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vendredi 9 octobre 2020

Sorties cinéma: Sibyl, The Curse of Audrey Earnshaw


Avec la fermeture des salles en zones rouges (Montréal, Québec...), les nouveautés se font rares au cinéma. Il y a toutefois quelques films qui méritent le coup d'oeil et qui sont disponibles en ligne. Puis il y a toujours le Festival du nouveau cinéma qui se déroule numériquement jusqu'au 31 octobre...

Sibyl: Après son délicieux Victoria, Justine Triet confie un autre grand rôle à Virginie Efira, qui crève l'écran en psy qui se sert de la fiction afin de donner encore plus de sens à son existence. La mise en scène au montage élaboré qui cumule des nombreuses ruptures de tons est en parfaite osmose avec ce personnage plus grand que nature. Du bonbon. Présenté en ligne grâce au cinéma du Parc. ***1/2

The Curse of Audrey Earnshaw: Présenté cet été à Fantasia, ce western horrifique gothique de Thomas Robert Lee prend son temps pour construire un univers de peste et de gens isolés en y intégrant des sous-entendus de sorcellerie, de vampirisme et d'héritages déchus. Le tout étant baigné d'un visuel extrêmement soigné qui ne fait toutefois pas oublier la mise en scène parfois trop télévisuelle et l'interprétation quelque peu figée. Aucun grand frisson en vue, mais un regard qui mérite d'être suivi. Présenté sur quelques écrans de cinéma et en vidéo sur demande dès le 20 octobre. ***

lundi 7 septembre 2020

Legally Declared Dead et Top 5 Fantasia


Présenté le dernier soir de Fantasia, Legally Declared Dead est un sombre suspense sur un courtier d'assurances qui est convaincu qu'un garçon ne s'est pas réellement suicidé... Malgré la mise en scène vitaminée de Yuen Kim-wai et ses interprètes courageux qui se livrent corps et âme, ce long métrage tient rarement la route tant le scénario - adapté d'un roman japonais - est parsemé de fils blancs et d'invraisemblances, devenant de plus en plus grotesque... volontairement ou pas. **1/2

Mon top 5 de l'édition 2020 de Fantasia...

1. Labyrinth of Cinema

2. Woman of the Photographs

3. My Punch-Drunk Boxer

4. Me and Me

5. I WeirDo

jeudi 3 septembre 2020

Le reste de Fantasia... La Dosis, Cosmic Candy


Fantasia s'étant terminé hier, voici les derniers films vus dans cette édition virtuelle qui fut bien surprenante.

Des infirmiers jouent à Dieu dans La Dosis, le solide premier film de Martin Kraupt qui traite dans un style clinique de la mort et de la masculinité toxique. Lent et verbeux, le récit composé dans des tons de bleus est interprété avec assurance et si le scénario ambigu peut paraître sinueux, c'est pour mieux refléter les enjeux moraux qui en découlent. ***

Prenez la scène de délire drogué de The Big Lebowski et mettez-là sur un film entier. Cela ressemblerait un peu à Cosmic Candy de Rinio Dragasaki, une oeuvre bonbon qui séduit la première demi-heure mais qui fait rapidement tourner la tête par son abus de sucre et de psychotropes. Un meilleur dosage aurait permis aux thèmes de prendre de l'épaisseur, car le potentiel y est et l'actrice principale demeure attachante. **1/2

mercredi 2 septembre 2020

Films du jour: Sleep, The Columnist, Bring Me Home (Fantasia)


Si David Lynch avait voulu faire un remake de Shining, cela ressemblerait sûrement à Sleep. Éternel combat entre le réel et le subconscient, ce premier long métrage de Michael Venus convoque les fantômes allemands du passé au détour d'une intrigue complexe qui arrive à la fois à être politique et cauchemardesque. Un labyrinthe lent et onirique où l'on peut errer longtemps en compagnie de l'excellente Gro Swantje Kohlhof. En vidéo sur demande. ***1/2

Qui n'a pas rêvé un jour de s'en prendre à tous les trolls qui polluent sur les médias sociaux? C'est ce que fait avec violence l'héroïne de The Columnist, une satire mordante et cynique signée Ivo Van Aart. Malgré sa facilité et son manque de subtilité, le récit jouissif fait mouche dans sa façon d'exposer les horreurs du monde moderne. Et bien que les scènes de vengeance manquent d'originalité, ce défaut est compensé par une interprétation sentie et une réalisation solide, dont la dernière scène marquera les esprits. En vidéo sur demande. ***

Bring Me Home avait tout pour séduire: une prestation impériale de Lee Young-ae (dans son premier rôle au cinéma depuis Lady Vengence) en mère qui recherche son enfant disparu, une mise en scène généralement maîtrisée du nouveau-venu Seung-woo Kim, une photographie extrêmement soignée. Si seulement ce sujet bien noir était mieux traité, que la musique n'était pas aussi abondante et que le scénario ne multipliait pas les invraisemblances les plus absurdes. **1/2

mardi 1 septembre 2020

Films du jour: Sayo, Sanzaru (Fantasia)


Assemblé pendant la pandémie, Sayo du Montréalais Jeremy Rubier s'apparente à un récit de la fin du monde, alors qu'une jeune femme fera tout pour retrouver l'âme de sa jumelle décédée. Entre Orphée et Le voyage de Chihiro, ce conte parfois ténu à la voix off accaparante recèle son lot  de jolies mélodies orchestrales et d'images magnifiques, baignées de lyrisme et de poésie. Un périple au Japon plein d'émotions et d'imagination qui annonce de belles choses pour l'avenir. En vidéo sur demande ***

Sanzaru de Xia Magnus ne tarde pas à piquer la curiosité avec ses effets inquiétants de fantômes et son climat de claustrophobie. Sauf que l'intrigue, poreuse, finit rapidement par faire du surplace, développant que superficiellement ses personnages dont l'interprétation demeure très inégale. Jusqu'à un dernier tiers trop explicatif qui enlève le peu de mystère en place. Projection ce soir. **


lundi 31 août 2020

Film du jour: Labyrinth of Cinema (Fantasia)


En guise de testament, Nobuhiko Obayasi (le père de Hausu, qui est décédé plus tôt cette année) propose Labyrinth of Cinema, qui est non seulement l'un des meilleurs films que l'on pourra voir cette année à Fantasia, mais également en 2020. Il s'agit d'un opus complètement cinglé, gorgé de couleurs et d'hommages, qui revient pendant trois heures sur la Seconde Guerre mondiale en revisitant pratiquement tous les genres cinématographiquement japonais à la façon de Millenium Actress. Le voyage pourra sembler épuisant (surtout si on ne voit pas le tout dans une salle de cinéma), mais les plus aventureux seront récompensés d'une oeuvre unique qui ne s'oubliera jamais. À voir ce soir. ****

dimanche 30 août 2020

Films du jour: Sheep Without a Shepherd et Detention (Fantasia)


Lorsqu'il ne s'amuse pas à copier Hollywood, le cinéma populaire chinois peut être fort intéressant. C'est le cas de Sheep Without a Shepherd de Sam Quah, un très divertissant jeu de chat et de souris où les autorités cherchent à coincer un père - et amateurs de films! -  ainsi que sa famille suspectées de meurtre. Offrant une heureuse symbiose entre suspense, comédie et mélo, le récit à la réalisation hyper efficace amuse malgré ses excès et ses invraisemblances. En vidéo sur demande. ***

Rare adaptation d'un jeu vidéo qui tienne la route, Detention de John Hsu se déroule à Taïwan en 1962, à l'époque de la Terreur blanche (préséance et censure de la Chine... qui conduit jusqu'à la mort de la population récalcitrante). Un contexte politique puissant qui perd un peu de son mordant lorsqu'il est mélangé au film d'horreur plus classique. Bien que l'ensemble ne fasse jamais peur, ses prouesses techniques et la mélancolie qui en ressort compensent pour des personnages superficiels et une histoire simpliste qui abuse des ellipses afin de paraître complexe. ***

samedi 29 août 2020

Films du jour: Life: Untitled, Lapsis (Fantasia)


En adaptant sa propre pièce de théâtre au cinéma, Kana Yamada propose avec Life: Untitled une plongée dans le monde de la prostitution. Un sujet fort au traitement qui laisse parfois à désirer tant la multiplication des personnages évoque la série destinée à la télévision et que l'ensemble, en faisant abstraction d'une introduction et une conclusion incendiaires, manquent d'assurance cinématographique. L'interprétation se révèle néanmoins alerte et la légèreté n'a aucune difficulté à côtoyer des moments plus graves. En location. ***

C'est également un premier long métrage de fiction qu'offre Noah Hutton avec Lapsis. Ce qui débute comme un fascinant récit de science-fiction fauché (sur le capitalisme, le monde du travail, la technologie qui est en train d'avaler tout rond l'être humain) se transforme en un simple épisode de Black Mirror, mis en scène avec soin mais au scénario limité et aux jeux de comédiens assez inégaux. En location. **1/2

vendredi 28 août 2020

Films du jour: Tezuka's Barbara, Me and Me (Fantasia)


Osamu Tezuka n'est pas simplement le père d'Astro et autres héros pour enfants. Il a également offert des séries de mangas pour adultes comme Barbara, qui s'inspire directement des Contes d'Hoffmann. Son fils Makoto vient de l'adapter au cinéma, avec un résultat plus ou moins convaincant. Magnifiquement mis en image par Christopher Doyle et bénéficiant d'une superbe partition jazz, cette méditation sur le désir et la création sent malheureusement trop l'exercice de style tant les enjeux sont réduits à leur plus simple expression et que les personnages manquent de consistance. Ce soir à 17h. **1/2

Beaucoup plus réussi est l'énigmatique Me and Me, première réalisation de l'acteur Jung Jin-young, qui plonge un policier dans une enquête qui le dépasse largement. Fable sur l'inconscient et l'identité que n'aurait pas renié David Lynch, cette oeuvre intrigante ponctuée de ruptures de tons assez marquées est menée par d'excellents interprètes et un ton relâché où rien n'est ce qu'il semble être. ***1/2

jeudi 27 août 2020

Suggestion Fantasia: Time of Moulting


Présenté ce soir à Fantasia, Time of Moulting de Sabrina Mertens aurait sans doute eu sa place au FNC. Il s'agit d'un film d'auteur volontairement statique où chaque image ressemble à un tableau et où l'absence de rythme permet de mieux saisir les fantômes du passé. Cela n'empêche pas l'essai, visuellement époustouflant (les lieux délabrés deviennent les métaphores des personnages), de prêcher par sa suffisance, annonçant un mélange entre Akerman et Haneke pour n'offrir parfois qu'une variation intellectuelle de Paranormal Activity. ***

mercredi 26 août 2020

Suggestion Fantasia: I WeirDo

Tourné à l'aide d'un iPhone, I WeirDo de Liao Ming-yi est le film parfait pour la pandémie: Une comédie romantique drôle et mignonne sur deux obsessifs-compulsifs qui ont peur des germes et donc du monde environnant. À mesure que le récit avance, certaines perspectives s'élargissent... au même titre que le format de l'écran. Mais ironiquement, alors que la beauté prend de plus en plus de place, le long métrage devient extrêmement mélancolique dans sa façon de traiter la normalité, jusqu'à faire émouvoir abondamment tant son interprétation est fine et son sous-texte, quoique prévisible, d'une grande limpidité. ***1/2

mardi 25 août 2020

Suggestion Fantasia: Vertigo

Découverte dans l'inoubliable Han Gong-ju, l'actrice Chun Woo-hee mène une carrière plus qu'enviable, surprenant par ses excellents choix de films. Elle est le coeur et l'âme de Vertigo de Jeon Gye-soo, qui dresse le portrait dépressif et empreint de solitude de quelques individus aliénés et isolés dans une Corée du Sud patriarcale et déconnectée. Non sans longueurs, le récit alterne entre les silences révélateurs et le désir poétique de liberté qui est porté par une agréable trame sonore. Et si les quelques effets stylisés à la Requiem for a Dream cadrent mal avec l'ensemble (tout comme le spectre du mélo), ses élans romanesques et sa finale surprenante ravissent. ***

lundi 24 août 2020

Suggestion Fantasia: Woman of the Photographs

Facilement un des meilleurs films que l'on pourra voir cette année à Fantasia, Woman of the Photographs est un premier long métrage extrêmement maîtrisé de la part de Takeshi Kushida, qui ne manque de payer hommages à Kobo Abe et Shohei Imamura. Cette histoire tordue entre un photographe muet et une femme qui arbore une cicatrice baigne dans l'érotisme latent, interrogeant la notion de solitude et d'identité à une époque où le faux ne fait qu'une bouchée du vrai. Un grand cru qui laisse entrevoir plein de couches et où il faudra voir plus loin que son symbolisme un peu accaparant. Disponible à la carte. ****

dimanche 23 août 2020

Films du jour: Chasing Dream, My Punch-Drunk Boxer (Fantasia)

Après quelques années d'inactivité, Johnnie To est de retour avec Chasing Dream, une comédie kitsch ultra sucrée qui allie musique et boxe. Un divertissement amusant lorsqu'il se contente d'être drôle et ludique, mais lassant et très quelconque lorsque le désir d'être pris au sérieux apparaît au tournant. Dommage que la pandémie oblige le visionnement en ligne, parce que c'est dans la salle de cinéma parmi le public que le long métrage aurait véritablement pris son envol. **

Dans la même veine mais beaucoup plus réussi est le film coréen My Punch-Drunk Boxer qui mélange les genres avec délectation, passant par une large gamme d'émotions tout en permettant à son réalisateur Jung Hyuk-ki d’asseoir une véritable signature visuelle. Dans les deux cas, l'hommage à Rocky est à l'honneur. Tout dépend si l'on préfère la satire au ton plus sensible et humain. ***1/2

samedi 22 août 2020

Films du jour: A Witness Out of the Blue, A Hero Never Dies (Fantasia)

Louis Koo est un excellent acteur. Il le prouve à nouveau dans A Witness Out of the Blue d'Andrew Fung, où il incarne un voleur qui cherche à prouver son innocence. Malgré une performance complexe, il ne peut sauver ce script pas toujours inspiré où des touches d'humour douteuses saupoudrent un suspense inutilement complexe aux scènes d'action répétitives. C'est ironiquement lors des moments les plus posés que les personnages peuvent prendre de l'épaisseur et que l'humanité apparaît. **1/2

Sans doute que le réalisateur aurait dû demander conseils à Johnnie To, l'expert du genre. Dans son «classique» A Hero Never Dies de 1998 qui s'inspire autant de Sergio Leone que de John Woo, le cinéaste filme une incroyable amitié entre deux tueurs de clans ennemis. Après une première partie souvent hilarante parsemée de moments d'anthologie, le récit repart sur des nouvelles bases, insufflant une âme insoupçonnée. ***1/2

vendredi 21 août 2020

Films du jour: Special Actors, Crazy Samurai Musashi (Fantasia)

Ce n'est pas la pandémie qui arrêtera Fantasia. Jusqu'au 2 septembre, le plus sanglant festival de cinéma québécois va se déployer virtuellement, offrant des oeuvres à dates/heures fixes et d'autres que l'on pourra regarder selon notre bon vouloir

C'est hier que les festivités furent lancées avec The Reckoning de Neil Marshall. Mais le film que tout le monde attendait fut toutefois Special Actors de Shinichiro Ueda. Dans cette délirante comédie, le pouvoir de «faire croire» est plus fort que tout, alors que des acteurs tentent de percer à jour les desseins d'une secte. Charmant, amusant et intelligent, le récit méta peuplé de personnages attachants est parsemé de surprises (parfois prévisibles, comme la finale à la Fincher), compensant largement pour ses moments relâchés et son humour qui fait plus sourire que rire réellement. ***

Quiconque a vu l'incroyable One Cut of the Dead, le premier long métrage d'Ueda, ne voudra pas manquer Crazy Samurai Musashi de Yuji Shimomura, qui offre un long plan séquence de 77 minutes où un samouraï (Tak Sakaguchi, en grande forme) tient tête à près de 600 hommes! Écrit par Sion Sono, cet exercice de style haletant et volontairement essoufflant sent la gimmick à plein nez (évidemment que le héros combat 3-4 adversaires pendant que les autres les regardent, ne se faisant pratiquement jamais attaquer de dos, les morts s'écartent de la caméra et on reconnaît même quelques figurants qui reviennent littéralement à la vie). Pourtant une forme de transcendance finit par émaner du procédé, où les répétitions laissent place à une sorte d'abstraction et d'aliénation. **1/2