mardi 9 mars 2010

Les plages d'Agnès, Up in the Air et autres sorties DVD


Yeah, Avatar s'est fait descendre par le petit film indépendant réalisé par une femme! Une douce vengeance pour cette jolie journée de la femme du 8 mars. Pour célébrer, c'est le temps d'aller louer ce film en ce mardi où de nombreuses nouveautés prennent l'affiche. Mais quoi voir dans le lot?

Le seul vrai impératif est le merveilleux documentaire d'Agnès Varda Les plages d'Agnès. Un testament drôle et fascinant, en forme de jeux de miroirs, qui en dit long sur l'incroyable parcours de la cinéaste.

Les restants des Oscars sont déjà là. Très bon concept, acteurs merveilleux mais finale catastrophique: voilà le meilleur moyen de résumer le surestimé Up in the Air de Jason Reitman. Pour le Precious de Lee Daniels (Oscar de la meilleure actrice de soutien pour Mo'nique), c'est encore plus simple: un lourd et écrasant mélo, pas particulièrement bien fait, qui n'existe que grâce au brio de ses interprètes.

Dans la catégorie «ils reviennent en force sans nécessairement offrir leur meilleur travail», il y a Michael Moore qui sait néanmoins faire rire et pleurer dans son très divertissant Capitalism - A Love Story sur les dérives de l'économie américaine, et Robert Guédiguian et son peu nuancé mais tout de même efficace L'armée du crime sur les nombreux résistants pendant la Seconde Guerre mondiale.

Du côté «aurait pu faire mieux», l'animation Planet 51 fait sourire, sauf qu'elle s'adresse davantage aux jeunes enfants qui rêvent de voyager dans l'espace. Ce n'est pas le cas de Go Fast où le metteur en scène Olivier Van Hoofstadt n'arrive pas à exploiter sa très prometteuse première partie et son duo de choc (Roschdy Zem et Olivier Gourmet), offrant au final un banal long métrage d'action.

Les amateurs de gros mélo, de chiens et de Richard Gere seront au septième ciel devant Hachiko: A Dog's Story de Lasse Hallström où un être à quatre pattes passe son existence à attendre son maître. Beaucoup de sirop et de miel à l'horizon, mais bon, pourquoi pas pour l'anniversaire de maman?

Tant que tout un chacun ne s'intéresse pas à l'épouvantable Old Dogs de Walt Becker avec les ignobles Robin Williams et John Travolta qui passent leur temps à faire la morale sans jamais faire rire. Le comble du ridicule. Et de la platitude.

samedi 6 mars 2010

Oscars et Razzies


Ça y est. Tout le monde en parle. Du désastre au Chili? Bien sûr que non! Mais bien de la nouvelle cérémonie des Oscars qui se tiendra dimanche soir. De toute façon, qu'est-ce qu'on peut dire de nouveau sur une telle thématique?

Déjà, les gagnants sont presque tous connus, avec Jeff Bridges comme meilleur acteur (alors que Crazy Heart était tellement ordinaire), Sandra Bullock du côté des femmes (quel ennuyant The Blind Side), Cristophe Waltz comme acteur de soutien (mérité pour le surestimé Inglourious Basterds) et Mo'Nique pour le gros mélo Precious, le scénario de l'inégal Up in the Here, etc.

Il n'y a que le combat entre le sans substance Avatar et le pas si bon que ça The Hurt Locker qui reste à déterminer. À une autre époque, la confrontation entre les beaucoup plus intéressants Titanic et L.A Confidential s'avérait nettement plus relevée. Mais bon, au fil des prédictions, je pense que Goliath risque de faire une bouffée de David tant Hollywood en période de crise économique ne veut pas entendre parler de guerre, mais bien d'un triomphe au box office et de la trois dimensions qui annoncerait - eh misère - l'avenir du cinéma.

Dans un monde idéal, le résultat serait tout autre, avec Colin Firth comme meilleur acteur, Carey Mulligan chez les femmes, mister Waltz comme acteur de soutien et Mo'Nique du côté féminin. Et comme meilleur long métrage? Là encore, ce serait A Serious Man par défaut tant les meilleurs oeuvres américaines (Two Lovers, (500) Days of Summer, A Single Man) de 2009 ne sont même pas en nomination.

Du côté des autres catégories, la vie est injuste et le correct Up l'emportera devant le magnifique Coraline. Mais où est le majestueux Ponyo d'Hayao Miyazaki? Dans la catégorie du meilleur film étranger, espérons que la situation de l'année dernière ne se représente pas. Malgré une chaude lutte à deux entre les sublimes Valse avec Bachir et Entre les murs (et l'excellent Revanche qui n'était pas loin derrière), c'est le beaucoup plus ordinaire Departures qui a remporté la mise. Mais bon, restons positif avec Le ruban blanc et, sinon, Un prophète, qui sont tous les deux supérieurs à La Teta Asustada. Et encourageons Hans Zimmer pour sa délicieuse trame sonore sur le très divertissant Sherlock Holmes!

Mais avant les Oscars, ce sont les Razzies qui se tiennent ce soir. Une soirée nettement plus décontractée... et imprévisible. Voici quelques petits choix maisons (eh oui, dans cette cérémonie-ci, j'ai également pas mal tout vu ce qui est en nomination): G.I. Joe comme pire film, John Travolta comme pire acteur pour Old Dogs, Sarah Jessica Parker comme pire actrice pour Did You Hear About The Morgans? (désolé Sandra, en temps normal, tu ne devrais pas recevoir deux statuettes pendant ta fin de semaine), Hugh Hefner comme pire acteur de soutien pour Miss March et Ali Larter comme pire actrice pour Obsessed. Que de titres qui font mal à tous les cinéphiles!

vendredi 5 mars 2010

Alice au pays des merveilles, Brooklyn's Finest et Les signes vitaux


Très petite semaine de films en raison de la sortie d'un très gros long métrage américain.

Cela n'empêche pas que la meilleure oeuvre au menu provient du Québec et qu'elle s'appelle Les signes vitaux (critique). Ce deuxième essai de Sophie Desrape, qui fait découvrir l'extraordinaire comédienne Marie-Hélène Bellavance (la Charlotte Gainsbourg de la Belle Province), s'intéresse à un sujet douloureux (les soins palliatifs) qui aurait pu être lourd et casse-gueule. Au contraire, sa mise en scène sensible, ses choix oniriques et sa façon de faire apparaître de la poésie (et de l'humour) en fait un opus touché par la grâce.

Il fallait s'attendre au pire du côté de Brooklyn's Finest (critique) dont le réalisateur Antoine Fuqua n'a jamais fait dans la subtilité. Surprise! Non seulement sont nouvel effort ne verse pas inutilement dans les scènes d'action barbares, mais il intéresse, recyclant efficacement tous les clichés du genre policier autour d'une histoire maîtrisée tout en dirigeant convenablement ses comédiens (Richard Gere, Don Cheadle, Ethan Hawke, Wesley Snipes). Une petite révélation, quoi!

Tout le monde va cependant se ruer dans les salles pour le très attendu Alice in Wonderland (critique) et plusieurs personnes seront déçues. Pas que l'ouvrage soit mauvais. Non, il est splendide et rythmé, regorgeant de détails saugrenus et d'allusions savoureuses. Sauf que Tim Burton ne fait tout simplement pas le poids dans son évocation de l'univers de Lewis Carroll. Sa vision est aseptisée pour Walt Disney, offrant au passage un récit extrêmement lisse et monolithique, pas particulièrement bien interprété par des acteurs talentueux, et qui manque singulièrement d'âme et de magie. Le comble pour un tel livre classique! Mais bon, c'est de la 3 dimensions et c'est fait par un chouchou des critiques, alors les compliments ne peuvent qu'être au rendez-vous...

jeudi 4 mars 2010

Entrevues Les signes vitaux


C'est ce vendredi que prend l'affiche l'excellent film québécois Les signes vitaux. Pour l'occasion, je voulais absolument m'entretenir avec la cinéaste Sophie Desrape et l'actrice Danielle Ouimet, mais surtout avec la comédienne Marie-Hélène Bellavance.

Pour ce film «coup de coeur et coup de poing» (pour reprendre l'expression d'une des organisatrices du Festival de Tremblant), la jeune femme y est tout simplement merveilleuse, campant à la perfection cette Simone qui balance presque tout pour aider des gens qui résident dans un centre de soins palliatifs. Un bonheur pour le journaliste de rencontrer des gens si rafraîchissants et intéressants.

L'entrevue complète se trouve ICI.

mercredi 3 mars 2010

Jutra 2010: discussion virtuelle (2e partie)

"D'ici la prochaine Soirée des Jutra, qui aura lieu le 28 mars, une série de billets s'intéressant à différents aspects de la remise de prix du cinéma québécois sera publiée ici et sur d'autres blogues et sites spécialisés. Une discussion virtuelle entre critiques, si vous voulez."

La semaine dernière, le collègue Kevin Laforest de l’hebdomadaire Voir avait débuté le bal avec une question aussi simple que nécessaire : Si vous en aviez le pouvoir, à qui enleveriez-vous une nomination et à qui la donneriez-vous? Les réponses de critiques québécois se trouvent ICI .

Aujourd’hui, c’est à moi de continuer la joute, avec une nouvelle question et une petite mise en contexte. L’Association québécoise des critiques de cinéma vient d'élire La donation comme meilleur film québécois de 2009. Hors, il n'est même pas en nomination pour les Jutra. Tout le monde a chialé l'année dernière après l'exclusion de Tout est parfait. Cette année, malgré les changements, cela ne semble guère mieux.

Qu’est-ce qui doit être changé dans cet évènement afin de ramener un peu de crédibilité? Qui devrait voter, élire les nominés, s'arranger pour ne pas seulement choisir des films des amis et collègues?

Voici les réponses que j’ai reçues :

Je ne crois pas qu'il y ait de solution idéale pour améliorer les Jutra. Évidemment, je pourrais prêcher pour ma paroisse et suggérer un panel de critiques, mais là encore, le résultat ne ferait sûrement pas l'unanimité. Et même si les nominations de cette année sont questionnables, j'aime quand même l'idée d'un jury d'électeurs qui, si j'ai bien compris, sont au moins obligés de voir tous les films. Il faudrait peut-être attendre quelques années pour vraiment juger du bien-fondé de cette nouvelle formule...

Kevin Laforest
Voir
http://www.voir.ca/blogs/kevin_laforest/default.aspx
***

Assez d'accord avec Kevin sur le sujet. Je reste persuadé que quel que soit le mode d'attribution des nominations, il y aura toujours des déceptions. Je pense toutefois qu'avec un panel de votants composé à peu près équitablement de professionnels et de critiques, on aurait peut-être une balance un peu plus équilibrée. Ce qui n'est pas le cas présentement puisque les 18, sont exclusivement de la profession. Je ne sais pas si ça règlerait tous les problèmes, mais ça devrait éviter la grosse bourde que tout-le-monde-remarque-sauf-le-jury, comme l'absence de La Donation (et ce n'est qu'un exemple parmi d'autres on l'a vu). En tout cas, ça devrait peut-être faire ressortir un peu plus les films moins commerciaux...
Voilà mon souhait...

À suivre l'an prochain,

Charles-Henri Ramond
Films du Québec
***

À ce sujet, je n’ai qu’une chose à ajouter : je ne partage pas votre enthousiasme envers La donation...

Franchement, j’ai été agréablement surpris que De père en flic ne domine pas les nominations dans un excès de populisme.

Même si les nominations de cette année ne sont pas « excitantes », elles ne sont pas « choquantes » non plus, donc, on verra l’an prochain.

Le seul problème flagrant, je crois, c’est le manque complet d’audace dans les catégories d’interprétation. Toujours les mêmes, et que des évidences...

Karl Filion
Cinoche.com
***

Comme Karl, je n'ai pas été entièrement convaincue par La Donation et mon souci vient plus de l'absence du Forcier que du Émond.

Ceci étant dit, une piste pourrait être l'inclusion du prix remis par l'Association Québécoise des Critiques de Cinéma à la cérémonie des Jutra...

Parce qu'on le voit bien, jury changé ou pas, nominations passées à 5 ou pas, le vrai problème, comme le disait Karl, reste celui du manque flagrant d'audace de ces choix consensuels et sans réel intérêt.

Helen Faradji
Revue 24 images.com
***

Cette question ne trouvera jamais de "bonne" réponse. Elle ne pourra pas non plus satisfaire tous les groupes qui gravitent dans le microcosme du cinéma québécois. Peu importe les votants, il y aura toujours des oubliés, des exclus, des favoris. Ma crainte, plutôt qu'un souhait irréalisable, serait que le public s'en mêle, un peu comme au gala de l'Adisq. Imaginez le meilleur acteur ou le meilleur film choisi par ceux qui vont manger au St-Hub. Il a déjà la bobine d'or et c'est bien suffisant. Pour le reste, il y aura des bons et des moins bons crûs.

Daniel Racine
CINÉFIX tous les jeudi à 18h sur CIBL 101,5 FM

mardi 2 mars 2010

Ponyo, Welcome et autres dvd


Comme à chaque mardi, voici une évaluation de plus de 80% des sorties traditionnelles de dvd de la semaine.

Cela commence en force avec Ponyo, le nouveau chef-d'oeuvre d'Hayao Miyazaki qui n'a rien perdu de son pouvoir d'évocation. Plus simple que ses précédents mais tout de même inoubliable, cette relecture de La petite sirène enchante au plus haut point.

S'il a été ignoré à la dernière cérémonie des César, Welcome de Philippe Lioret demeure un film d'exception, brillant et troublant, relatant la difficile ascension de sans-papiers dans le pays de Sarkozy. Avec un Vincent Lindon toujours aussi parfait.

Jouant la carte de l'intimiste et du dépouillement, Wonderful Town d'Aditya Assarat est brûlant d'actualité, s'intéressant aux conséquences du tsunami en Asie. Un poème lent mais évocateur, à la fois âpre et majestueux.

Excellente idée sur papier (l'adaptation d'un livre classique par le génial Spike Jonze), Where the Wild Things Are laisse de glace malgré une très prometteuse introduction. À mi-chemin, l'histoire tourne à vide, le jeune héros et ses copains poilus passent leur temps à tout détruire et tout ce qui reste à la tombée du générique, c'est l'exquise trame sonore.

Un autre scénario pas totalement développé est celui de Cliente de Josiane Balasko. Les tribulations amoureuses d'une femme de 50 ans méritent le détour, sauf que le traitement se veut parfois caricatural et superficiel. Nathalie Baye offre cependant une bonne composition.

Un des plus gros succès - et navet - de 2009 est certainement 2012 de Roland Emmerich. La fin du monde aurait pu être excitante, mais où est l'humour, les personnages intéressants et les bons effets spéciaux? Car 150 minutes de destruction dans des scènes similaires, c'est beaucoup trop long.

Sur le plan des rééditions, Nettoyage à sec s'avère un des meilleurs efforts d'Anne Fontaine, où la thématique ingénieuse et déconcertante fait découvrir un drôle de couple... et un Charles Berling unique en son genre.

lundi 1 mars 2010

Incohérence majeure


La vie fait drôlement les choses. Voici les nominés dans la catégorie du meilleur film pour la cérémonie des Jutra: 1981, Before Tomorrow, Dédé à travers les brumes, J'ai tué ma mère, et Polytechnique.

Comme à chaque année, l'Association québécoise des critiques de cinéma a déterminé le meilleur film québécois de 2009. Entre Carcasses, La donation, J'ai tué ma mère, Je me souviens et Polytechnique, ils ont déterminé... La donation de Bernard Émond.

De mémoire, c'est la première fois que le choix de l'AQCC ne se retrouve même pas dans les nominations au Jutra. Est-ce normal? N'y a-t-il pas un problème quelque part? Dans une industrie où il se fait 100 ou 200 films par année, ce serait peut-être plus compréhensible de ne pas réussir à tout voir et ainsi oublier un titre ou deux, mais pas dans une société où il se produit environ 30 longs métrages de fiction...