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dimanche 21 octobre 2018

Les films préférés... d'Agnès Jaoui

Ayant scénarisé quelques-unes des meilleures comédies des années 90 (Smoking/No Smoking, Un air de famille, On connaît la chanson), Agnès Jaoui a également réalisé des oeuvres majeures telles Le goût des autres et Comme une image. Je lui ai parlé pour la sortie de son récent Place publique (mon texte) et je lui ai demandé quels étaient ses films préférés. Voici sa réponse...

« Oh là, là! Je dirais La règle du jeu, Partition inachevée pour piano mécanique, The Shop Around the Corner, Manhattan, Mulholland Drive, Caro Diario de Nanni Moretti... Il y en a plein. »

samedi 29 septembre 2018

Sorties au cinéma: Primas, The Wife, Place publique, La révolution silencieuse, Touched

À moins d'une semaine du Festival du nouveau silence, il y a toujours des films intéressants qui prennent l'affiche dans les cinémas québécois.

Primas: Voilà un documentaire puissant de la part de Laura Bari, qui s'intéresse aux blessures du passé de manière thérapeutique. Il y a d'immenses moments d'émotions et des métaphores subtilement intégrées. ***1/2

The Wife: Glenn Close trouve un de ses meilleurs rôles en carrière dans ce drame généralement captivant, quoique très classique de la part de Björn Runge. De quoi élever la matière première en place. ***

Place publique: La tandem Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri remettent ça avec une nouvelle comédie mélancolique, qui traite de tous leurs obsessions personnelles sans pour autant s'inscrire comme un grand crû. On en ressort toutefois amusé. ***

La révolution silencieuse: Autant le sujet de ce drame historique de Lars Kraume est captivant (la rébellion d'étudiants dans une Allemagne post 2e guerre mondiale), autant le traitement consensuel se trouve aux antipodes des thèmes explorés. L'interprétation sincère ne rachète d'ailleurs pas les messages ambigus du scénario. **1/2

Touched: Plus confus que réellement captivant, ce suspense minimaliste de Karl R. Hearne parsemé de zones d'ombres et de fantômes peine à convaincre tant le rythme est relâché et la direction d'acteurs rigide. **

vendredi 28 septembre 2018

Entrevue avec Agnès Jaoui (Place publique)

Pratiquement tous les quatre ans, un nouveau film d'Agnès Jaoui se pointe le nez sur les écrans, toujours écrit avec son fidèle complice Jean-Pierre Bacri. Accueillons aujourd'hui à Place publique, une comédie mélancolique crépusculaire qui ressasse leurs thèmes habituels tout en explorant de nouvelles obsessions. J'ai pu m'entretenir avec réalisatrice et mon entrevue se trouve dans les pages du journal Métro.

Film du jour: Parlez-moi de la pluie

Le tandem le plus mordant du cinéma français offre Parlez-moi de la pluie, une fantaisie illuminée intelligemment écrite qui se moque de tout et de rien. Peut-être pas un grand crû dans la filmographie d’Agnès Jaoui et de Jean-Pierre Bacri, mais néanmoins un petit film léger et ultra sympathique pour égayer les journées plus grises.

La plume de Jean-Pierre Bacri et d’Agnès Jaoui est certainement une des plus affûtée de France. Elle est généralement juste et hilarante, sarcastique et brillante. Grâce à leurs mots, Alain Resnais a pu remettre un peu de pimpant dans sa carrière (notamment grâce à son éblouissant diptyque Smoking/No Smoking et au tordant  On connaît la chanson) et Cédric Klapisch a accouché de son meilleur film (Un air de famille) en carrière. Ce n’était qu’une question de temps avant que ce couple qui n’en est plus un se retrouve derrière la caméra. Tout d’abord avec l’inoubliable Le goût des autres, puis le vigoureux Comme une image: deux œuvres marquantes dont la suite est attendue avec impatience. C’est là que débarque Parlez-moi de la pluie, un récit beaucoup plus simple et linéaire qui, sans rivaliser avec les précédents ouvrages, s’avère nettement plus pertinent que la majorité des longs-métrages à l’eau de rose.

Agathe (Jaoui) est une féministe qui vient de se lancer en politique. De retour dans la maison de ses parents, elle retrouve sa sœur Florence (Pascale Arbillot) qui vit un mariage difficile. Karim (Jamel Debbouze) est un ami de la famille et il prépare un documentaire sur Agathe. Sauf que ni lui ni son ami Michel (Bacri) ne savent réellement respecter un échéancier. Au gré des jours de tournage, ils se laisseront tous envahir par les tracas du quotidien qui risquent parfois d’avoir le dernier mot.

En digne héritier de Michel Audiard, le scénario finement ficelé par Bacri et Jaoui fait instantanément réagir tout en demeurant en phase avec les obsessions de leurs auteurs. Encore une fois, il est inutile de mélanger les classes sociales. Les riches restent avec les riches, les pauvres avec les pauvres, les gens de cinéma ne fréquentent que des personnes de leur propre milieu, etc. Ce leitmotiv est toujours accompagné de personnages en plein quête identitaire qui sont souvent disposés à sacrifier leur relation amoureuse et amicale pour vivre réellement, retrouver le grand amour ou faire quelque chose de leurs dix doigts.

Ces thèmes qui laissent toute la latitude nécessaire aux dialogues humoristiques et aux réparties cyniques sont ici relevés par de nouveaux défis. Le duo s’attaque au sort des femmes en politique et leur constat ne manque de clairvoyance. Il décide au passage de confronter une bourgeoisie huppée à une servante immigrante moins fortunée qui fait écho à la domination sous-entendue de la France sur l’Algérie qui s’exprime par un racisme latent. Ces nouveaux pôles de bataille ne sont toutefois pas parfaits. La charge est un peu grosse et elle manque parfois de subtilité. Ce ton peut même être moralisateur et il l’est. Comme les précédents opus de l’inséparable duo, Parlez-moi de la pluie continue de traiter des malaises de société en emplissant constamment le silence de bruits où personne ne s’écoute et personne ne se comprend. Cette fois, le résultat est plus gris que noir, et ce sont les êtres humains qui sont au centre de l’échiquier avec leurs gaucheries et leurs raisonnements parfois tendancieux où le sentimentalisme ne prend pas trop de place.

Les facéties des comédiens, toujours parsemées de clins d’œil et d’imposantes prestances physiques, semblent reprendre leurs propres stéréotypes, si ce n’est que pour les amener ailleurs. Jean-Pierre Bacri est encore ce gros nounours en mal de câlins. Cette figure à sens unique est cependant teintée d’une vulnérabilité à fleur de peau qui fait instantanément sourire. Un constat similaire chez la réalisatrice et actrice qui, dans un premier temps, pourra en énerver plus d’un avec son caractère inquisiteur. C’est pour mieux cacher de subtiles lésions sous-jacentes. Le nouveau venu dans cette famille est Jamel Debbouze qui détonne légèrement avec l’ensemble, demeurant sur le qui-vive, attendant le moment précis pour se mettre en valeur. Le reste de la distribution ravit par son mélange de réalisme et de pathétisme qui demeure constamment dans le ton.

La pire erreur est d’avoir des attentes envers Parlez-moi de la pluie. Malgré ses dialogues caustiques, ses personnages savoureux et son humour qui fait souvent mouche, ce n’est ni Le goût des autres ni Comme une image. Il s’agit plutôt d’un essai tendre, gentil et oubliable qui, en revanche, possède beaucoup plus de contenu que de nombreux longs-métrages traitant de sujets similaires. Les admirateurs de Bacri et de Jaoui seront peut-être déçus d’une telle simplicité et de ces discours parfois moralisateurs. Mais depuis quand des cinéastes  accomplis accouchent à chaque fois de films majeurs ? ***

jeudi 27 septembre 2018

Film du jour: Comme une image

Comment succéder à un chef-d'oeuvre d'écriture comme Le goût des autres? En pondant une nouvelle comédie dramatique dotée de répliques délectables. C'est ce qu'a fait Agnès Jaoui avec Comme une image (prix du scénario à Cannes), un opus hilarant et émouvant à la fois sur les tourments de différents personnages, dont une jeune femme qui n'aime pas son corps et son père écrivain qui n'arrive plus à écrire. Le chassé-croisé virtuose ne manque pas d'authenticité et il est mené main de maître par des comédiens épatants. ****

mercredi 26 septembre 2018

Film du jour: Le goût des autres

En prévision de la sortie au Québec ce vendredi de son nouveau film Place publique, revisitons quelques oeuvres d'Agnès Jaoui. Place aujourd'hui à son opus Le goût des autres qui analyse avec une précision chirurgicale les rapports entre les classes sociales. Extrêmement maîtrisée, cette première réalisation brille par ses dialogues truculents et ses personnages qui le sont tous autant. Un exercice de haute voltige qu'on se plaît à regarder au moins une fois par année. ****

mardi 12 novembre 2013

DVD : Frances Ha, Main dans la main, Au bout du conte, The Attack, Barbara, Man of Steel, Turbo, La cage dorée, La légende de Sarila

Même si le festival Cinemania bat encore son plein, de nombreux films intéressants sortent cette semaine en en format DVD et Blu-ray.

C'est le cas de Frances Ha de Noah Baumbach qui suit une jeune femme qui passe son temps à se chercher. Une comédie existentielle hilarante, à mi-chemin entre le cinéma de Truffaut, de Rohmer et d'Allen. ****
Critique

Moins essentiel que La guerre est déclarée de sa cinéaste Valérie Donzelli, Main dans la main demeure tout de même une succulente comédie romantique sur deux êtres qui sont incapables de se séparer. Du rire en boîte, absurde et très original. ***1/2 

Ce que les dialogues d'Agnès Jaoui sont mordants! Il y a d'ailleurs quelques passages d'anthologie dans Au bout du conte, sorte de variation contemporaine sur une multitude de mythes classiques. Comme d'habitude, Jean-Pierre Bacri brille de mille feux. ***1/2

Le conflit israélo-palestinien est traité avec intelligence dans The Attack de Ziad Doueiri, un drame émouvant et plutôt neutre sur un homme qui cherche à déterminer l'implication de sa femme dans un attentat-suicide. Éclairant. ***1/2

L'atmosphère du Barbara de Christian Petzold baigne dans un onirisme particulièrement intriguant. Ce n'est toutefois pas le cas de ce récit passe-partout sous fond de Seconde Guerre mondiale, qui réserve finalement peu de surprises. ***

Zack Snyder qui s'attaque à Man of Steel, cela donne un Superman un peu pompeux et prétentieux, mais également décoiffant et terriblement tonique, qui ravit jusqu'à son dernier acte qui s'étire en longueur. ***

Animation qui n'a malheureusement pas su trouver son public l'été dernier, Turbo de David Soren qui porte sur un escargot hors du commun demeure malgré tout un des meilleurs dessins animés américains de 2013. Typé et prévisible, mais charmant comme tout. ***

En faisant fi des clichés et des fils blancs, on rit beaucoup en regardant La cage dorée de Ruben Alves, un conte sur un couple portugais qui décide de quitter la France pour retourner dans son pays local. ***

Rare dessin animé québécois sous fond de légendes amérindiennes, La légende de Sarila de Nancy Florence Savard attend de savoir s'il sera retenu aux Oscars dans la catégorie de la meilleure animation. On lui souhaite bonne chance, surtout avec un scénario aussi bancal et moralisateur. **

vendredi 16 août 2013

En salles: Drug War, Les 4 soldats, In a World…, Lee Daniel’s The Butler, Au bout du conte, Festival du film chinois

Au sein des nombreuses sorties cinématographiques de la semaine, il y a quelques sorties intéressantes qui méritent le coup d'oeil.

Enfin, un film de Johnnie To qui sort au Québec au cinéma! Il faudra en profiter, parce que Drug War est un divertissement de grande classe. Ce récit complexe sans être trop compliqué sur un malfrat qui décide d'aider la police pour sauver sa propre peau est ponctué de scènes d'action à couper le souffle, d'une réalisation totalement maîtrisée et d'une interprétation toujours appropriée. ***1/2

Conte sur l'amitié et la famille de remplacement, Les 4 soldats se déroule dans une société ravagée par la guerre. Poétique, langoureux avec un rythme qui aurait pu être resserré, ce long métrage unique dans son genre montre un Robert Morin plus doux que d'habitude, qui demeure tout de même un formidable directeur d'acteurs. ***

Gentille comédie sur des gens qui font du doublage, In a World... séduit et faire rire malgré sa prévisibilité et sa mise en scène un peu trop sage. Dans le rôle principal, Lake Bell (qui assure également la réalisation et le scénario) fait montre de beaucoup d'esprit. En voilà une que l'on voudra suivre de plus près. ***

Biopic conventionnel sur un majordome qui a été à l'ordre de plusieurs présidents américains, Lee Daniel's The Butler réserve bien peu de surprises, autant au niveau de la forme que du fond. La distribution a beaucoup de classe (en faisant abstraction de quelques faux pas, dont John Cusack en Richard Nixon?), ce qui ne sauve pas l'ensemble d'un certain ennui. **1/2

Sorti la semaine dernière, Au bout de conte est une oeuvre très drôle et spirituelle d'Agnès Jaoui, qui se permet d'élargir un peu sa troupe de comédiens pour traiter de ses thèmes de prédilection (l'amour difficile, la famille qui divise, le clivage entre les classes sociales), le tout sous fond de contes pour enfants. Sans être à tout casser, le résultat final comporte beaucoup de charme. ***1/2

Au Cinéma du Parc et au Théâtre Outremont, il y a également le Festival du film chinois, qui comporte quelques titres très intrigants, dont le très attendu The Grandmaster de Wong Kar-wai et Caught in the Web de Chen Kaige. Voilà une initiative que l'on aimerait voir plus souvent.