jeudi 14 avril 2016

Retour sur la sélection cannoise

C'est ce matin que les 20 films qui vont se disputer la Palme d'Or ont été annoncés. Xavier Dolan y sera pour Juste la fin du monde et il affrontera plusieurs cinéastes réputés, dont Pedro Almodovar, Ken Loach et les frères Dardenne.

J'ai analysé les forces en présence dans ce texte en tentant de prédire qui sortira gagnant de l'édition 2016 de l'ultime manifestation du septième art.

Film du jour: The Ardennes

Le producteur de Bullhead remet ça avec The Ardennes, un drame familial assez éclatant de la part de Robin Pront, qui rappelle que le cinéma belge peut toujours surprendre. La première partie et la plus satisfaisante tourne autour d'une famille dysfonctionnelle dont les frères s'amourachent de la même fille. Le tout finit par se régler dans le sang, la farce et un cinéma de genre jouissif quoique beaucoup moins soutenu. Plus que l'histoire prévisible d'inspiration biblique, on retient le brio de la mise en scène, quelques combats incroyables (celle au lavoir est divine) et une trame sonore plus qu'appropriée. Au Centre Phi jusqu'au 16 avril. ***

mercredi 13 avril 2016

Alejandro Amenabar nous parle de Regression

Le téléphone sonne. C’est Alejandro Amenabar au bout du fil. Oui, le cinéaste espagnol d’origine chilienne qui a offert quelques-unes des œuvres les plus libératrices du 21e siècle avec The Others et La mer intérieure.

Il m’appelle de l’endroit où il écrit et les aboiements d’un chien se font parfois ressentir pendant la conversion. L’entrevue porte principalement sur Regression, un suspense psychologique qui prend l’affiche ce vendredi et où Ethan Hawke enquête sur un crime satanique qui implique Emma Watson.

Évidemment, l’occasion est belle de lui parler de sa carrière et de cette dernière décennie où il s’est fait plus rare…


Quels cheminements sont survenus jusqu’à la création de Regression?

Je voulais faire un film d’horreur sur les cultes. J’ai commencé à lire et à me renseigner sur le sujet, surtout sur l’idée du diable. J’ai lu des bibles sataniques. Je n’arrivais pas à trouver une approche intéressante. J’ai donc mis ce projet de côté et un jour, par chance, j’ai eu connaissance des rituels d’abus sataniques qui sont survenus dans l’état du Minnesota en 1990. Je me suis mis à lire sur ce dossier et j’ai décidé de faire un film sur le diable mais également sur l’esprit humain.


Dans tous vos longs métrages il y a des combats entre le vrai et le faux, la réalité et le rêve, la science et la foi ou la religion…

Oui, j’aime parler des rêves. À chaque soir, quand je vais au lit, je rêve beaucoup. Je rêve d’une autre réalité et quand je me réveille, je réalise que c’était un rêve. Cela nous rappelle comment notre cerveau peut nous jouer des tours. C’est une des idées du film.

J’ai exploré l’idée de religion dans mes précédents films et dans celui-ci, je voulais confronter deux pôles. Celui de la foi à celui de la science qui s’exprime par une psychothérapie. Comment ces deux pôles tentent de travailler ensemble pour résoudre le casse-tête. Que des erreurs peuvent s’en échapper et qu’elles sont une des clés pour obtenir des réponses.


Avec Regression, vous semblez revenir aux films de genre comme dans Tesis et The Others

Le mystère et le suspense me viennent naturellement. C’est un genre que j’ai toujours aimé quand j’étais enfant. Peut-être que c’est parce que j’étais un garçon sinistre et que j’adorais avoir peur devant un film. En voyant des films d’horreur et en apprenant à faire des films et à jouer avec l’audience, cela m’a aidé à exorcisé mes propres peurs. Ça ne veut pas dire que je ne ferais pas d’autres genres de films, mais je suis plus intéressé par ce style que par des comédies.


Avec The Others et La mer intérieure, vous étiez au sommet de votre popularité. Pourquoi est-ce qu’il n’y a eu que deux films (Agora et Regression) dans la dernière décennies?
C’est le genre de question que ma mère me demande! (rires) Pourquoi je n’écrivais pas de script plus tôt. Ces temps-ci j’écris beaucoup et j’espère avoir quelque chose de prêt dans les prochains mois.

À ma défense, lorsque j’ai commencé à faire des films, je me disais innocemment à l’université que j’allais accepter n’importe quoi pour vivre de ce métier. Maintenant, c’est vraiment important que j’aie quelque chose d’important à dire pour faire un film. Il faut que je sois passionné. Dans le cas de Regression, ça m’a pris un certain temps pour trouver l’idée de départ. Lorsque je crée, je ne sens pas l’urgence. Il faut laisser l’espace à l’histoire pour qu’elle arrive jusqu’à ma tête.


Que ce soit Tesis, Ouvre tes yeux, The Others et La mer intérieure, vous avez toujours eu un appui critique presque unanime. Il ne semble pourtant plus aussi inconditionnel avec Agora et Régression

Lorsque tu fais des films, tu t’exposes et l’auditoire va toujours avoir en tête ton travail précédent. Il faut que tu demeures ouvert à ce que les gens disent. Parfois tu crois avoir fait ton meilleur film et les autres personnes ne sont pas d’accord avec toi. Tu ne le sais jamais. Agora n’était pas un film facile, tout comme Regression. Ce sont des films qui sortent du lot, de la boîte. Regression fonctionne sur un anti climatic climax et je sais que c’est risqué pour les spectateurs.

Mais j’essaye toujours de faire le film que je dois faire et de le raconter de la façon qui m’est propre. Le reste c’est de la loterie. Des gens peuvent aimer et d’autres non, il peut avoir un grand succès commercial ou pas. Après, tu dois te concentrer sur le prochain film, sinon tu risques d’être démoralisé.


En terminant, quels sont les cinéastes ou les films qui ont fait de vous le réalisateur que vous êtes?

Quand j’étais jeune, j’aimais beaucoup les suspenses d’Alfred Hitchcock. Bien sûr, Steven Spielberg est mon réalisateur préféré et il y a aussi Stanley Kubrick. C’est un beau trio, n’est-ce pas? 

Film du jour: Siembra

Les films de festivals plus exigeants que la moyenne ne prennent l'affiche au Québec qu'au vénérable Centre Phi de Montréal. C'est le cas de l'émouvant Siembra de Santiago Lozano Alvarez et Angela Maria Osorio Rojas qui est présenté ce soir. Un opus en noir et blanc de grande qualité où la vie et la mort dansent une dernière fois pour un vieil homme qui tente de récupérer sa terre et une jeune femme qui ne voit pas l'amour que lui porte un être de son entourage. Avec son rythme lent, ses nombreux chants et ses moments d'introspection, il y a tout là pour fasciner et entrer en pleine méditation. ***1/2 

mardi 12 avril 2016

Nouveautés DVD/Blu-ray : 400 Days, La dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil, The Forest, Heroes Reborn : Event Series.

C'est un peu l'hécatombe cette semaine au niveau des nouveautés en DVD et Blu-ray. 

400 Days de Matt Osterman est un récit de science-fiction intriguant mais pas totalement satisfaisant sur une simulation vers Mars qui tourne mal. Les deux tiers du récit assez conventionnel sont basés sur le traditionnel "sont-ils toujours sur Terre?", alors que la curiosité est piquée vers la fin et que l'ensemble se termine sur une multitude de questions. **1/2

Plus futile encore est La dame dans l'auto avec des lunettes et un fusil de Johann Sfar, un suspense satirique mal assumé sur une jeune demoiselle qui se trouve dans le pétrin. C'est vide, long et interprété de façon inégale. **

Pour sa part, The Forest de Jason Zada est un drame d'épouvante jamais effrayant sur une - autre!- jeune femme qui s'aventure dans une forêt. Encore une fois, visions et raison s'affrontent et le résultat ne convainc pas. **

C'est également le cas de Heroes Reborn: Event Series qui tente de remettre de l'avant une série morribonde où la seule première saison trouvait grâce à nos yeux.

Déprimant tout ça! Pour se consoler, on fait un détour ce soir à la Cinémathèque québécoise pour découvrir en première nord-américaine la version restaurée de l'excellent Une journée particulière d'Ettore Scola. C'est la meilleure façon de revoir ce grand opus politisé où Sophia Loren et Marcello Mastroianni tentent de s'apprivoiser du mieux qu'ils le peuvent. ****


Film du jour: The Living Skeleton

Sympathique production de série B ponctuée d'apparitions, de fantômes et de doubles vengeurs, The Living Skeleton d'Hiroshi Matsuno est un plaisir simple et efficace, où l'intrigue passe-partout n'est qu'un prétexte à multiplier les moments les plus insolites. Le tout est enrichi d'une photographie très soignée en noir et blanc et d'une atmosphère poétique où de la musique de western spaghetti fait un drôle d'effet. ***

lundi 11 avril 2016

Film du jour: La Habanera

Travaillant au sein d'un étroit système nazi où le cinéma état utilisé comme propagande, Douglas Sirk arrive tout de même à détourner La Habanera pour en faire un drame social avant son temps, moins flamboyant que ses classiques mais tout de même annonciateur de la tournure qu'allait prendre son art. Cette histoire de désillusions à Porto Rico n'est peut-être pas totalement au point, reste que le mélo au féminin fonctionne généralement bien. La réalisation novatrice aime bien se perdre dans les jeux de miroirs et l'interprétation flamboyante de Zarah Leander amène un peu de chair à ce récit assez prévisible. ***