences si rapides. ***  

vendredi 23 octobre 2020

FNC: Si c'était de l'amour, Sisters With Transistors


Si c'était de l'amour aurait pu être un documentaire comme les autres qui tente de dévoiler l'envers d'une pièce théâtrale. Le réalisateur Patric Chiha en a décidé autrement, filmant le personnel pour décrire l'universel tout en multipliant les liens entre la fiction et le réel. Cela donne un essai extrêmement cinématographique, qui plonge dans l'univers des raves en utilisant son essence - musique, mouvements - afin de décrire l'état des choses. Le résultat n'est rien de moins que vibrant... à condition évidemment d'avoir une prédisposition pour ce genre de spectacle. ***1/2

Avec Sisters With Transistors, Lisa Rovner s'intéresse plutôt aux pionnières trop souvent oubliées de la musique électronique en multipliant archives et entrevues. S'adressant autant aux fans qu'aux néophytes, le documentaire est riche en observations diverses. Il n' y manque toutefois que cette excentricité artistique qui aurait fait toute la différence en élevant l'ensemble au-dessus des conventions. ***

jeudi 22 octobre 2020

FNC: Servants, Apples, Night Has Come


Servants du Slovaque Ivan Ostrochovsky possède presque tout pour lui: un sujet en or qui confronte communisme et religion, des élans de film noir, une magnifique photographie en noir et blanc, un format d'image qui évoque l'enferment, de la musique stridente de circonstance. Cela a toutefois tendance à laisser le spectateur à l'extérieur de l'équation, lui qui admirera cet exercice lent et posé d'austérité (on pense parfois à Bresson) sans y participer réellement, sans s'y investir émotionnellement. Le climat d'étrangeté, l'ambiance étouffante presque horrifique et le scénario elliptique plaira toutefois aux amateurs des supérieurs Ida et Cold War. ***1/2

Plus doux et harmonieux est Apples de Christos Nikou, qui relate l'existence nouvelle d'un amnésique. Combinant le drame mélancolique à la comédie décalée, ce récit au rythme laborieux prend son temps avant de dévoiler ses charmes. Laissant tout le temps de l'analyser sur le plan politique, comme cette Grèce obligée d'écouter les instructions d'instances «supérieures» et qui désire seulement se reconnecter sur elle-même, ce présent qui permet de renaître. Puis vient une vague d'humanité qui rend l'âme plus légère et les yeux tristes. ***

L'oubli est également au coeur de Night Has Come de Peter Van Goethem, un essai sur la mémoire qui navigue allègrement entre les époques et les états d'esprit du narrateur. Ses mots peuvent parfois être trop envahissants, ils accompagnent néanmoins convenablement les étonnantes archives de la Cinémathèque royale de Belgique, déployant un univers unique et souvent anxiogène où un mystérieux virus détruit les souvenirs ambiants. Difficile d'être plus d'actualité. ***

mercredi 21 octobre 2020

FNC: L'enlèvement de Michel Houellebecq, Thalasso, Saint-Narcisse


Fiction très drôle tournée comme un documentaire, L'enlèvement de Michel Houellebecq de Guillaume Nicloux est parsemée de répliques hilarantes et spirituelles. Cela en faisait aisément un des longs métrages les plus intéressants de l'édition 2014 du FNC. ***1/2 

Sa suite Thalasso n'est pas aussi mémorable. Si l'on reconnait le style habituel de Nicloux, le scénario, lui, va d'errance en errance, ressemblant parfois plus à un film à sketchs. L'introduction s'avère bien rigolote et il y a plusieurs moments qui mélangent avec absurdité le méta fantastique et les réflexions mélancoliques sur la mort. Sauf que l'ensemble demeure un peu mou et inconsistant, comme cette rencontre entre Houellebecq et Gérard Depardieu qui ne produit pas toujours les étincelles souhaitées. ***

Entre deux projets plus «osés» (ou pornographiques), Bruce LaBruce tâte la fiction avec retenue, comme il en fait foi avec Saint-Narcisse. Cette fois il se prend pour Cronenberg ou Ozon, accouchant d'une histoire de doubles - donc d'identité et de dualité - tout en tentant de provoquer en s'attaquant au patriarcat et au clergé. Un vaste programme pour une création si gauche et maladroite, qu'il vaut mieux prendre pour une tentative comique ratée de blasphème enfantin. La superbe photographie de Michel La Veaux est aux antipodes avec l'interprétation monocorde et le scénario sans queue ni tête. *1/2

mardi 20 octobre 2020

FNC: Topside, The Tremor


En s'inspirant de gens qui habitent dans le métro de New York, Logan George et Celine Held signent avec Topside une fiction foudroyante, généralement à la hauteur d'enfant, où l'énergie familiale d'un Beasts of the Southern Wild serait mélangée à la peur de l'inconnu de Keane. Une oeuvre forte, encore davantage lorsqu'elle s'aventure loin de son terrain de jeu narratif. ***1/2

The Tremor de Balaji Vembu Chelli propose également la rencontre entre deux mondes, alors qu'un journaliste part à la recherche des survivants d'un séisme. Plus ancré dans le cinéma de genre, ce court long métrage extrêmement ténu vaut surtout pour son atmosphère vaporeuse et la beauté de ses paysages. Petit bémol: la trame sonore incongrue qui évoque parfois davantage la farce que la tension. **1/2

lundi 19 octobre 2020

FNC: Shell and Joint, Poissonsexe


Parmi les nombreuses offrandes présentées au Festival du nouveau cinéma, Shell and Joint d'Isamu Hirabayasi sort clairement du lot. Il s'agit d'un étrange film concept à sketchs où des hommes et des femmes se mettent soudainement à raconter des histoires incroyables sous fond de mort et de sexe. Un pensum absurde et existentiel qui traîne volontairement en longueur (la notion du passage du temps est à la base de tout), répétitif lorsqu'il traite encore et toujours des insectes mais loin d'être dénaturé de charme et d'intérêt. Surtout que le soin esthétique et sonore s'avère constant. Une belle curiosité. ***

Presque aussi bizarre est Poissonsexe d'Olivier Babinet qui s'amuse à faire le grand écart entre la romance et le conte écologique, la comédie grivoise décalée et le drame mélancolique poétique. Ici aussi, les métaphores animales et sexuelles sont nombreuses, et si le scénario se contient constamment d'explorer à fond son potentiel, le charme de ses interprètes et la beauté de sa photographie emportent l'adhésion. ***

dimanche 18 octobre 2020

FNC: Cocoon, Mamá, mamá, mamá


La métamorphose d'une chenille en papillon sert de métaphore à la transformation d'une fille en adolescente. Il ne faut surtout pas se fier à cette figure de style élémentaire afin de juger Cocoon de Leonie Krippendorff. Parce que ce récit d'apprentissage classique mais attentionné a beaucoup plus à offrir, que ce soit une jeune héroïne dont il est facile de se projeter, des thèmes traités avec doigtés, un surplus de sensibilité, des images baignées de soleil et une trame sonore appropriée. À tel point que l'on en ressort comblé. ***1/2

Dans la même mouvance se dresse Mama, Mama, Mama de Sol Berruezo Pichon-Rivière, un nouveau récit d'initiation au féminin qui se veut cette fois plus impressionniste. La disparition d'une fillette - et en filigrane le rapt d'enfants en Argentine - affecte une famille qui devra apprendre à demeurer unie. Une histoire ensorcelante, belle et terrifiante à la fois, aux ellipses certaines, dont la mise en scène hypnotisante et végétale rappelle les premiers opus de Sofia Coppola. ***1/2

samedi 17 octobre 2020

FNC: Drowsing City, Violation


Les histoires de vengeance sont nombreuses au cinéma. Drowsy City de Dung Luong Dinh ne sort pas du lot tant par son histoire prévisible que sa démonstration cinématographique gorgée de plans soignés et stylisés. Cruauté et silence font bon ménage dans ce récit sadique ancré sociologiquement où les animaux et les êtres humains passeront un mauvais quart d'heure. L'exercice lent et ténu qui ne traîne heureusement pas en longueur cumule avec une finale inoubliable. On ne verra plus jamais les poulets de la même façon. ***

La vengeance s'avère plus psychologique dans l'intense film canadien Violation, où il est question de consentement dans les rapports hommes/femmes. Solidement interprété par Madeleine Sims-Fewer (qui signe la réalisation aux côtés de Dustin Mancinelli), l'ensemble bénéficie d'une photographie particulièrement impressionnante qui ajoute aux mystères en place et qui fait mieux accepter les invraisemblances et les ellipses chaotiques. ***

vendredi 16 octobre 2020

FNC: Kill It and Leave This Town, The Book of Vision


Avec l'animation Kill and Leave This Town, le réalisateur polonais Mariusz Wilczynski invite le cinéphile aventureux dans sa tête. Et ce qui s'y trouve dépasse l'entendement! Cela ressemble parfois à un cauchemar surréaliste peuplé de délires inquiétants et d'images brutales. Une satire cinglante qui débute dans la provocation un peu facile pour ensuite humaniser quelque peu son propos. Le rythme ne s'avère pas toujours soutenu et il est facile de s'y perdre, sauf que l'odyssée demeure hors norme et elle se bonifie sans doute au fil des visionnements. ***

Tout aussi intrigant mais beaucoup moins réussi est The Book of Vision de Carlo S. Hinterman, qui pastiche le grand Terrence Malick (ici producteur exécutif) à coup de voix off, de caméras volatiles, de nature envahissante, etc. Malgré la qualité exceptionnelle de certaines images, on retient davantage sa lourdeur, son symbolisme de bas étage, sa naïveté chronique, son interprétation figée, sa dichotomie primaire entre le masculin/féminin et sa philosophie pseudo-spirituelle et existentielle qui finit par faire rire involontairement. **

jeudi 15 octobre 2020

FNC: Moving On, Sin La Habana


C'est un premier long métrage particulièrement réussi que propose Yoon Dan-bi avec Moving On. Ce qui n'aurait pu qu'être un récit d'apprentissage comme les autres devient une histoire tendre et souvent poignante sur la famille. Surtout que la fine mise en scène de la réalisatrice ne manque pas de sensibilité, prenant son temps de bien regarder et décrire ce qui se passe en faisant constamment confiance aux personnages, qui sont défendus par d'attachants comédiens. De la douceur sans mièvrerie, cela fait toujours du bien. ***1/2

Les cellules familiales présentées dans Sin La Habana de Kaveh Nabatian s'avèrent plus cyniques, alors qu'un danseur cubain séduit une Canadienne d'origine iranienne afin d'obtenir des papiers de citoyenneté et ainsi faire venir son amoureuse au pays. Débutant dans la surenchère stylistique et démonstrative, l'ensemble gagne graduellement en intérêt, se terminant par une conclusion particulièrement relevée. Et si le scénario n'est pas toujours très subtil, l'interprétation d'ensemble emporte l'adhésion. ***

mercredi 14 octobre 2020

FNC: Wisdom Tooth, Oasis


Le destin d'un frère et d'une soeur prendra une drôle de tournure lorsqu'une troisième personne viendra aménager avec eux dans Wisdom Tooth, le très solide premier film de Liang Ming qui évoque le travail de Jia Zhang-ke et Lee Chang-dong. Campé dans le froid de l'hiver et bénéficiant de superbes trouvailles visuelles et sonores, le récit quelque peu tortueux dans sa sous-intrigue policière séduit amplement lorsqu'il se concentre sur ses fabuleux personnages, qui sont campés par d'excellents comédiens. ***1/2

Oasis d'Ivan Ikic est également porté par un troublant triangle-amoureux. Se déroulant dans un (véritable) institut psychiatrique et suivant trois de ces jeunes (véritablement) atteints de déficience intellectuelle, cette fiction célèbre l'authenticité à tout prix, oubliant quelque peu son script pour se rapprocher au plus près de ses personnages. Ces derniers errent généralement en silence, utilisant justement la fureur des sons et des bruits pour se faire valoir. Cela aurait pu être du même calibre que l'exceptionnel The Tribe si seulement l'ensemble ne traînait pas tant en longueur. ***

mardi 13 octobre 2020

FNC: Uppercase Print, Lua Vermella


Moins (re)connu que ses camarades Christian Mungiu ou Cristi Puiu, Radu Jude demeure pourtant un des cinéastes roumains les plus importants de son époque. Il le prouve à nouveau avec Uppercase Print, une brillante docu-fiction se déroulant à l'époque de Ceausescu qui retrace un fait divers à l'aide de recréations de documents de la police secrète et d'archives kitsch de propagande. Très conceptuel et radical, le récit alterne entre la farce et le délire kafkaïen, finissant par donner froid dans le dos dans sa façon de décrire cette impitoyable machine paranoïaque. C'est peut-être un peu trop long, monocorde et répétitif, sauf que c'est voulu ainsi. ***1/2

Tout aussi imaginatif est Lua Vermella (Red Moon Tide), un long métrage minimaliste de Lois Patino qui révèle les mystères de la Galice, déjà à l'honneur de l'étonnant Viendra le feu. Cette région austère semble être le lieu de passage des vivants et des morts issus de contes et légendes d'une fulgurante beauté, que n'aurait pas renié Apichatpong Weerasethakul. La narrativité volontairement floue tient toutefois davantage de l'exploration formelle et elle en frustrera plus d'un. Surtout en ces temps obscurs où il n'est plus possible d'aller s'enfermer dans une salle de cinéma afin de vivre pleinement l'expérience ultime. ***