jeudi 8 mai 2014

Entrevue avec Michel Langois pour Anne des vingt jours

Essai documentaire sur l'amitié et la grande poétesse Anne Hébert, Anne des vingt jours est le nouvel exutoire cinématographique du réalisateur Michel Langois (Cap Tourmente, Mère et monde).

Récemment, j'ai pu rencontrer le cinéaste québécois. Mon entretien se trouve dans le Journal Métro.

Film du jour: Fists in the Pocket

Plusieurs premiers films sont des oeuvres implacables qui ont marqué leur époque. C'est le cas de Fists in the Pocket de Marco Bellochio, un drame satirique très noir sur une famille au bord du précipice. Le ton outrancier fait écho à la situation de l'Italie du milieu des années 60 et si la mise en scène intègre quelques éléments de la Nouvelle Vague française, le long métrage demeure authentique, à la fois révoltant, important et hallucinant. ****

mercredi 7 mai 2014

5 questions à Emmanuelle Devos pour Le temps de l’aventure

Un amour incroyable façon le Brief Encounter de David Lean. C’est ce que vit Alex (Emmanuelle Devos) avec un mystérieux inconnu (Gabriel Byrne) dans Le temps de l’aventure de Jérôme Bonnell.

Pour en savoir plus sur ce très beau drame sentimental, voici mon entrevue avec la rayonnante Emmanuelle Devos.

Quelle aventure!
En effet! Jérôme Bonnell me disait qu’il écrivait pour moi depuis un an et demi. Quand il m’a envoyé le scénario, j’étais gênée et ravie. C’est un personnage qui à la fois me ressemble et ne me ressemble pas. J’adorais les situations et je trouvais cette histoire d’amour très belle. Cet amour d’une vie mais sur une journée et ça me remettait dans une sorte de fraîcheur des sentiments. C’était très romantique.

Ce rôle vous va comme un gant, s’apparentant à d’autres personnages que vous avez pu jouer par le passé, mais peut-être avec de nouvelles couleurs. Vous y avez mis beaucoup de vous?
C’est impossible de ne pas mettre de soi-même. Disons que l’enveloppe est différente, mais au final, on joue avec soi-même et avec un autre costume, une autre situation, un autre passé. Mais le soi-même, il est toujours là et moi je n’ai pas tous les points communs avec Alix. Je ne suis pas comme elle, mais je la comprenais tellement. Bizarrement, Le temps de l’aventure c’était presque plus fatiguant à jouer que Violette. Ça l’air plus léger comme ça, mais c’était tellement intense de jouer cet amour!


C’était la faute de Gabriel Byrne, immortalisé dans The Usual Suspects?
(Rires) Au début, on était très intimidé. J’étais extrêmement intimidée par lui et lui, il ne savait pas trop où il était. Et on s’est apprivoisée petit à petit. Une fois qu’on a jouée nos scènes d’amour, on était très copain (rires). On était allé loin, quand même (rires). On se regardait dans les yeux quand même toute la journée… S’embrasser c’est une chose. Mais c’était incroyable. Comme les personnages, on était sur une autre planète. Et puis c’est quelqu’un d’extrêmement charismatique, de très, très beau. Je le regardais tout le temps. J’étais complètement fasciné par lui. J’étais contente de tourner avec lui. C’était une belle aventure.

Le fait de devoir lui parler en anglais vous permettait peut-être d’abandonner cette réserve naturelle et de mordre à belles dents dans le rôle?
Oui, de jouer dans une autre langue, c’est extraordinaire. Surtout pour dire des mots d’amour. On dit toujours que le français est la langue de l’amour, mais je pouvais dire des choses en anglais qu’en français m’aurait paru un peu too much. En anglais, je disais ça très tranquillement. Et ça me protège un peu, oui. Ça rajoute une petite protection et on peut se permettre de dire des choses plus directement.

On sent que la caméra vous embrasse dans sa façon de filmer.  Elle est toujours au plus près, collée sur votre nuque. On vous suit, on est dans le moment présent, ça bouge. Il y a un sentiment, quelque part, de ne faire qu'un avec le film?
Oui. Mais quand on tourne, on ne pense pas à ça. Le cinéma, c’est vraiment l’art de l’instant. Je crois beaucoup au jour après jour, à ce qu’on fait aujourd’hui. On fait ça, bon, ok. Mais se dire qu’on a un film sur les épaules, je ne pense jamais à ça. Jamais, jamais. Ce que je veux, le moment que je suis sur le plateau, c’est de travailler et que ça se passe bien. Le reste, ce n’est pas des questions qu’il faut se poser.

Film du jour: Assunta Spina

Classique du cinéma muet italien, Assunta Spina de Gustavo Serena fête cette année son 100e anniversaire. Trop peu vu en dehors de ses frontières, cet essai sur une femme qui délaisse son futur mari pour un amant est un trésor incroyable, qui a fait évoluer son art sur des plans techniques et dramaturgiques. Autant l'histoire peut sembler simpliste, autant elle est continuellement enrichie de couches et de complexité. Dans le rôle principal, la diva Francesca Bertini offre toute une performance. ****1/2

mardi 6 mai 2014

Nouveautés en DVD : Violette, Le corps, Whitewash, Veronica Mars, 100% Cachemire, La fille du Martin

Une semaine relativement tranquille au niveau des sorties DVD et Blu-ray, avec au moins un titre à ne pas manquer.

Il s'agit de Violette, le nouvel opus de Martin Provost. Comme dans son précédent et excellent Séraphine, ce long métrage sur une romancière trop peu connue évite la poussière tout en conférant à la très bonne Emmanuelle Devos un rôle en or. On en redemande! ****

Suspense parsemé d'invraisemblances dont la finale, surprenante, vient presque tout compenser, Le corps d'Oriol Paulo est un divertissement honorable sur une femme morte qui serait peut-être encore en vie. On s'y amuse beaucoup. ***

Film noir où les magnifiques images prennent parfois le dessus sur le récit (un homme cherche à remettre en ordre le fil de son existence), Whitewash d'Emanuel Hoss-Desmarais est un premier film prometteur, un peu mince mais toujours intéressant. ***

Reprise sans originalité d'une série à succès, Veronica Mars de Rob Thomas s'adresse d'abord et avant tout aux gens qui connaissent cette licence par coeur. Mais même ceux-là auront peu de plaisir avec ce traitement léger qui fait à peine rire et cette mise en scène télévisuelle. **

Valérie Lemercier peut être très drôle. L'actrice et la réalisatrice manque cependant de gaz dans 100% Cachemire, une «comédie» grotesque sur un couple bourgeois qui décide d'adopter un enfant. Les situations sont déplorables et les morales, trop collantes. *1/2

Premier long métrage assez raté malgré la qualité de sa photographie, La fille du Martin de et avec Samuel Thivierge est une sorte de drame rédempteur avec des éléments de suspense, où une fille cherche à faire le deuil de son père. L'interprétation est inégale, l'histoire d'une simplicité déconcertante, la réalisation est fade et la musique beaucoup trop insistante. *1/2

Film du jour: L’événement le plus important depuis que l’homme a marché sur la lune

Parfois, tout le talent du monde de peut sauver un film. C'est un peu le cas de L'événement le plus important depuis que l'homme a marché sur la lune de Jacques Demy, avec Marcello Mastroianni et Catherine Deneuve. Même s'il s'agit d'un conte sympathique, que l'utilisation des couleurs fait sourire et qu'il y a quelques gags réussis, cette histoire d'homme-enceinte frôle constamment le grotesque, passant son temps à tourner autour de son sujet au lieu de l'aborder de front. Cela donne au final un long métrage oubliable, surtout en comparaison des nombreux classiques de son créateur. **1/2

lundi 5 mai 2014

Entrevue: Mathieu Kassovitz parle d'Apocalypse la 1ère Guerre mondiale

Après l’énorme succès mondial de Apocalypse la 2e Guerre mondiale, les cinéastes Isabelle Clarke et Daniel Costelle continuent à retourner dans le temps. Ils s’intéressent cette fois à la Première Guerre mondiale, ce conflit de tranchées extrêmement violents et barbares qui fête cette année son 100e anniversaire.

Comme toujours, c’est Mathieu Kassovitz qui assure la narration. Nous avons pu rencontrer l’acteur et réalisateur lors de son passage à Montréal.

Vous êtes un passionné d’histoire?
Non, pas du tout.

En voyant Apocalypse la 1ère Guerre mondiale, vous avez pu y apprendre des choses?
Ah oui, plein de choses. Je n’y connaissais rien.


C’est votre quatrième collaboration avec les deux réalisateurs? Selon vous, pourquoi ils sont venus vous chercher?
Parce qu’ils cherchaient une voix nouvelle. Ils voulaient toucher un public un peu plus jeune, rendre le film le plus accessible possible à une jeunesse pour pas que les gens oublient.

Que sentiez-vous qui était différent avec cette collaboration-ci? Ils voulaient quelque chose de nouveau?
Non, on a commencé un travail avec La traque des nazis et au fur et à mesure, on en a fait quatre séries. Donc il y a une continuité dans le travail qui est tout à fait logique et normal.

Quelles sont les particularités au niveau de la narration?
Ils veulent raconter l’histoire de la guerre et que le spectateur soit émotionnellement attaché à l’histoire, avec un grand H et avec un petit h. Ce qu’ils m’ont demandé, c’est d’être le plus humain possible.

Un travail de doublage comme celui-ci prend environ combien de temps?
Une journée par épisode. Donc cinq jours en tout. Ce n’est pas grand-chose.

Sentez-vous que par rapport à d’autres conflits, comme la 2e Guerre mondiale ou la guerre du Vietnam, on parle moins de la 1ère Guerre mondiale? Car tous les problèmes que l’on vit présentement découlent de cet événement…
Non, ce n’est pas qu’on en parle moins. C’est qu’on a de moins en moins de survivants. Plus on va s’éloigner du temps, plus on va perdre les témoins de ces guerres-là et moins on va en parler. C’est pourquoi c’est important de se souvenir à travers ces images et de ne pas laisser les images vieillir. Pour que ça soit toujours d’actualité et qu’on se souvienne d’où on vient, pour comprendre où l’on va et pour comprendre où on est.

Que pensez-vous du processus de colorisation des images et le fait de rajouter des effets sonores?
Ces images-là sont difficiles à voir. Elles sont vraiment dans un sale état. Si on les regarde dans l’état qu’elles sont aujourd’hui, c’est impossible à voir. Et c’est impossible à voir pour toute une génération. Parce qu’il n’y a pas de son, c’est noir et blanc, c’est accéléré et on voit rien. Ce travail est essentiel. C’est un travail de mémoire. Si on ne faisait pas ce travail-là, on oublierait ces images parce qu’elles ne sont pas intéressantes à voir, à part au niveau historique. Mais à un niveau émotionnel, il faut arriver à les remettre dans leur contexte et remettre dans leur contexte, c’est leur donner de la couleur par exemple, c’est de leur donner le son qu’il y avait à l’époque.

Il y a un sentiment de trahir ces images?
Non, parce que ce n’est pas comme si on mettait des voix off ou on choisissait des couleurs. Qu’on prenait un film de Chaplin et qu’on allait dire qu’on veut que ça soit rouge. Et que comme il n’y avait pas de son, on va mettre une musique différente. Non. Ce n’est pas des images d’artistes, ce sont des images d’archives, faites par des reporters, par des journalistes, par des gens qui pouvaient filmer ce qu’ils faisaient. C’était vraiment de la documentation. Et cette documentation-là, si on peut la dépoussiérer, c’est tant mieux.


C’est propre à toutes les guerres, mais on remarque encore plus après avoir vu cette série que ce sont toujours les pauvres qui se battent…
Si les pauvres pouvaient prendre des décisions, on ne partirait pas en guerre. Car ils savent comment c’est dur d’être sur un terrain, de subir et de souffrir, d’être séparés de sa famille et de changer de vie complètement. Les gens savent. Mais les dirigeants ne le savent pas, car ils vivent une autre vie. Ça toujours été le cas et ça sera toujours le cas.

Vous allez être des prochains Apocalypse?
Oui, tout à fait. Les réalisateurs travaillent sur d’autres sujets, sur d’autres époques. Ils reviennent plus proche de nous. Il y a tellement de choses à traiter. On a 100 ans de guerre derrière nous. Tous les jours, de façon quotidienne, il n’y a que des guerres depuis 100 ans et ça n’a jamais arrêté.

Et je ne pense pas que ça va s’arrêter…
Non. Mais c’est important de l’observer et de se souvenir.

Prêter sa voix à cette série donne le goût de le refaire, pour d’autres documentaires ou même des animations?
Oui. Ça peut donner envie. Mais bon, je suis déjà content de participer à ces documents-là d’une manière ou d’une autre. Comme ça, ça me permet de ne pas me taper des films compliqués à faire. Tout est dit là-dedans.

Vous parlez de films compliqués. Comment se porte la carrière de cinéaste?
Ça va. Pour l’instant je suis tranquille parce que je n’ai pas grand-chose à dire. Mais j’ai la chance de pouvoir être acteur. Donc je gère ma vie autrement.

Il y a une certaine amertume avec les derniers projets, comme Babylon AD et L’ordre et la morale, où vous avez été un peu vilipendé à gauche et à droite?
Non. J’ai eu des très bonnes critiques sur mon dernier projet (L’ordre et la morale). Mais le public a besoin de rigoler, il n’a pas besoin de réfléchir trop. Il a trop de problèmes dans sa vie, le quotidien, bon. Le soir on a envie de penser à autre chose et je comprends.

Sentez-vous que sans donner ce que le client veut, ça peut vous pousser à modifier votre façon de travailler?
Oui… Il faut que j’aille quelque chose à dire et il faut que je sache comment le dire, c’est tout.

Plein de gens doivent vous associer à La haine
Oui…

Est-ce qu’on vous dit souvent  «La haine, c’était tellement magnifique. Pourquoi vous n’en faites plus des films comme ça?»?
Mais j’en ai fait. Ça dépend de comment les gens voient ce qui leur a plu. La Haine, ça a plu aux gens parce que c’était une comédie. Après, s’ils veulent que je fasse des comédies… Je ne sais pas, j’ai des trucs à raconter et ça ne m’intéresse pas ce que les gens veulent de moi. Alors je fais mon truc et on va voir ce qui se passe.


Et en tant qu’acteur, comment ça va?
Là, j’ai fait deux films qui vont sortir cette année (Vie sauvage de Cédric Kahn et Un illustre inconnu avec Marie-Josée Croze) et j’ai un projet qui risque de se faire cet été en tant que producteur. Tout va bien.

Comment vous choisissez vos rôles? C’est le scénario, les autres comédiens, le metteur en scène? Car vos deux derniers films à voir le jour au Québec étaient La vie d’une autre et Le guetteur
Je cherche à participer à des trucs qui sont intéressants. Cela dépend des projets. Des choses qui sont intéressantes parce que le réalisateur est intéressant, parce que le sujet est intéressant, d’autre parce que l’argent est intéressant, parce que le lieu de tournage est intéressant. Il y a plein de raisons pour accepter ou refuser un film.


Apocalypse la 1ère Guerre mondiale débute ce soir à 21h00 sur TV5. Les autres épisodes sont diffusés le jeudi 8 mai (19h00), lundi 12 mai (21h00), lundi 19 mai (21h00) et 26 mai (21h00), et en rediffusion les jeudis 15, 22 et 29 mai à 19h00.