samedi 5 mars 2022

Film du jour: Le lâche


Film peu connu de la carrière de Satyajit Ray, Le lâche (1965) confronte un homme aux conséquences de ses choix, alors qu'il renoue avec une ancienne amoureuse. Court et précis, le récit va à l'essentiel, ne faisant toutefois pas abstraction de considérations sociales et politiques. Et s'il demeure plutôt prévisible, le long métrage est sans cesse activé par les performances justes de ses interprètes et le soin constant apporté à ses images. ***1/2

vendredi 4 mars 2022

Sorties au cinéma: Un monde, Louloute, Amants


Dans une semaine dominée par The Batman (ma critique), les sorties cinématographiques se font rares. Il y a toutefois trois films francophones très différents qui prennent l'affiche.

Un monde: Récompensé un peu partout sur son passage, ce magnifique premier long métrage de Laura Wandel montre la violence à la hauteur d'enfant, entre intimidation et impuissance. L'école représente pratiquement une prison, avec ce bruit omniprésent et ces risques qui semblent attendre constamment la pauvre jeune héroïne qui tente d'aider son grand frère. L'oeuvre épuisante en devient toutefois gratifiante tant elle est habitée par ses valeureux sujets et le regard bienveillant de sa réalisatrice, dont l'utilisation d'une caméra à la Dardenne permet de faire ressortir l'humanité des conflits. ****

Louloute: Les récits d'apprentissages se suivent et se ressemblent. Celui-ci concocté par Hubert Viel n'est pas tant là pour amener de la nouvelle eau au moulin que de la reconduire avec charme et sensibilité. L'histoire sociale et personnelle se permet quelques éclaircies plus magiques, misant tout sur cette très jolie famille dont chacun des membres renforcent constamment leurs semblables. ***

Amants: Sur son plus récent long métrage, Nicole Garcia réunit une distribution de choix (Pierre Niney, Stacy Martin et Benoît Magimel) autour d'un banal triangle amoureux, séparé en trois parties distinctes. L'élégance de la mise en scène (le soin apporté aux ombres) ne tient guère devant tant de superficialité et de clichés, au détour d'un canevas assommant à la conclusion particulièrement consternante. **

Film du jour: The Gunfighter


Dans l'évolution du western, on oublie trop souvent l'importance de The Gunfighter, qu'Henry King a réalisé en 1950. Il s'agit d'un récit mélancolique au possible sur un homme célèbre qui aimerait changer de vie mais qui en est incapable. Jouant à fond le huis-clos et la tragédie grecque, le long métrage aux images sublimes multiplient les personnages torturés et complexes. Dans le rôle titre, Gregory Peck et sa mythique moustache auront rarement été aussi touchants. ****

jeudi 3 mars 2022

Film du jour: Poms


Une photo du film Poms pourrait apparaître à côté du terme «comédie ratée» d'un dictionnaire de cinéma. Ce long métrage signé par Zara Hayes contient d'ailleurs tout ce qu'il ne faut pas faire: un scénario cliché inspiré d'oeuvres à succès, une réalisation télévisuelle, une distribution impressionnante - qui comporte Diane Keaton, Jacki Weaver et Pam Grier - sabotant tout leur talent, des morales appuyées, une bonne dose de mièvrerie et, surtout, une absence sidérante d'humour et de moments potentiellement intéressants. *1/2

mercredi 2 mars 2022

Film du jour: Le terroriste


Reconnu pour ses drames familiaux (comme Yi Yi), Edward Yang demeure tout de même LE cinéaste contemporain de l'aliénation (les hommages envers Antonioni sont partout), développant avec Le terroriste (1986) une radiographie à la fois de ses personnages que de la ville Taipei. Une fois débarrassé de son enveloppe très années 80, on se retrouve avec un magnifique récit complexe qui saute constamment du réel à la fiction et une mise en scène élaborée dans sa façon de jouer des angles droits. À redécouvrir si ce n'est déjà fait. ****

mardi 1 mars 2022

Belfast (blu-ray)


Film le plus personnel de son cinéaste Kenneth Branagh, Belfast a d'excellentes chances de triompher à la prochaine cérémonie des Oscars. (Universal)

C'est quoi? Le quotidien d'un enfant de neuf ans d'un quartier divisé par un conflit violent entre catholiques et protestants.

C'est comment? Le récit drôle et émouvant est parsemé de personnages attachants, défendus par une distribution éclatante (mention spéciale à Ciaran Hinds et Judi Dench).

Et pourtant? L'ensemble demeure néanmoins très classique et il y a de biens meilleurs films nommés aux Oscars cette année.

Techniquement? Les images en noir et blanc sont à la fois soignées et élégantes. Les pistes sonores précises et dynamiques favorisent les nombreux dialogues - attention aux accents ! - sans oublier de titiller les mélodies de qualité.

Suppléments? Cette édition comprend un blu-ray et une copie numérique. Les bonus réunissent une conclusion différente (intéressante mais un peu trop poussive), quelques scènes supprimées, un documentaire sur le tournage, un segment amusant sur les souvenirs des comédiens et une piste de commentaires assez complète du réalisateur.

Au final? Difficile de ne pas tomber sous le charme de Belfast. Même s'il ne s'agit pas d'un grand film, le long métrage manipulateur à ses heures sait comment emprisonner une période précise de l'histoire et de la rendre universelle.

Film du jour: The Souvenir Part II


Quelle oeuvre remarquable! Même si on n'a pas vu ou été sensible au premier film, il est possible de se plonger dans The Souvenir Part II avec délectation. La cinéaste Joanna Hogg utilise le cinéma pour exorciser une expérience traumatisante et se découvrir en tant que personne et artiste. La mise en abyme permet une distanciation salvatrice, alors que le plan fixe cimente son héroïne, offrant à son interprète Honor Swinton Byrne - la fille de Tilda, qui apparaît également à l'écran - la liberté nécessaire pour se faire valoir: ce qui n'était pas le cas sur le précédent tome. Évidemment, il faut être attentif et disposé afin d'adhérer pleinement à la proposition, mais le résultat vertigineux hantera pendant longtemps. Au Cinéma Moderne et en vidéo sur demande. ****